36 — Un lieu de soulagement

――Que signifie ce terme, “monde parallèle” ?
Subaru : “――――”
Subaru eut l’impression de perdre son souffle en entendant la question d’Echidna, et sombra dans le silence.
Pendant ce temps, les regards de tout le monde dans la pièce se tournèrent vers lui. Bien que les émotions variaient sur les visages, l’émotion la plus commune était celle du “doute”.
Tout le monde considérait le terme “monde parallèle” comme un mystère.
En d’autres termes, cela signifiait que le Natsuki Subaru d’avant la perte de mémoire n’avait jamais pris la peine de leur expliquer.
Émilia : “Monde parallèle… En y repensant, Subaru disait déjà ça de temps en temps.”
Ram : “Ça me dit quelque chose. Mais vu son comportement quotidien, je n’avais pas prêté attention à ce genre d’absurdité.”
Subaru : “En mettant Émilia-chan de côté, c’est incroyable de voir à quel point Ram se montre indifférente à mon égard…”
Elle contrastait fortement avec Émilia, qui était adorablement plongée au fond de ses pensées, un doigt de cette dernière effleurant sa lèvre.
Ram émit froidement un “Ha” en réponse à la remarque grimaçante de Subaru. Cependant, leur surprise initiale avait été atténuée grâce à cet échange.
L’ancien Subaru n’avait jamais pris la peine de parler de ce “monde parallèle”, ni à Émilia, ni à Ram, ni même aux autres personnes avec qui il avait soi-disant partagé des aventures. Il ne savait pas exactement ce que cela signifiait, mais――
Subaru : “Y avait-il des restrictions ? Quand j’ai été envoyé dans ce monde, est-ce qu’un Dieu ou une Déesse m’a fait jurer de ne pas en parler, ou quelque chose du genre… Et tout d’abord, pour quel genre de mission suis-je ici ?”
Il pencha la tête, cependant, même le “M” de la mission qu’on lui avait confiée ne lui vint pas à l’esprit.
Subaru avait probablement été invoqué dans ce monde parallèle par quelqu’un qui travaillait dans les coulisses et qui attendait quelque chose de lui.
Selon Subaru, la probabilité que cette personne soit une sorte de dieu était très élevée.
Ce dieu ou quoi qu’il soit dont il ne se souvenait pas lui avait donné une sorte de rôle et l’avait envoyé dans ce monde parallèle――en y réfléchissant, c’était le genre de garantie offerte par ces bidules de mondes parallèles.
Donc, si perdre ses souvenirs était quelque chose que ce dieu trouvait gênant, il pouvait espérer une aide pour améliorer sa situation. Subaru voulait croire que ce dieu n’était pas cruel et qu’il ne le jetterait pas dans ce monde fantaisiste sans lui donner de généreux avantages. Ou peut-être――
Subaru : “――Je ferais mieux de découvrir si c’est vraiment quelque chose que je ne peux pas aborder, hein.”
Béatrice : “Subaru ?”
Subaru se lécha les lèvres et chercha une réponse à cette situation. Il adressa un clin d’œil à Béatrice, qui le regardait avec inquiétude, ayant entendu son marmonnement. Il décida de répondre à la question qui lui avait été posée――à propos de ce “monde parallèle”.
Même si à tout hasard il était interdit d’en parler à cause de cet être divin, il était difficile d’imaginer qu’il y aurait une sorte de sanction drastique dont il ne pourrait pas se remettre, s’il touchait à ce tabou.
Assurément, aussitôt qu’il aurait parlé du tabou, il n’y aurait rien de dramatique qui se produirait, comme être assailli par une douleur insoutenable.
Avec un peu d’anxiété, Subaru reprit doucement le contrôle de sa respiration. Et――
Subaru : “Eh bien, à propos de ce monde parallèle dont j’ai parlé, le mot lui-même s’écrit avec “différent” et “monde”… En d’autres termes, je veux dire que l’endroit où nous nous trouvons en ce moment est un monde distinct.”
(Note de Traduction : Il est difficile de transmettre le sens en français ici, lorsqu’il essaie d’expliquer ce que le mot “isekai” signifie, en raison de la limitation de la langue. Pour l’expliquer au mieux, dans cette phrase, Subaru prend le mot “isekai” et le divise en “異なる”, qui signifie “différer”, prononcé “kotonaru”, et “世界”, qui signifie “monde”, prononcé “sekai”. Les personnages ne savent pas ce que le mot “isekai” signifie en japonais. La chose la plus proche à faire est de les rendre confus sur ce qu’est un “monde parallèle”. En réalisant cela, l’échange a un peu plus de sens dans notre langue.)
Émilia : “Un monde distinct, un “monde parallèle”…”
Subaru : “Uh. C’est pour ça que je dis “monde parallèle”, pourtant…”
Suite à l’explication de Subaru, Émilia rumina ce qu’il avait dit, faisant rouler les mots sur sa langue. Elle n’était pas la seule à réagir ainsi――les autres personnes présentes dans la salle réfléchissaient également à ce mot.
D’après la prononciation, “isekai”, ils avaient accueilli le mot comme quelque chose d’inconnu.
(Note de Traduction : “Isekai” a été adapté comme “monde parallèle” pour tout ce chapitre, car c’est ainsi qu’il est généralement traduit. Cependant, dans ce cas, on ne peut vraiment pas éviter de l’écrire en japonais, de sorte que la phrase au-dessus ait un sens. Il faut juste garder à l’esprit pour tout le chapitre que “monde parallèle” est la même chose que “isekai”.)
Bien qu’il l’ait supposé en voyant leur faible compréhension de l’expression “monde parallèle”, il semblait que l’idée d’un monde différent n’était pas très répandue ici.
Simultanément, Subaru se tapa le corps pour vérifier s’il y avait des changements.
Subaru : “…Rien ne semble m’être arrivé.”
En le formulant, Subaru s’assura que rien de fâcheux ne lui était arrivé.
Pour le moment, il n’y avait aucun signe d’anomalie. Il n’y avait ni douleur ni engourdissement. Il n’y avait pas non plus de voix étrange qui s’adressait tristement à lui en lui disant : “Tu as enfreint tes instructions”, ni de personnes de son entourage qui se transformaient en une ribambelle de grues en lui disant : “Je t’avais bien dit de ne pas faire ça”.
(Note de Traduction : Il s’agit peut-être d’une référence à “Tsuru no Ongaeshi” ou “Le Retour de Faveur de la Grue”, une histoire du folklore japonais.)
Il avait réussi à faire face à toutes les inquiétudes qu’il avait eues sans qu’aucun problème ne survienne.
Subaru : “Ce n’est pas ce à quoi je m’attendais…”
Certes, il avait pensé qu’il n’avait pas parlé du monde parallèle pour une raison quelconque ; cependant, rien ne lui venait vraiment à l’esprit concernant une chose dans laquelle il se serait empêtré, à propos de ce sujet.
Subaru pencha la tête sur le côté à la sensation d’avoir paré cela. Julius leva alors la main en disant “Puis-je ?”,
Julius : “Je sais maintenant ce que signifie l’expression “monde parallèle”. Je peux considérer qu’il s’agit d’un terme que tu as toi-même inventé, mais il y a une partie de moi qui réfléchit à son implication. Pourquoi fais-tu référence à ce monde parallèle si souvent ?”
Subaru : “Oh ? Oh, oh, c’est vrai ! Expliquer la signification du mot “monde parallèle” n’est pas vraiment une explication. Alors, euh, en d’autres termes…”
Julius : “En d’autres termes ?”
Suite à l’interrogation de Julius, Subaru se rendit compte qu’il avait coupé court à son explication. Et, se raclant la gorge, il reprit,
Subaru : “Je viens de ce “monde parallèle”. Je ne suis pas né et n’ai pas grandi dans ce monde actuel, je suis une sorte d’extraterrestre qui s’est retrouvé dans ce monde à mi-parcours――c’est pour ça que pour moi, cet endroit est un monde parallèle.”
――En effet, il avait maintenant clairement expliqué sa position et sa situation.
――Je suis quelqu’un qui est arrivé dans ce monde à partir d’un monde parallèle. Enchanté de vous rencontrer.
Grosso modo, c’est ce que Subaru leur avait annoncé.
Il était facile d’imaginer qu’Émilia et les autres avaient été ébranlés par cet aveu audacieux. Après tout, cela avait dû leur faire l’effet d’une bombe, puisqu’ils ne connaissaient pas l’existence des mondes parallèles.
Il n’était donc pas surprenant que tout le bon sens qu’ils avaient jusqu’à présent ait été bouleversé, sans parler du choc qu’ils avaient ressenti, comme si leur monde avait été mis sens dessus dessous.
Après avoir terminé sa confession, Subaru prit note de leurs inquiétudes, et maudit sa propre négligence.
S’il avait amené Émilia et Béatrice dans un état de confusion, s’il les avait poussées au chagrin, alors il était responsable de ce qui s’était passé.
Comment pourrait-il réconforter de si belles filles si elles devaient fondre en larmes ? Il n’avait aucune expérience en la matière.
Alors, avec les quelques secondes qui passèrent, ressentant ces angoisses, Subaru tourna ses yeux vers elles.
Il avait imaginé qu’il les trouverait pâles, le sang drainé de leur visage, la confusion gravée sur leurs traits. Cependant――
Émilia : “…Euh, tu veux dire que tu viens de l’autre côté de la Grande Cascade ?”
Subaru : “Eh ? La Grande Cascade ?”
Les yeux de Subaru s’écarquillèrent devant Émilia, qui avait timidement posé cette question tout en fronçant les sourcils, pensive.
C’était des mots qu’il n’avait jamais rencontrés auparavant――“Cascade”, il pensait que c’était une chute d’eau ou quelque chose comme ça, mais cette Grande Cascade devait être une grande version d’une chute d’eau. Peut-être pourrait-il la considérer comme une immense cascade.
――En fait, non, quelle sorte de lien cette grande cascade avait-elle avec le monde parallèle en premier lieu.
Subaru : “Non, absolument pas. Rien à voir avec les chutes d’eau. Je parle d’un monde qui est complètement différent d’ici et de ce que vos connaissances communes représentent et tout ça…”
Ram : “Donc, tu viens d’au-delà de la Grande Cascade. Comment l’appelle-t-on dans ta ville natale, Barusu… En fait, non, je suppose que c’est probablement l’inverse, étant donné que c’est ta ville natale. Les pays entourés par la Grande cascade seraient un “monde parallèle”. Ton comportement étrange a du sens à mes yeux maintenant.”
“Anastasia” : “C’est exact. Ce doit être la raison pour laquelle je n’ai rien trouvé, même si j’ai enquêté sur les origines de Natsuki-kun ; parce qu’il vient de l’autre côté de la Grande Cascade.”
Subaru : “Eh bien, hey, hey, comment pouvez-vous tous être si rapidement convaincus de ça ?!”
Il n’y avait pas qu’Émilia qui avait été d’accord avec cette conclusion ; même Ram et Echidna, qui semblaient toutes deux assez intelligentes, partageaient cet avis.
Pour Subaru, leur niveau de croyance envers cette mystérieuse chute d’eau était quasi-incompréhensible. L’idée qu’il y avait un monde parallèle au-delà d’une Grande Cascade――de l’autre côté d’une chute d’eau, où diable se trouvait ce pays merveilleux souterrain ?
Béatrice : “Tu n’en as peut-être pas la moindre idée, puisque tu as oublié beaucoup de choses, en fait. Mais en ce qui concerne la Grande Cascade… Elle se trouve aux confins du monde, et il y a quelques histoires qui ont été laissées par des gens venant de l’autre côté, je suppose.”
Subaru : “J’aime bien comment ça sonne… aux confins du monde.”
Béatrice : “On dit que la Grande Cascade est impossible à franchir, à l’exception des Dragons. C’est la frontière entre ici et là-bas. Personne ne sait ce qu’il y a de l’autre côté… Donc, dans les rares cas où quelqu’un traverse depuis ce monde, personne ne peut affirmer que les mots qu’il a prononcés sont des mensonges ou des faussetés, je suppose.”
(Note de Traduction : Il est possible que le mot “Dragons” soit au singulier, la langue japonaise ne différencie pas les deux.)
Béatrice lui expliqua, sur la base de l’assentiment des personnes à l’écoute, qui manifestaient leur adhésion pour cela.
Le contenu était incertain, il y avait des choses difficiles à imaginer pour Subaru qui n’était pas un expert des particularités de ce monde. Cependant, en pensant au terme “Grande Cascade” et à son explication immédiate――
Subaru : “Alors cet endroit ressemble à un continent flottant, et il y a quelque chose comme l’impossibilité de passer à un autre continent sans dragon ?”
Ram : “Haa.”
Subaru : “Arrête avec tes soupirs de mécontentement. Tu vas me faire de la peine.”
Ram observa Subaru, qui avait essayé de se justifier du mieux qu’il pouvait, avec un sentiment de déception stupéfiant.
Cependant, les autres semblaient également considérer le discours de Subaru de la même façon, à peu près. En fin de compte, sa théorie du continent flottant était probablement incorrecte.
Subaru : “Si je suis à côté de la plaque, alors je suis à côté de la plaque, j’ai compris…. Mais j’espérais en quelque sorte avoir un grand moment Eurêka à dos de dragon, si ma théorie avait été correcte.”
Meili : “Si tu continues à en parler comme ça, l’adorable dragon terrestre d’onii-san va commencer à bouder, n’est-ce paaaas~.”
Subaru : “Ah, ouais. Ce dragon terrestre noir est bien le mien. Laissez-moi faire un tour sur elle plus tard.”
Shaula : “Je vais réagir de la même façoooon ! Je vais aussi bouder ! Maître, je pense que tu devrais mieux prendre soin de moiiii, mieux m’apprécier et m’aiiiimer davantage~. Maintenant que tu as perdu tes souvenirs, que notre relation soit restart ! De zérooooo !”
Subaru : “Tu es bruyante et sacrément collante ! Et puis, ne te gausse pas si vite de ma perte de mémoire comme si tu parlais de quelqu’un d’autre !”
Shaula se joignit bruyamment à la conversation, tandis que Meili s’agrippait à ses propres genoux.
Même si Shaula s’était immiscée dans la conversation de façon plutôt brusque, Subaru lui en était très reconnaissant――bien sûr, se préoccuper trop de cela était pénible.
Subaru : “――――”
À partir de là, Subaru reporta son attention en jetant un coup d’œil à son environnement.
Dans son monde d’origine, Subaru avait la réputation de ne pas être capable de lire l’humeur des gens autour de lui. Cependant, même s’il n’était pas très doué pour cela, si les émotions étaient assez fortes, elles pouvaient être facilement lues ou vues.
Non seulement Émilia et Béatrice, mais aussi Ram, Julius, Anastasia, ou plutôt Echidna ; leurs expressions montraient toutes de l’inquiétude à l’égard de Subaru.
Pour le meilleur ou pour le pire, avant de perdre ses souvenirs, Subaru se débrouillait plutôt bien avec les dames. Comme c’était enviable. Il aimerait bien qu’on lui dise quel type de magie il avait utilisé.
Même si c’était le cas, il ne croyait pas du tout pouvoir la mettre en pratique maintenant.
Subaru : “Bref, pour résumer tout ce qui a été dit… au bord de ce monde, il y a une chute d’eau appelée la Grande Cascade et occasionnellement, des gens viennent de l’autre côté. Et donc, vous dites que je suis l’un d’entre eux aussi.”
Émilia : “D’après ce que j’ai entendu de Subaru, je ne peux que présumer que c’est le cas… Non ?”
Subaru : “Hmmm.”
Subaru échangea un regard avec Émilia qui s’interrogeait, ses bras étaient croisés le long de son corps alors qu’il hmmmait laborieusement.
Pour être précis, Subaru n’avait pas l’intention d’aller à l’encontre de la compréhension générale que tout le monde avait du monde. Néanmoins, même si Subaru pensait que le monde parallèle et la Grande Cascade n’avaient aucun rapport, il savait qu’il n’avancerait pas dans cette situation s’il continuait à en parler.
Subaru : “Pour faire court…”
Dans ce monde, il n’y avait pas de concept de mondes parallèles.
Il ne savait pas si cet “au-delà de la Grande Cascade”, comme Émilia et les autres le définissaient, suggérait l’existence d’un autre monde, ou le monde dans lequel Subaru se trouvait. En réalité, il pouvait y avoir d’autres continents de l’autre côté de la Cascade, et de là, il pouvait y avoir des traces d’un personnage comme Christophe Colomb qui s’y était rendu, et qui se faisait qualifier de “loufoque”.
Si c’était le cas, il pouvait dire avec certitude qu’une compréhension correcte des mondes parallèles pour eux était déjà une cause perdue.
Subaru : “Au fait, est-ce que je n’ai jamais parlé de mondes parallèles quand j’avais mes souvenirs ?”
Émilia : “En y repensant, il t’arrivait de temps en temps de mentionner le terme “monde parallèle”… mais c’est la première fois que nous en parlons vraiment correctement.”
Béatrice : “Tout comme Émilia, en fait.”
Les autres affirmèrent la réponse à sa question par des gestes tandis qu’Émilia et Béatrice le faisaient par des mots.
Le précédent Subaru ne leur avait pas parlé des mondes parallèles. Peut-être avait-il jugé qu’ils ne comprendraient pas, s’il en avait parlé comme il le faisait maintenant. Ou bien――
Subaru : “――Parce que je me retenais d’en parler, hein.”
Julius : “Subaru ?”
Subaru : “Hein. Euh, non, rien. Hey, si je ne suis pas le seul à avoir vécu dans un monde parallèle, vous connaissez quelqu’un d’autre ? Une personne originaire de l’autre côté de la Grande Cascade, ou un vagabond, peu importe.”
Peut-être y avait-il beaucoup de personnes en provenance de mondes différents ; peut-être y avait-il une sorte de communauté où ces personnes se réunissaient.
Cependant, les espoirs de Subaru furent anéantis par un hochement de tête de Julius.
Julius : “Désolé, l’existence d’un vagabond, comme tu dis, est très rare. La plupart des gens qui prétendent venir d’au-delà de la Grande Cascade mentent. Ce qu’ils disent sont généralement des chimères ou des fabrications, certains d’entre eux se donnent pour objectif d’extorquer de l’argent aux gens tandis que d’autres essaient simplement d’influencer les personnes avec leurs croyances fantaisistes.”
Subaru : “Oh, eh bien, ouais, je peux imaginer que ça se produise…”
Même si l’on aimerait croire ces histoires, la majorité d’entre elles étaient des œuvres de fiction ou des rumeurs enjolivées, étant donné qu’il n’y avait aucun moyen de s’en assurer. Une fois que l’imagination ou la création d’une personne était libérée par ces histoires oniriques ou ces récits d’ennui, elles devenaient un terrain propice à la rêverie.
Même si des personnes réellement issues d’un autre monde comme Subaru existaient, leurs paroles, leurs actions et leur héritage seraient enterrés sous d’innombrables faussetés, rendus introuvables.
“Anastasia” : “――Honnêtement, mon intérêt pour la Grande Cascade est sans fin, mais il semblerait que ça n’ait aucun rapport avec notre situation actuelle. Il serait bon d’en finir en établissant que l’origine inconnue de Natsuki-kun et de ses connaissances a été réglée.”
Echidna avait rompu ce qui avait été un silence gênant qui s’était formé.
À l’origine, c’était elle qui avait interrogé Subaru à ce sujet. Bien qu’il y avait encore des parties qu’elle ne comprenait pas et qu’elle n’était probablement pas satisfaite, Subaru était heureux qu’elle mette fin à la conversation à ce moment-là.
――En outre, plus il parlait de son monde d’origine, plus il devait faire face aux problèmes qu’il avait laissés derrière lui. Cela rendait son cœur lourd et douloureux.
En se concentrant sur l’état d’urgence devant lui, il pouvait essayer de se distraire de ces sentiments.
Subaru : “C’est tout pour moi. Je comprends que vous vous souciez tous de moi et que vous m’aimez, mais j’ai l’impression que nous n’allons pas faire de progrès en parlant de ça tranquillement. Mais avant tout…”
Il ne savait pas ce qui avait directement causé sa perte de mémoire.
Mais, l’endroit où le Subaru avec ses souvenirs intacts s’était soi-disant aventuré pour la dernière fois――il voulait vérifier ce qui s’y était passé.
Béatrice : “Tu veux vérifier la Bibliothèque de Taygète, je suppose.”
Subaru acquiesça les propos de Béatrice qui l’avait devancé dans l’expression de ses pensées à voix haute.
Ainsi, une fois tout cela dit et effectué, le groupe se dirigea vers la Bibliothèque de Taygète.
Subaru se sentait assez nerveux à l’idée de ce qui l’y attendrait ; le chemin n’était pas exempt d’embûches. En effet,
Subaru : “Hum, Émilia-chan ? Pourquoi me tiens-tu la main si fort ?”
Émilia : “Eh ? Eh bien, c’est parce que j’ai peur de te laisser livré à toi-même, Subaru. J’ai besoin de te garder à portée de main… Donc, j’en suis venue à la conclusion qu’il serait bon de se tenir la main dès le départ.”
Subaru : “J’aime bien la simplicité et la rapidité de cette conclusion, mais de cette façon, c’est beaucoup plus embarrassant !”
Subaru souleva la main que tenait Émilia, conscient que ses joues commençaient à rougir.
Ses doigts fins et mignons tenaient doucement sa main et il s’inquiétait de savoir si ses paumes transpiraient. En réponse aux paroles de Subaru, Émilia haussa les sourcils et répondit “Bon sang”,
Émilia : “Ne sois pas comme ça. Béatrice te tient aussi la main, alors il n’y a pas que nous deux ensemble !”
Subaru : “Il y a une différence entre tenir la main d’une enfant et celle d’une belle femme, comme la différence entre le ciel et la terre, ou entre le jour et la nuit.”
Émilia : “Désolée, je n’ai aucune idée de ce dont tu parles.”
Émilia n’épargnait pas Subaru, lui qui avait un passif de perte de mémoire à force d’être livré à lui-même, même avec toutes les excuses qu’il déblatérait. Foutus souvenirs. Et foutu lui, pour les avoir perdus.
Béatrice : “Cette déclaration à l’instant est impardonnable, mais c’est comme l’a dit Émilia, en fait. Subaru devrait suivre docilement et être bien entouré par Betty et Émilia, je suppose.”
Subaru : “Ah ouais ? C’est là qu’on met Béatrice au milieu, prise en sandwich entre Émilia et moi qui te tiennent la main des deux côtés, façon jeune couple ! Je serais d’accord pour ça, mais ce ne serait pas naze ?”
Béatrice : “Subaru n’est pas Subaru s’il n’est pas naze, en fait.”
Subaru : “Qu’est-ce que c’est que cette évaluation ?”
Il finit par se prendre cette évaluation cinglante de la part de Béatrice également, qui lui tenait l’autre main.
Julius, qui ouvrait la marche, se retournait plusieurs fois vers Subaru, et Echidna lui emboîtait le pas pour lui expliquer, un par un, ce qui se trouvait dans chaque recoin.
Ram avait la langue bien pendue lorsqu’elle s’exprimait, mais Subaru était le seul à savoir que, malgré son apparence, elle souffrait à l’intérieur. Il se demandait s’il devait parler d’elle à quelqu’un, mais il ne savait pas à qui il pourrait parler de la situation de Ram.
D’une certaine façon, c’était seulement Shaula et Meili, qui discutaient ensemble à l’arrière du groupe, qui apaisaient mentalement Subaru à ce moment.
Subaru : “Eh bien, elles ne vont pas vraiment être utiles pour quoi que ce soit…”
Meili : “…J’ai l’impression que ce n’était pas très poli à l’instant ? Onii-san.”
Shaula : “L’esprit du Maître est toujours ainsi. Ce serait un gâchis de s’y attarder. Tu serais choquée si tu jetais un coup d’œil à l’intérieur, c’est tout rose de toute faaaaçon, ça me donne envie de m’éloigner. Cerveau roooose, l’écooooole impudique.”
(Shaula fait référence au manga “L’école impudique” (Harenchi gakuen). Ce qu’elle sous-entend cependant n’est pas clair. Peut-être est-ce lié au côté érotique du manga.)
Subaru : “Je doute qu’on trouve de la pudeur ou de l’éducation chez toi…”
Shaula : “Les agissements du Maîîîître. Tout ce que je sais, je le dois au Maîîîître~.”
Le simple fait de parler avec elle lui donnait mal à la tête.
Pendant qu’ils échangeaient ces conversations, le groupe avait monté les escaliers et était arrivé à l’endroit appelé Taygète, le troisième étage. C’était un endroit assez vaste, presque comme s’il transcendait le temps et l’espace.
Subaru : “Cet endroit est donc Taygète… Il y a beaucoup de livres ici, comme je l’avais entendu.”
Subaru souffla d’admiration en contemplant Taygète, émerveillé par le nombre de livres qui s’y trouvaient.
En effet, c’était un spectacle qui dépassait l’imagination de quiconque.
Subaru était un lecteur avide (il lisait des light novels, des mangas, des guides de stratégie, etc…), mais il n’avait jamais été entouré d’autant de livres. Naturellement, la Bibliothèque nationale de la Diète l’emporterait probablement, mais uniquement en raison de la différence d’espace.
(Note de Traduction : La Bibliothèque nationale de la Diète (国立国会図書館 ou 国立国会図) est la bibliothèque nationale du Japon, dont la vocation est similaire à celle de la Bibliothèque nationale de France.)
Quoi qu’il en soit, la signification du panorama pittoresque qui s’offrait à lui n’était pas seulement liée à la quantité d’objets qui s’y trouvaient――
Subaru : “Si les Livres des Morts sont ici… alors ça veut dire qu’il y a autant de Livres que de personnes décédées… S’il y a eu des archives non-stop depuis l’époque de l’Homo sapiens, alors il doit y avoir un nombre impressionnant d’archives ici.”
Subaru ne connaissait pas les proportions de ce monde, mais si les archives des morts se trouvaient à l’intérieur des livres, leur quantité serait incommensurable. Même s’il essayait de trouver un livre qui l’intéressait――par exemple un livre avec le nom d’une personne décédée qu’il connaissait, il ne pourrait pas le trouver physiquement.
Subaru : “Dans une bibliothèque moderne, une fonction de recherche est indispensable… mais ici ?”
Béatrice : “Hum, je ne sais pas ce que tu entends par fonction de recherche ou quoi que ce soit d’autre, je suppose. Mais ici, il n’y a personne qui ressemble plus à un bibliothécaire que Betty, en fait. Je n’ai pas d’autre choix que de commencer à faire des recherches, je suppose.”
Subaru : “C’est comme chercher une pièce de cent yens au milieu d’un désert…”
Méfiant, Subaru plaça sa main sur la tranche d’un livre.
Tirant le tome de l’étagère, il tenait facilement dans sa main, et il paraissait n’avoir rien de spécial lorsqu’on le regardait. Il n’y avait rien de particulier à son sujet, ce n’était qu’un simple livre. Il n’y avait pas de motif sur la couverture, si ce n’est le titre. En somme, il s’agissait d’un livre tout ce qu’il y a de plus banal. Pour ce qui est des problèmes rencontrés avec ce livre――
Subaru : “Bordel ! Je n’arrive pas à lire le titre.”
Le titre était écrit en caractères illisibles.
D’après ce qu’il avait entendu d’Émilia et des autres, le titre du livre était censé être le nom d’une personne décédée. Si la personne décédée était quelqu’un avec qui on partageait un lien, alors apparemment leurs souvenirs dans la vie pouvaient être lus ; cependant, Subaru ne pouvait même pas comprendre ce que les lettres signifiaient en premier lieu――avec ses souvenirs compromis, il doutait que d’avoir un tel lien aurait même un sens.
Subaru : “Eh bien… c’est peut-être difficile…”
Émilia : “SUBARU !”
Subaru, qui était perdu dans ses pensées, se retourna avec surprise en entendant un cri abrupt.
En un instant, le Livre qu’il avait ramassé fut arraché de sa main, et Émilia, l’exécutrice de cette action, s’éloigna de lui, tenant le Livre contre sa poitrine.
Subaru : “Uh, uhhhh, Émilia-chan ?”
Émilia : “Ne sois pas si imprudent ! Subaru, tu comprends ? Tu as dû perdre tes souvenirs ici, tu as bien compris ?”
Subaru : “Non, wow, c’est exagéré…”
Émilia déclara ceci alors que son teint changeait ; à cela, Subaru gratta sa joue, accompagné d’un sourire crispé.
Cependant, il semblait que seul Subaru prenait la situation à la légère.
Béatrice : “Subaru, écoute Émilia, en fait. Refrène-toi d’agir aussi impulsivement, je suppose.”
Julius : “Je suis d’accord. Tu devrais faire attention et t’abstenir de faire une action aussi irréfléchie.”
Subaru : “Guh…”
Béatrice et Julius avaient tous deux exhorté Subaru à la prudence. Sa gorge se serra, incapable de répondre à l’un ou à l’autre.
Ce n’était pas de l’animosité qui montait dans son cœur, mais plutôt la honte de sa maladresse. Certes, il avait peut-être agi avec un peu trop d’insouciance.
Shaula : “Pfffft ! Le maître se fââââche ! Tu as l’air si triste ! Mais, ça ne me dérange pas même si le Maître agit comme un vilain enfant pitoyable !”
Subaru : “Tais-toi ! Ne te moque pas des gens qui méditent sur eux-mêmes !”
“Anastasia” : “Très bien. Ce serait embêtant d’être encore interrompu de la sorte. En vérité, les actions de Natsuki-kun étaient un peu irréfléchies, mais… nous l’avons aussi déjà établi.”
Shaula, la main couvrant sa bouche, riait de l’erreur de Subaru. Echidna s’était interposée entre Subaru et Shaula alors que le premier s’en prenait à la seconde.
Puis, tout en caressant doucement son écharpe de la main, elle déclara,
“Anastasia” : “Natsuki-kun, tu n’as pas pu lire le titre du Livre, n’est-ce pas ?”
Subaru : “――? Oh, ouais, c’est vrai.”
“Anastasia” : “Ce que vous pouvez constater ici, c’est que le fait de perdre la mémoire comme il l’a fait interfère avec vos capacités cognitives――comme vos capacités de lecture et d’écriture. C’est pourquoi il parlait de mondes parallèles…”
Béatrice : “Désolée, mais Subaru a commencé à étudier l’alphabet dès son arrivée au manoir Roswaal, en fait.”
“Anastasia” : “――――”
Echidna, qui avait tenté d’en parler avec assurance se retrouva abasourdie par la réplique de Béatrice. Ne prêtant aucune attention à l’absence de réponse d’Echidna, Béatrice croisa ses petits bras.
Béatrice : “Subaru ne savait ni lire ni écrire l’écriture I jusqu’à son arrivée au manoir, je suppose. La sœur aînée des deux sœurs, qui lui a servi d’instructrice, devrait le savoir aussi, en fait.”
Ram : “Oui, c’est exactement comme Béatrice-sama le dit. Dès le début, Barusu ne savait ni lire ni écrire, alors je me suis dévouée pour lui enseigner… il semble que mes efforts aient été vains, en le voyant dans cet état.”
Subaru : “Désolé ! Je ne savais pas qu’il y avait eu un tel événement !”
Subaru éleva la voix en guise d’excuse en réponse à la plainte rancunière de Ram. Jetant un regard en coin sur l’échange en cours, Echidna s’éclaircit la gorge.
“Anastasia” : “Ahem, il semble que j’étais loin du compte. Vous pouvez oublier ce que j’ai dit.”
Julius : “Non, ce n’est pas aussi éloigné de la réalité que tu le penses. Au moins, nous avons découvert que les souvenirs de Subaru ont été perdus après son arrivée à Lugnica.”
Ram : “En d’autres termes, Barusu n’est qu’un bagage inutile qui ne sert à rien dans cette Bibliothèque.”
Ram ajouta un commentaire cinglant à la confirmation de Julius. Subaru resta silencieux, ne souhaitant pas s’attirer davantage d’ennuis. Cependant, ce fut Julius qui prit la parole avec un bref hochement de tête, affirmant que “Les mots de Mademoiselle Ram sont corrects”,
Julius : “Sa façon de le dire mise à part, les choses sont ainsi. En tout cas, nous ne pouvons pas laisser Subaru revivre ce qui s’est passé la veille. C’est à nous de chercher des indices ici.”
“Anastasia” : “Oui, ce serait plus sûr.”
Ram : “Je n’ai pas d’objection. Émilia-sama et Béatrice-sama sont-elles d’accord ?”
Béatrice hocha la tête en retour vers Ram, en disant : “Je comprends, je suppose”, et Émilia se tourna vers Subaru, le regardant avec une expression assez sérieuse dans les yeux.
Émilia : “Subaru, s’il te plaît, attends ici sans rien faire d’imprudent… Les souvenirs que tu as perdus, moi et les autres… nous les retrouverons.”
Subaru : “Oh, d’accord, d’accord, j’ai compris. C’est embêtant de ne pouvoir rien faire, mais je crois en Émilia-chan et en tous les autres ! Je vais attendre tranquillement ici.”
Émilia : “Peux-tu vraiment attendre ici tranquillement ? Tu ne vas pas te promener comme bon te semble ?”
Subaru : “Je n’ai pas besoin qu’on me le rappelle ! Je me débrouillerai très bien ! Je ne suis pas un enfant de cinq ans, je peux attendre tranquillement ici. Je peux te le promettre si tu veux.”
Émilia : “Alors peut-être que tu ne vas pas rester tranquille après tout…”
Subaru : “Qu’est-ce que tu veux dire ?!”
Il est vrai qu’il avait fait cette promesse pour qu’elle soit rassurée, mais il n’avait fait que semer la méfiance.
En regardant autour de lui, il vit que, Julius et Echidna mis à part, Béatrice et Ram se contentaient de hausser les épaules en guise de réponse, comme pour dire “C’est comme ça”. En tout cas――
Émilia : “Subaru va attendre tranquillement ici, à l’entrée, d’accord ?”
En réponse à la demande sincère d’Émilia, Subaru décida qu’il les attendrait à contrecœur devant la Bibliothèque.
Il s’assit en serrant ses genoux, surveillant Émilia et les autres qui avaient commencé à se séparer en deux groupes distincts pour fouiller la Bibliothèque. Dans un groupe se trouvaient Émilia, Béatrice et Ram, dans l’autre, Julius et Echidna.
Observant d’un air confus, il semblait qu’Émilia et Echidna respectivement menaient ces équipes inégales.
Meili : “Faire équipe pour chercher doit être une sorte d’assurance pour ne pas finir comme onii-san. Après tout, le point fort d’onii-san réside dans le fait qu’il attire les ennuis.”
Subaru : “Je n’ai peut-être aucun souvenir, mais c’est le fait que je n’ai pas de souvenirs qui est en cause, donc je ne peux évidemment pas répondre à ça… Non, je ne veux pas que ce soit un assassin qui vienne me dire ça.”
Meili : “Parce que je suis totalement préoccupée par des choses aussi insignifiantes…”
Subaru : “Je ne pense pas que tu puisses appeler ça des broutilles ?! En premier lieu…”
Après ce grand numéro d’homme droit, faisant claquer sa langue, Subaru se tourna vers elle.
La voix provenait de loin des étagères près desquelles Subaru se tenait, d’une fille aux cheveux arrangés en tresse appuyée contre le mur, Meili.
Elle avait une expression coquette sur son visage, pas du tout appropriée pour son âge, et avec un “Quoi ?”, elle inclina la tête.
Subaru : “Je pensais que tu avais rejoint la recherche… Tu ne vas pas le faire ?”
Meili : “Ouais, je ne me joindrai pas à eux, après tout, je ne suis pas vraiment une camarade convenable pour les amis d’onii-san et onee-san.”
Subaru : “Pas vraiment une camarade convenable…”
Meili : “Je te l’avais dit, n’est-ce pas ? Je suis un assassin… Enfin, comme j’ai échoué dans ma mission, plutôt une ancienne assassin. À l’origine, j’ai été envoyée ici juste pour aider, sans me soucier de quoi que ce soit d’autre.”
Subaru : “En d’autres termes, j’ai l’impression que c’était ta condition de libération… Qu’il s’agisse d’une ancienne ou non, c’est une décision assez drastique que de partir à l’aventure en compagnie d’un assassin parmi tes compagnons.”
Meili : “――Ouais, c’est exactement ça ! Je suppose qu’il y a vraiment quelque chose qui ne va pas chez eux.”
Meili gloussa et plaça sa main sur sa bouche, mettant fin à la conversation.
Subaru grimaça devant son attitude et――
Subaru : “Je comprends pourquoi Meili ne veut pas les accompagner, mais qu’en est-il de toi ?”
Shaula : “Hein, moiii~ ? Je ne peux ni lire ni écrire quoi que ce soit, alors je ne suis d’aucune utilitéééé. Tout comme le Maître, le contenu des Livres n’a aucun sens pour moiiii.”
Shaula était appuyée contre le mur, du côté opposé à Meili, et riait en répondant. Elle se déplaça vers Subaru et le tira par son bras gauche vers son corps voluptueux.
Une sensation si douce et si chaude. Instinctivement, il se dégagea d’elle.
Subaru : “Uwaaah !”
Shaula : “Waaah, le Maître est tellement méééééchant~.”
Subaru : “Je ne suis pas méchant, arrête ça ! C’est déplacé de la part d’une fille d’avoir fait ça… De telles choses devraient être réservées seulement au gars que tu aimes… Non, ne fais pas ça parce que même un gars que tu aimes serait dégoûté si tu t’approchais de lui de façon aussi abrupte. Tu ne te fais aucun bien en te comportant ainsi.”
Shaula : “Boooooo. Tu parles encore du sens de la dignité d’une fille ? Le Maître ne change jamaiiiis.”
(Note de Traduction : La façon dont Shaula dit “Le Maître ne change jamais” est, dans sa forme originale, “お師様、マジ変わんない”, lue “oshi-sama maji kawannai”, qui sonne très similaire au propre schéma de Subaru “Émilia-tan maji X” (EMX).)
Shaula fit la moue à Subaru en protestant contre son attitude. Cependant, en entendant ses mots, Subaru baissa les yeux d’embarras.
Shaula : “Maître ?”
Subaru : “Tu penses que je n’ai pas changé également ?”
Subaru lança cette phrase à Shaula presque instinctivement.
Il avait entendu cette phrase, qu’il n’avait pas changé, plusieurs fois au cours des quelques heures durant lesquelles il était resté éveillé. Cela lui avait semblé être un salut, mais aussi, en même temps, une malédiction.
――Il pouvait se réjouir de ne pas avoir changé, ou se lamenter de ne pas avoir changé.
Shaula : “Hmm, je n’en suis pas si sûre.”
Néanmoins, malgré l’agitation qui régnait à l’intérieur de Subaru, Shaula avait affirmé cela aussi aisément.
Subaru fut, comme prévu, étonné de sa réponse. Peut-être que c’était une erreur de la laisser entendre certaines de ses inquiétudes les plus délicates.
Subaru : “Tu… Non, c’était idiot de ma part de te demander ça.”
Shaula : “Gaaah~. Le Maître n’est pas un idiot ! Si tu le dis comme ça, je vais me mettre en colère, Maître ou pas ! Le Maître est une personne merveilleuse, je veux que tu aies confiance en toi !”
Subaru : “Je ne comprends vraiment pas ta position dans tout ça.”
Elle pointait du doigt et riait d’un Subaru déprimé, puis se mettait en colère quand Subaru se dévalorisait. La seule chose qui restait constante était le fait de parler de lui.
En entendant la question de Subaru, Shaula poussa sa large poitrine vers l’avant et sourit avec ses mains sur les hanches.
Shaula : “Que tu aies changé ou non, le Maître est toujours le Maître, alors je n’en ai rien à faire ! Tant que tu fais ce que tu veux, Maître, je te suivrai toujours.”
Subaru : “…Même si ça résulte en des choses folles ?”
Shaula : “Eh bien ! Même si nous nous retrouvons dans des situations étranges, je peux toujours faire pression sur les choses par la force ! Le Maître a peut-être oublié, mais c’est la relation entre le Maître et moiiii !”
Subaru : “――――”
Toutes ses paroles candides, tout ce que Shaula avait dit, ne montrant aucune trace de duplicité, ou quoi que ce soit de ce genre, l’avaient frappé, plusieurs fois, causant à Subaru une légère déglutition.
Il détourna le visage pour que Shaula ne puisse pas le voir.
Meili : “Onii-san ?”
Subaru : “――!”
Voyant que Meili le fixait, il détourna à nouveau son visage vers le côté opposé.
Shaula : “Maître, qu’est-ce qui ne va pas ?”
Subaru : “Gah, bon sang !”
Subaru ne pouvait pas s’échapper à gauche, ni à droite. Il ne pouvait que s’agenouiller et regarder le sol en tenant sa tête dans ses bras pour que personne ne puisse voir son visage.
Subaru avait l’impression que Meili et Shaula se regardaient mutuellement avec lui recroquevillé entre elles.
Elles ne comprendraient pas――non, il souhaitait qu’elles ne comprennent pas.
Il avait l’impression d’avoir été sauvé par ces mots insipides, vides, remplis de lacunes. Il sentait qu’elle lui avait démontré qu’il n’avait pas besoin de se prendre la tête, de façon plus éloquente dans son attitude que dans ses paroles.
Meili : “Onii-san, tu es étrange.”
Shaula : “Le maître était étrange depuis le tout début, mais je l’aime aussi pour ça !”
Subaru n’avait rien à dire en réponse à l’échange de ces filles, qui allait bien au-delà de ce qu’il pouvait comprendre.
Il avait simplement l’impression que la tension qui l’envahissait s’était calmée, ne serait-ce qu’un peu.
――Ce n’est que quelques minutes avant qu’Émilia et les autres ne reviennent sans résultats que Subaru repoussa ses impulsions et se leva.
