25 — L’homme qui attend au deuxième étage Électre
――Une femme, une unique femme existait.
La femme était opprimée par sa famille, par son clan, par sa race qui aurait dû l’aimer. Tous la considéraient avec dédain, tous l’ostracisaient.
Avant de naître, des attentes avaient été placées sur cette femme. Hélas, sa naissance avait fait d’elle une traîtresse à leurs yeux.
Il n’en restait que découragement et déception, et ce qu’on lui accordait n’était que mépris et moquerie. Tels étaient les seuls biens de la femme.
Il existait un souhait très cher à son clan. Ramener le symbole de leur gloire et de leur prospérité passées, le second avènement du fondateur qu’ils qualifiaient de Dieu.
Toutes sortes d’arts secrets et toutes sortes d’atrocités inhumaines, le nombre de tabous commis inconcevables, tous leurs efforts se résumaient à la femme.
Cependant, la naissance de cette femme avait trahi leur vœu le plus cher, et le clan l’avait abandonnée avec déception et désespoir.
Hommes du clan : “Va quelque part, vis et meurs. Car c’est là ton péché.”
Abandonnée par sa famille, par sa race, elle fut lâchée dans les champs alors qu’elle n’était qu’une enfant. Rejetée sans moyens de survie, l’enfant n’était pas censée survivre.
Cependant, même si elle n’avait pas de moyens de survie, elle possédait la force de survivre.
Ironie du sort, c’était la récolte de ce qui trahissait le vœu le plus cher du clan, les tabous et les fautes qu’ils avaient commises.
Ignorant la parole, dépourvue de toute sagesse, se contentant de suivre son instinct, la femme survécut pour vivre une longue vie dans les champs.
Tuer des bêtes, boire leur sang, ramper sur la terre, goûter l’eau boueuse.
Rapidement, l’enfant devint une jeune fille, la jeune fille devint une femme, et il devint difficile de vivre dans les champs.
Entendant des rumeurs à propos d’une femme qui dévastait les montagnes comme une bête, les hommes se mirent en quête de cette vie, et la femme fut capturée.
La femme capturée paraissait belle, les hommes s’abstinrent de lui ôter la vie, et par la suite, la femme fut gardée auprès d’eux. Tout en devenant docile envers les hommes, la conscience de la femme bascula peu à peu vers un cadre humain issu des champs.
Elle perdit la nécessité de lutter pour survivre, exposée aux désirs des hommes, aux jours de simple vie.
Finalement, la femme, dans son lit, en vint à acquérir des choses qu’elle ne connaissait pas des hommes.
Des mots, de la sagesse, un mode de vie et des émotions.
Finalement, sa condition changea, on lui conféra des objets pour orner son corps, la femme fut traitée comme un joyau précieux.
Au cours de ces jours, la femme adopta des pensées étranges à l’égard des hommes.
Qu’il s’agisse de gratitude ou de reconnaissance, la femme n’était pas en mesure de le comprendre.
En épousant ces pensées, la femme brisa le cou de tous les hommes vivant dans la résidence.
Facilement, d’un seul souffle, sans les faire souffrir, en un instant, les regroupant tous, elle les relégua au néant.
S’éloignant furtivement de la résidence, se dirigeant vers les champs, sans le moindre doute, la femme retourna dans sa propre ville natale.
Elle eut des pensées étranges concernant la race qui y résidait, le clan qui avait le même sang qu’elle, les personnes qui avaient un corps à peine plus grand que le sien.
La femme ne se rendit pas compte qu’il s’agissait de sentiments de haine et de désir de vengeance.
Simplement, leurs pleurs et leurs gémissements, leurs voix implorant le pardon étaient tout à fait palpitants. Pour la première fois, la femme sourit du fond du cœur.
Femme : “Tombez ici et décédez d’une mort disgracieuse――car c’est là votre péché, voyez-vous.”
Afin d’atteindre cette félicité, la femme pulvérisa, l’un après l’autre, le vœu le plus cher de sa race, de sa famille de sang, de son clan.
Poliment et courtoisement, sans en laisser un seul, sans en épargner un seul, en prenant son temps, un par un, avec assurance.
Très vite, une fois sa race éteinte, une fois qu’absolument tout avait pris fin, la femme revint dans la résidence où elle avait vécu avec les hommes.
Bien qu’elle ait abandonné les cadavres de sa race, elle enterra courtoisement tous les cadavres des hommes.
Une fois qu’il ne resta plus qu’elle dans la résidence, la femme respira profondément.
C’était la détente, la sérénité, la femme, pour la première fois, connaissait la béatitude la plus totale.
Personne n’interviendrait plus auprès d’elle. La pensée et l’action, toutes deux inutiles, ne pouvaient que l’endormir.
――La Sorcière de la Paresse continua à s’adonner à l’inactivité éternelle, à la paix inlassable.
――L’escalier qui menait au deuxième étage Électre méritait d’être appelé le Grand Escalier, en raison de sa majesté.
Comparé à l’escalier en colimaçon qui permettait de passer du sixième au cinquième étage, puis au quatrième, le Grand Escalier était beaucoup plus large et beaucoup plus long.
Comme il occupait l’espace d’une pièce entière, l’impression d’intimidation qu’il dégageait était évidente. Ce qui devait être une pièce vide était maintenant le Grand Escalier.
Ayant cela devant lui, Subaru croisa les bras et soupira. Puis――
Subaru : “J’ai l’impression que ça fait longtemps depuis la dernière fois qu’on est venu ici.”
Émilia : “Eh ? On vient juste de trouver l’escalier. Qu’est-ce qui ne va pas tout d’un coup ?”
Les yeux d’Émilia s’écarquillèrent de surprise à la remarque de Subaru.
Subaru secoua la tête en signalant “Non”, et se tourna vers ses compagnons, avec lesquels il avait expérimenté la nuisance générale que dégageait le créateur de la Tour.
Il retrouva un peu de paix à la vue de leurs visages inchangés.
Béatrice : “――? Subaru, pourquoi enroules-tu tes doigts autour de ceux de Betty, je suppose.”
Subaru : “J’avais envie de sentir que j’étais vraiment là… Ahem, c’est bon. C’est ma faute.”
Face à la suspicion qui montait sur son visage, Subaru força un sourire en direction de Béatrice, mais garda tout de même sa main dans la sienne. Ensuite, il se retourna et pointa du doigt le Grand Escalier derrière lui.
Subaru : “Bon, revenons à nos moutons… Le Grand Escalier a toujours été là, et personne ne l’a vraiment remarqué, ce n’est pas le cas de cette situation, n’est-ce pas ?”
Julius : “Je crois qu’il est tout à fait impensable de ne pas avoir remarqué un spectacle aussi évident――cependant, si ça devait se limiter à cette pièce, alors je ne pourrais pas nier cette possibilité.”
Subaru : “De quoi ?”
Anastasia : “Un sentiment d’incongruité pendant l’exploration, hein ? Je comprends.”
Prenant le doute de Subaru au sérieux, le duo maître-vassal d’Anastasia et Julius acquiesça. Constatant cela, Subaru inclina légèrement la tête, tandis qu’Émilia levait la main avec un “Oui”,
Émilia : “Quand Subaru dormait encore, nous nous sommes tous retrouvés au quatrième étage. Rem et Patrasche se reposaient dans la Salle Verte, et nous étions en train de résoudre l’énigme du troisième étage, alors nous nous sommes promenés pour voir où nous pourrions mettre nos bagages…”
Béatrice : “En fait, nous évitions tous inconsciemment cette salle. En y repensant…”
Subaru : “Alors peut-être que quelque chose de l’extérieur bloquait cette salle dans nos esprits, ou quelque chose comme ça ?”
Ce qu’avait commencé Émilia fut poursuivi par Béatrice, tandis que Subaru l’amenait à son terme. Émilia et Béatrice acquiescèrent à cette théorie, de même qu’Anastasia et Julius.
Une fois le Grand Escalier découvert, tout le monde considéra la salle, et remarqua le blocage mental――si c’était le cas, alors peut-être que le Grand Escalier avait toujours été présent dans cette salle, et qu’il y avait une sorte de magie qui le camouflait pour qu’il ne puisse pas être remarqué.
Subaru : “Eh bien, à défaut de ça, lorsque nous avons fini de résoudre l’énigme de la dalle du troisième étage, s’il y avait quelqu’un dans cette pièce, il aurait pu être écrasé par l’apparition soudaine des escaliers.”
Julius : “Subaru, ce n’est pas une dalle, mais un Monolithe. Appelons-le de la même manière. J’aimerais éviter toute confusion.”
Subaru : “Monolithe, Monolithe, Monolithe ! Satisfait ? Continuons.”
Bien que Julius semblait mécontent de la réponse indifférente de Subaru, ce dernier en avait assez, alors il l’ignora. Il se tourna vers les deux qui n’avaient pas pris part à la conversation jusqu’à maintenant : Shaula, qui jouait à côté de l’escalier, et Meili, qui était sur son dos.
Shaula : “Hmm ? Un problème, Maître ? Ah ! Est-ce que c’est à mon tour d’être utile ? Je ferais n’importe quoi pour le Maître ! Je deviendrai même ta cosignataire !”
Subaru : “Toi, tu ne comprends pas du tout ce que tu dis, si ? Ce n’est pas quelque chose que tu devrais réaliser, même si c’est ta mère, ton père, ton frère ou ta sœur ou même un ami qui te dit de le faire. Juste au cas où, je vais demander, donc, à propos de cet escalier, savais-tu…”
Shaula : “Absolument, je vis ici depuis quelques centaines d’années maintenant… mais c’est la première fois que je vois ces escaliers !”
Subaru : “Meili, c’est bien de s’amuser. Tire fort sur la queue de scorpion.”
Meili : “Je le ferais même si tu ne me le dis pas, onii-san.”
Shaula : “Ça fait mal, ça fait mal, ça fait maaaal.”
Comme d’habitude, Shaula était inutile lorsqu’il s’agissait de conquérir la Tour. Laissant à Meili le soin de la punir en conséquence, Subaru leva les yeux vers le Grand Escalier à nouveau.
Contrairement à la paire qui menait au quatrième étage, le Grand Escalier n’était pas en forme de spirale. Normalement, un escalier est un chemin unique menant à l’étage suivant. Cependant, le fait que cet escalier traverse le troisième étage et mène directement au deuxième était quelque chose d’étrange pour la tour, étant donné sa forme. On pourrait penser que, par la suite, la structure ferait dépasser le sol à l’extérieur de la Tour――
Subaru : “Peut-être que ça se compense par le pouvoir du mystère…”
Émilia : “Ou peut-être qu’il a juste l’air de mener au deuxième étage, mais qu’il va dans un endroit complètement différent… Serait-ce trop méchant ?”
Subaru : “J’ai peur que la pureté d’Émilia-tan soit entachée par l’horrible personnalité du créateur de la Tour. Je veux conquérir cet endroit plus rapidement.”
Émilia : “――?”
Émilia pencha la tête sur le côté, ne comprenant pas tout à fait. Pourtant, c’était Émilia qui avait trouvé ce Grand Escalier, et c’était aussi elle qui avait découvert un indice important pour résoudre le mystère du troisième étage.
Le bâtiment appelé Tour de Guet des Pléiades, ou plutôt Grande Bibliothèque des Pléiades, possédait un certain nombre d’astuces très désagréables qui reflétaient la personnalité de son concepteur.
Bien qu’elle soit très fiable en résolvant les obstacles les uns après les autres, Subaru, qui voulait passer ses journées en paix avec elle, craignait que sa personnalité ne soit altérée à cause de cela.
Subaru : “Cela dit, notre rythme est plutôt agréable jusqu’à présent. J’ai passé l’examen du troisième étage du premier coup, et nous sommes déjà au tiers de la conquête de la Tour en moins de trois jours.”
Béatrice : “Comparé au fait qu’il n’y a pas eu de progrès en quatre cents ans, c’est un bon rythme, je suppose.”
Subaru : “C’est sacrément brillant de penser de cette façon… Mais bon, je suis le genre de type incroyable qui fait avancer l’histoire qui s’est arrêtée depuis des centaines d’années. En tant que faiseur d’histoire, mon pouvoir verbal est puissant.”
Dans un passé récent, il avait rassemblé les participants à la subjugation de la Baleine Blanche, écrasé l’Archevêque du Péché de la Paresse du Culte de la Sorcière et anéanti le Lapydre, aidé en partie à surmonter les épreuves du Tombeau de la Sorcière de l’Avarice, vaincu l’Archevêque du Péché de l’Avarice, et enfin, posé pied dans la Tour de Guet des Pléiades jamais explorée auparavant, surmonté l’un de ses examens jamais défiés auparavant et était maintenant sur le point de défier le second de ces examens――
Subaru : “Si je me contente d’énumérer tous mes exploits et de sauter le processus, j’aurai l’air d’un idiot…”
Il était mort plusieurs fois pour accomplir tout cela, donc pour autant, il ne pouvait pas vraiment se gonfler la poitrine. Malgré cela, l’histoire avait progressé un peu trop loin au cours de l’année écoulée.
Il ne l’avait pas prémédité, mais au moins, il devait régler les choses avec les Archevêques du Péché de la Gourmandise et de la Luxure, alors le monde ferait mieux de s’y préparer――c’est ce qu’il pensait à ce sujet.
Subaru : “Qu-Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a Émilia-tan, tu me tiens la main soudainement. Quelque chose ne va pas ?”
Émilia : “…Non, non. Je pense juste que Subaru devrait être un peu plus gentil envers lui-même.”
Subaru : “Ouais, non, tu auras du mal à trouver quelqu’un d’aussi tendre avec lui-même que moi. Il y en a déjà assez avec Émilia-tan et Béako, davantage c’est juste trop.”
Rem s’ajouterait à cette liste dès qu’elle se réveillerait. Elle serait un peu stricte, mais gentille quand même.
Et en y ajoutant Pétra, Patrasche, Garfiel et même Otto, cela ne laisserait aucune marge de manœuvre à Subaru pour se ménager.
Émilia : “――――”
Les lèvres d’Émilia s’agitèrent faiblement, comme si elle cherchait un moyen de lui répondre, mais elle se contenta de continuer à observer Subaru, incapable de trouver les mots.
La force de son emprise sur sa main augmentant légèrement, Subaru tourna la tête. Cependant――
Anastasia : “À ce stade, je pense qu’il s’agit d’un problème à la racine de l’être de Natsuki-kun. Ce n’est pas quelque chose qui va s’arranger en un jour ou deux. Je suppose que ça dépend de la façon dont Émilia-san s’y prend, néanmoins.”
Interrompant la conversation d’un claquement de mains, Anastasia jeta un coup d’œil vers Émilia. Émilia lui rendit son regard, avec une expression sérieuse, mais qui ne semblait pas être la réaction voulue par la première, ainsi,
Anastasia : “――Oh là là, j’ai l’impression qu’il y a très peu d’espoir pour ça. Non pas que ça te conviendrait.”
Émilia : “――? Je ne pense pas comprendre, mais si tu me montres comment faire, j’essaierai de faire de mon mieux ?”
Anastasia : “J’ai bien peur de devoir refuser… Je n’aime pas trop me faire botter les fesses par un dragon terrestre.”
Subaru : “Se faire botter les fesses par un dragon terrestre… Je me demande si ça veut dire quelque chose comme se faire botter les fesses par un cheval.”
En mettant de côté les phrases bizarres de Garfiel, Subaru ajouta une nouvelle phrase qui pourrait être commune dans ce monde différent.
En tout cas, pour Subaru, ce n’était pas la fin des infos confuses balancées dans la conversation d’Émilia et d’Anastasia. À un moment donné, Émilia et lui n’arrêtaient pas de pencher la tête à chaque ligne, au point qu’Anastasia soupire et pointe du doigt le Grand Escalier.
Anastasia : “Heeey, quand est-ce qu’on va arrêter de lambiner et monter ? Ce qui nous attend risque d’être plus dur que le troisième étage… Ou peut-être que Natsuki-kun finira par le résoudre tout de suite.”
Subaru : “À vrai dire, si c’est quelque chose d’aussi ennuyeux que l’énigme du troisième étage, je ne suis pas très chaud.”
Pour être honnête, la seule raison pour laquelle Subaru avait pu passer l’examen du troisième étage Taygète résidait dans le fait que la connaissance des étoiles et des constellations était essentielle pour y parvenir.
Les constellations――ça aussi, c’était une connaissance du monde d’origine de Subaru, qui était nécessaire pour résoudre l’énigme. En fait, Subaru pensait que le constructeur de cette Tour venait d’un autre monde, moderne de surcroît, tout comme lui.
À cet égard, il était fort probable que l’examen du deuxième étage nécessite également des connaissances modernes, où la présence de Subaru s’avérerait utile, mais――
Subaru : “Les choses sont peut-être différentes par rapport au troisième étage, je veux dire, je ne peux pas faire grand-chose si c’est un sujet que je ne connais pas. Le nom Flugel est germanique, et je ne connais pas grand-chose de l’histoire de l’Allemagne de toute façon.”
Une vague inquiétude l’envahit, mais il ne pouvait pas l’exprimer, afin de préserver les attentes de chacun. Aux yeux d’Émilia et de Béatrice, Subaru était faible.
Par conséquent, il voulait faire tout ce qui était possible en utilisant le peu de connaissances qu’il avait de l’Allemagne.
Subaru : “――Je ne peux rien y faire. Les escaliers sont littéralement en face de moi. Je ne peux pas me considérer comme un homme si je recule maintenant. Allons-y et traversons le défi en un clin d’œil.”
Julius : “Malheureusement, à part toi et moi, il n’y a que des femmes ici.”
Subaru : “C’est juste une façon de parler, ne gâche pas tout, toi ! Allez, on y va, Béako !”
Béatrice : “Ngyahhh, en fait !”
Julius draina l’esprit ardent que Subaru avait dans son poing serré, mais ce dernier se contenta de lui tirer la langue, de tirer Béatrice dans ses bras, et de courir tout droit vers les escaliers.
Émilia : “Ah, Subaru, attends !”
Voyant son bond enthousiaste, Émilia grimpa derrière lui, tandis que Julius et Anastasia affaissaient leurs épaules à l’unisson, et lui emboîtaient le pas.
Meili : “Onee-san nue ? Tu n’y vas pas ?”
Shaula : “Arrête avec la nudité, mordeuse de chevilles numéro deux. Je suis correctement habillée, vois-tu. J’ai quelque chose de mignon et sexy, regarde. C’est le Maître qui a choisi ça pour moi, alors arrête de te plaindre.”
Meili : “Je ne me plains pas vraiment, tu saiiiis~. Dépêche-toi, allez, allez, ou on va se faire distancer.”
Shaula : “Tu es vraiment autoritaire alors que tu n’es que sur mon dos, mordeuse de chevilles. Je le dirai au Maître plus tard ! À vrai dire, j’ai envie de t’apprendre les bonnes manières moi-même~ !”
Shaula posa son pied sur les marches en secouant son visage rougi, la queue de scorpion s’agitant dans tous les sens. Avec une vigueur inhabituelle pour une personne portant quelqu’un sur son dos, elle sauta de la première marche du Grand Escalier à la cinquième, et continua à courir.
Shaula : “Dadadadadadadada- !”
Ignorant ce qui se passait derrière lui, Subaru continua à courir dans les escaliers avec Béatrice dans les bras. Au milieu de tout cela, Béatrice avait habilement changé sa position afin de se faire porter comme une princesse et rétrécit ses yeux bleus vers Subaru.
Béatrice : “Comme je le pensais, il y a quelque chose qui modifie le sens de l’espace ici, je suppose. Nous ne sommes pas sortis de la Tour même si nous sommes allés si loin en ligne droite, en fait.”
Subaru : “Peut-être qu’on ne pouvait pas le dire de l’extérieur, mais la Tour pourrait bien avoir cette forme-là aussi.”
Béatrice : “Seulement pour cet escalier qui dépasse ? Si c’est le cas, alors il doit y avoir quelque chose qui oblige la Tour à avoir l’apparence d’une Tour, sinon, il n’y a aucun intérêt à cacher l’escalier, en fait.”
Subaru : “Je suppose que oui. J’avais juste envie de le dire à voix haute.”
Subaru soupira en étant d’accord avec le raisonnement de Béatrice et jeta un coup d’œil au-dessus de sa tête.
Étrangement, même s’il courait dans les escaliers, l’étage du dessus ne semblait pas plus proche qu’avant. Peu importe combien il courait, il avait l’impression de monter en utilisant un escalator qui descendait.
Subaru : “Pas possible, de penser que le harcèlement dont parlait Émilia se produirait vraiment…”
Il n’y avait qu’un escalier préparé, et il n’était pas relié au deuxième étage――tandis que Subaru réfléchissait à cette théorie, l’espace au-dessus de sa tête s’ouvrit au même moment.
Subaru : “Oh, oooh――?!”
Béatrice : “Hyah.”
Face à la lumière soudaine dans l’escalier en pierre mal éclairé, Subaru et Béatrice crièrent en même temps.
À un moment donné, alors qu’ils avançaient continuellement, les escaliers s’étaient achevés, et ils avaient posé les pieds dans un nouvel étage. Qui était――
Subaru : “Une salle blanche… encore, hein.”
Béatrice : “Je suppose.”
Il s’arrêta et déposa Béatrice avec précaution depuis sa position de princesse.
La montée des escaliers avait été étonnamment longue. Bien que son endurance se soit améliorée, il ne pouvait s’empêcher de s’accroupir sur ses genoux et de respirer bruyamment.
Tout en lui frottant le dos, Béatrice tapota le sol du bout de l’orteil et scruta la pièce. Subaru déglutit et fit de même.
Pour les deux premiers arrivés en haut des escaliers, la salle était le reflet de l’examen du troisième étage Taygète : une étendue blanche. Une structure mystérieuse où le sol et le plafond s’étendaient bien au-delà de la portée de l’œil, et où la notion de distance elle-même semblait faussée.
Il ne faisait aucun doute que la seule raison pour laquelle cet espace blanc était enregistré comme un lieu était le petit espace ouvert au sol avec les escaliers menant à l’étage inférieur, comme c’était le cas au troisième étage.
Émilia : “Ah, encore cette salle ?”
Et de ce même espace ouvert avec les escaliers surgirent Émilia et les autres, tous ayant des réactions similaires face au décor blanc, et tous laissèrent tomber leurs épaules en signe de découragement.
Il était évident, avec la présentation, qu’un autre examen était sur le point de commencer.
Subaru : “Est-ce qu’il y a une chance que nous soyons arrivés au troisième étage par erreur ?”
Émilia : “Je ne pense pas. Il y avait cinquante-quatre marches dans l’escalier entre le quatrième et le troisième étage. Celui-ci a quatre cent quarante-quatre marches. C’est presque dix fois plus de marches qu’il n’en fallait pour arriver ici, non ?”
Subaru : “T-tu comptais, Émilia-tan ?”
Émilia : “Fufu~, en vérité, compter le nombre de pas est un passe-temps secret que j’ai récemment adopté… Pourquoi me tapotes-tu la tête ?”
Subaru et les autres se relayèrent pour tapoter la tête d’Émilia après qu’elle se soit vantée de son passe-temps. Même Julius et Meili, qui s’étaient abstenus de le faire, la regardaient avec une pitié délicate.
Émilia : “Ça fait vraiiiment bizarre, vous savez…”
Subaru : “N-nous n’aurions vraiment pas pu le faire sans Émilia-tan. Grâce à toi, nous savons que nous sommes montés dix fois plus haut que le troisième étage. On a l’impression d’avoir fait un bond jusqu’au premier étage. C’est ce que j’aimerais faire, mais pour l’instant, je pense que nous devrions considérer qu’il s’agit du deuxième étage…”
Béatrice : “L’examen est censé commencer, en fait. Ce qui se trouve là-bas pourrait être le moyen de le faire, je suppose.”
Rangeant les doutes d’Émilia pour plus tard, Subaru jeta un coup d’œil vers l’endroit indiqué par Béatrice――droit devant en arrivant par les escaliers, il y avait un spectacle qui attirait l’œil.
Au troisième étage Taygète, il y avait quelque chose de similaire au centre de la pièce. En le touchant, l’examen commençait. Si c’était le cas ici aussi, alors――
Julius : “Ce n’est pas un Monolithe, mais――une épée.”
Rétrécissant ses yeux dorés, Julius prit la parole en contemplant l’objet qui sortait du sol.
Exactement comme il l’avait annoncé, à l’intérieur de l’étendue blanche se tenait non pas un Monolithe comme au troisième étage, mais cette chose.
――C’était une épée.
Dépourvue de fourreau, l’épée se tenait droite, la pointe transperçant le sol blanc.
La façon dont elle se tenait droite, la poignée vers le haut, était d’une beauté terrifiante qui se reflétait dans les yeux de Subaru.
Ce n’était pas comme s’il y avait des décorations magnifiques, et Subaru ne savait pas non plus si le matériau était de haute qualité ou non.
Seulement, dans sa simplicité non décorative, dans son utilisation minimale de l’acier, il y avait quelque chose de superbe.
Subaru : “À vue de nez, c’est censé fonctionner comme une Épée de Sélection…”
Julius : “――――”
Anastasia : “Oui, oui, tu as été très patient. Bon garçon, bon garçon.”
Julius se retint de parler lorsqu’il remarqua la scène pittoresque de Subaru chuchotant à une épée. Mettant de côté les louanges silencieuses d’Anastasia à l’égard de Julius qui l’observait, Subaru posa ses yeux sur Shaula. Elle avait les bras croisés pour mettre en valeur sa poitrine généreuse, le visage débordant de confiance.
Un visage qui affichait clairement “Vous pouvez me demander tout ce que vous voulez, je suis tout à fait prête à dire que je n’en ai aucune idée”. Ainsi, Subaru, sans avoir prononcé un mot, fut forcé de faire un pas vers l’épée.
Émilia : “Subaru.”
Subaru : “Je pense que c’est bon. Ce n’est pas un piège qui provoque la mort instantanée, si c’est comme au troisième étage.”
Faisant un signe de tête en direction d’une Émilia angoissée, Subaru fit un pas en direction de l’Épée de Sélection. Émilia et Béatrice l’accompagnèrent naturellement. Les autres restaient en attente à l’entrée des escaliers, prêts à réagir en cas de problème.
Subaru : “Fais attention en créant un chemin de fuite pour Anastasia. C’est une longue descente, si elle trébuche, elle roulera jusqu’à ce qu’elle meure.”
Julius : “J’y penserai. Tu devrais plutôt tenir compte des avertissements d’Émilia-sama et de Béatrice-sama.”
Émilia : “C’est bon. Je protégerai Subaru.”
Subaru : “Ahh, très bien, je vais me laisser protéger.”
Voyant Subaru lever le pouce face à une Émilia très enthousiaste, Julius soupira. Après avoir fait le tour de la question, Subaru fit face à l’Épée de Sélection.
Une distance à laquelle il pourrait la toucher s’il tendait la main. À ce moment-là, la présence de l’épée lui donna un certain sens de la réalité. Comme le Monolithe, elle n’avait rien de mystérieux.
Subaru : “Cela dit, c’est une épée qui est coincée ici depuis la construction de la Tour. Le fait qu’il n’y ait même pas un grain de rouille dessus est assez étrange en soi.”
Subaru chuchota cela devant l’Épée de Sélection, puis prit une légère inspiration, expira――et tendit la main vers la poignée.
En enroulant ses doigts autour d’elle, il sentit qu’elle lui résistait légèrement, mais il mit quand même de la force pour la tirer vers le haut.
Pendant un moment, le doute s’installa dans l’esprit de tous, à savoir si Subaru serait capable de la retirer, si c’était vraiment l’Épée de Sélection comme son nom attribué l’indiquait――mais cette pensée s’avéra être vaine.
Subaru : “――――”
En appliquant un peu de force, le tranchant qui était coincé dans le sol sortit facilement.
C’était vraiment avec autant d’élégance qu’une épée pourrait en avoir, comme si elle avait été sortie de son fourreau.
À ce moment précis, il y eut un écho.
??? : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Subaru : “――Hk !”
Une voix qui perçait les tympans et résonnait directement dans leurs crânes leur transmettait les détails de l’Examen.
C’était une tournure d’événements attendue, il n’avait donc pas fait quelque chose d’aussi peu recommandable que de laisser tomber l’épée, mais c’était tout de même une expérience désagréable.
Après tout, la voix qui résonnait dans sa tête était très semblable à la sienne.
Subaru : “J’ai l’impression d’avoir le mal des transports… Je suppose que tout le monde ressent ça aussi…”
Est-ce que tout le monde avait entendu, ou était-ce seulement Subaru qui avait sorti l’épée ? Tout le monde avait entendu la voix lorsque quelqu’un avait touché le Monolithe.
Donc, cette fois aussi――Subaru se retourna avec cette pensée, et remarqua.
Tout le monde : “――――”
――Que tout le monde avait le souffle coupé, et qu’ils regardaient en direction d’un seul point.
Subaru : “――――”
En suivant leur champ de vision, Subaru observa à son tour. L’endroit qu’ils regardaient tous était un point plus loin devant l’Épée de Sélection――à un endroit qui coïncidait avec la distance entre l’épée et l’escalier.
Et à cet endroit, la silhouette d’une personne était apparue.
Voix : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Une voix qui était supposée chuchoter, sembla soudainement très forte pour Subaru.
Une voix qui répétait les mêmes mots qu’il avait entendus en sortant l’épée. Cependant, ce n’était pas sa propre voix qui résonnait dans sa tête, mais sans aucun doute celle de la silhouette avec une voix différente.
Voix : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
La voix, comme s’il s’agissait d’un idiot à qui l’on aurait appris à ne répéter qu’une seule phrase, fit à nouveau tourner les mêmes mots.
Il était impossible de déterminer si la voix semblait mécanique, automatique ou même instinctive.
Le tremblement subtil de la voix était visible dans la répétition de ces mots sinistres. La voix de la silhouette était terriblement directe, comme si le tranchant d’une épée chatouillait le cœur.
Subaru : “――――”
Il était impossible de déterminer si le tremblement était dû à la peur, à la passion, au plaisir ou au chagrin. Le fait qu’il joue si bien avec les émotions des autres était la preuve qu’il y avait un fossé entre lui et une créature vivante.
À cette distance, alors qu’elle n’était qu’une voix, elle jouait avec des vies.
Voix : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
――C’était un homme aux cheveux rouges, simples mais longs, qui coulaient le long de son dos.
Il était assez grand. Une tête entière de plus que Subaru, le corps de l’homme était orné de muscles épais correspondant à sa taille.
Il ne portait pas d’armure, mais un kinagashi cramoisi décontracté qui n’apportait aucune protection――de son flanc droit jusqu’à son bras, sa poitrine était exposée, et sa taille était maintenue par une ceinture blanche.
(Note de Traduction : Kinagashi : ce type de vêtement porte ce nom en japonais. Plus d’informations ici.)
Ses cheveux d’un rouge flamboyant lui arrivaient au milieu du dos, et son œil gauche était recouvert d’un cache-œil noir de mauvaise qualité. Enfin, l’œil droit, qui restait à découvert, était un reflet bleu des cieux inatteignables.
Il était d’une beauté si bien ordonnée que tout le monde se retournerait pour y jeter un coup d’œil, un spectacle digne d’un tableau――ce sourire sauvage et cruel, rempli de folie, gâchait tout.
C’était une bête féroce d’une extrême beauté.
La plus belle bête qui existait dans ce monde――au point que Subaru oubliait de respirer en sa présence.
Shaula : “Hii…”
L’illusion de l’immobilité du temps fut brisée par un doux murmure.
Rapidement, il entendit la voix d’une fille couiner un “Kyaa~”. À la lisière de ses yeux, il vit la silhouette de la fille ayant des cheveux noirs qui lui arrivaient au derrière, à ses côtés――Shaula tomba au sol, tandis que les yeux de Meili tournoyaient partout, confus.
Shaula : “Hii, hiii…”
Shaula était tellement bouleversée qu’elle pourrait être incontinente.
Les yeux grands ouverts, le visage tordu d’une façon qui ne sied pas à une fille aussi belle qu’elle, la profondeur de la surprise, de la frénésie qu’elle ressentait, était clairement exprimée.
S’il était possible de s’en remettre à son instinct, elle aurait quitté la pièce en trombe.
Mais ses jambes tremblantes ne le lui permettaient pas.
――La même Shaula qui avait complètement détruit la créature du Centaure, était raide de peur ?
Homme : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Même avec Shaula effrayée en visuel, la voix continuait à répéter ces mots.
À première vue, il s’agissait d’une situation qui montait en intensité――cependant, il remarqua quelque chose d’autre.
L’homme n’avait pas bougé d’un pas, exerçant seulement une pression depuis l’endroit où il se tenait――non, l’homme n’avait même pas essayé d’exercer une pression. Il restait simplement immobile.
Par sa simple présence, son existence dégageait la même atmosphère que celle d’une Sorcière.
Subaru : “――Hk.”
Retenant son souffle, il força ses paupières, qui avaient oublié de cligner, à se fermer et prit un moment pour se calmer.
Puis, sans quitter l’homme des yeux une seule seconde, Subaru recula d’un pas. Dans sa main droite se trouvait l’Épée de Sélection, dans sa gauche se trouvait la main de Béatrice tenue fermement, il tira sa forme raide vers l’arrière.
Subaru : “Eh, Émilia…”
Émilia : “J-je sais.”
Conscient qu’il ne pouvait pas la laisser en arrière, Subaru appela le nom d’Émilia, sachant qu’elle était toujours pétrifiée. Malgré cela, Émilia hocha la tête en guise de réponse, la voix tremblante. Subaru s’éloigna lentement en faisant correspondre ses mouvements à ceux de ses genoux tremblants.
Homme : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
La distance s’agrandit. Malgré cela, l’homme restait immobile. Il répétait seulement les mêmes mots.
Homme : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Il se donna à fond et arriva enfin à l’endroit où Shaula était allongée. Le visage de Shaula était raide de peur comme avant, et Meili s’était agrippée à son bras, incapable de bouger.
Prendre les filles et se retirer de cet endroit. Serait-ce possible ? Les mains de Subaru, aussi bien celle qui tenait l’épée que celle qui tenait la main de Béatrice, étaient raides, sans aucun signe de pouvoir les bouger. Il ne pouvait même pas imaginer être capable de soulever Shaula et Meili en attrapant leurs bras. En premier lieu, cet homme le permettrait-il ? Quel était l’objectif de cet homme ? À quoi servait l’examen, et à quoi servait l’épée――
Homme : “――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Les mots qui étaient répétés, la phrase, c’était la demande de l’examen du deuxième étage Électre.
Quel sens y avait-il à ce que l’homme répète ces mots. Le contenu de l’examen dont il avait entendu parler au moment où il avait sorti l’épée, l’homme qui répétait ces mots, le Fou, et l’absolution, qu’est-ce que――
Homme : “――Fou… Lame Céleste… absolution…”
Subaru : “――Hein ?”
Accélérant ses pensées, le sentiment que quelque chose de terrible allait se produire continuait de monter en Subaru, et au même moment, l’homme dont la voix continuait de résonner sans arrêt, s’arrêta brusquement.
Subaru grogna instinctivement, un geste imprudent qui rendit Émilia et Béatrice un peu plus nerveuses, mais qui n’eut aucun effet sur le changement qui s’opérait.
――Plus que cela, les changements subis par l’homme devenaient de plus en plus clairs.
Homme : “Lame Céleste, Fou… son absolution… Oh, ohh, ohhh, oh―, oh―”
Subaru : “Qu-Quoi ? Quoi, quoi, qu’est-ce qui va se passer ?”
Homme : “Ah, ah, ahhhhhhh――!!”
Shaula : “Pigyiii !”
Subaru : “Dowaaa ?!”
La situation était loin de s’être arrêtée.
Au contraire, il y avait eu une étrange série de sons à la fin des mots de l’homme debout, et dans l’instant suivant, celui-ci porta une main à ses cheveux, commença à se gratter, et poussa un cri explosif.
Soudain incapable de le supporter, Shaula couina comme un cochon et bondit sur Subaru. Naturellement, il ne pouvait pas rester debout. Ses bras s’enroulèrent autour de lui avec toute sa force, et incapable de prendre des mesures d’évitement, Subaru tomba au sol avec elle.
Subaru : “――Hk !”
Au moment de l’impact, des étincelles jaillirent dans ses yeux, tandis que les cris de l’homme et les pleurs incessants de Shaula, qui s’accrochait toujours à sa taille, lui martelaient les tympans.
Homme : “Ahhhhhhhhh――!!”
Shaula : “Hyaaaaa ! Maîtremaîtremaître au secours !! Je ne veux paaaas ! Aide-moiiii !”
Subaru : “Qu-qu’est-ce qui t’arrive depuis quelques minutes――”
Homme : “――Ferme-la maintenant !! Ma tête me fait déjà assez souffrir comme ça ! Arrête de crier !”
Shaula : “Ahhh…”
Juste avant que ses mots de réconfort ne parviennent à destination, l’esprit de Shaula s’effondra.
Bien qu’elle se soit agitée dans tous les sens pour une raison quelconque, elle s’était tranquillement collée à la taille de Subaru et avait cessé de bouger, et perdant conscience, elle s’était effondrée sur le sol.
Subaru : “Pas possible, tu…”
Shaula : “Bukubukubuku…”
Shaula quitta rapidement et gracieusement le front en s’évanouissant. Même si du point de vue de l’examinateur l’aide qu’elle pourrait apporter à la conquête de la Tour serait presque nulle, cet événement était tout à fait inattendu.
Pour une femme, dont la force brute méritait un certificat, pour ne pas dire plus――se montrer aussi effrayée par cet homme indiquait que les choses allaient certainement être délicates,
Julius : “J’en déduis que vous n’êtes pas, et de loin, une simple existence.”
Homme : “Aahn ?”
L’homme grogna de mécontentement lorsque le son aigu d’un pas unique résonna.
Avec un claquement de sa paire de chaussures blanches, s’avança le plus grand des Chevaliers――Julius virevolta et ramassa l’épée que Subaru avait laissée tomber.
En observant Julius, les lèvres de l’homme se courbèrent, un air renfrogné se dessinant sur son visage.
Homme : “Va t’faire foutre, enfoiré. Et c’est quoi cet endroit ? Vous vous foutez d’ma gueule ou quoi ?”
Julius : “Non, nous ne faisons rien de tel. Nous aussi, nous sommes dans le même état de confusion. Vous êtes apparus ici tout d’un coup――nous ne pouvons pas nous empêcher d’être sur nos gardes, c’est ce que j’aimerais vous faire comprendre.”
Homme : “Va t’faire foutre, enfoiré. Parle pas bizarrement, enfoiré. Arrête de parler comme mon sous-fifre, enfoiré. T’es mon sous-fifre ? Non, hein ? Puisque tu l’es pas, parle pas comme lui, et rends pas toute cette merde confuse, enfoiré.”
L’humeur de l’homme s’altérait à chaque fois que Julius parlait avec le ton respectueux mais prudent qu’on attendait de lui.
Même s’il devenait évident que l’homme était humain, la question de savoir s’il était possible d’établir une conversation avec lui était un tout autre sujet.
Homme : “――Jolie femme, jolie femme, femme sexy, avorton, avorton, sous-fifre, menu fretin.”
Julius : “Malheureusement, je ne suis pas votre sous-fifre.”
Homme : “Kah ! La façon dont tu parles, c’est exactement la même qu’mon sous-fifre. Arrête d’le copier.”
L’homme éructa un rire de bonne humeur devant l’objection de Julius.
Ses dents d’une blancheur inhabituelle et son visage étrangement beau, son sourire de requin, tout cela mêlé, empestait d’une étrange folie.
Homme : “――――”
Finalement, un peu d’humanité pouvait être trouvée dans l’homme souriant. Ou plutôt, dire que c’était la découverte que l’homme était un être intelligent capable de converser serait plus approprié.
Homme : “Oi, toi. Explique-moi s’qui se passe ici, enfoiré. Qu’est-ce tu m’as fait, enfoiré. Cache pas des choses, enfoiré. Viens-en au fait, enfoiré.”
Subaru : “Apparaître de nulle part et agir comme une merde furieuse… Qu’est-ce que ça signifie ?”
Homme : “Aahn ?”
L’homme enfonça sa main dans la partie ouverte de son torse nu et se gratta négligemment. Subaru, qui s’était enfin redressé, arracha les mots qu’il put trouver et les cracha à l’homme.
Ce dernier se contenta de fixer Subaru qui était allongé sur le sol avec son œil droit.
Homme : “Va t’faire foutre, enfoiré. Pourquoi tu dors, enfoiré. C’est pas un endroit très agréable, enfoiré. T’as obtenu une femme aussi sexy pour être ta viande de lit, enfoiré. Change de place avec moi, enfoiré.”
Subaru : “Malheureusement, par respect pour la personne elle-même, je refuse…”
Refrénant quelque peu ses tremblements de pieds, Subaru se leva. En même temps, il écarta Shaula qui s’accrochait à lui. C’était un acte imprudent qui l’avait fait tomber sur le sol la tête la première, mais il n’avait pas le temps d’y penser. Cependant――
Homme : “Ahh, ahh, aahn ? Quoi, enfoiré. Tu fais ça, enfoiré ? Tu t’fous d’la gueule du monde, enfoiré ?”
Subaru : “…Pourquoi tu débites cette merde grossière, enfoiré.”
Homme : “Kah !”
L’homme serra les molaires et poussa un rire puissant, mais violent.
Ignorant Subaru qui était clairement confus, l’homme parcourut la salle blanche du regard et hocha la tête pour lui-même, “Ohh, ohh, c’est vrai”, puis reprit la parole,
Homme : “T’peux compter sur moi――alors, commençons.”
Subaru : “Commençons… Attends ! Pourquoi continues-tu à diriger la conversation tout seul ? C’est vraiment trop dur à supporter !”
Homme : “Ferme-la, enfoiré. J’t’ai déjà expliqué pendant que j’parlais dans mon sommeil, non ? Fais attention à s’que j’dis, enfoiré.”
Subaru : “Que peut bien vouloir dire tout ça depuis quelques minutes…”
Émilia : “Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.”
Incapable de suivre la situation, les yeux de Subaru papillonnaient dans tous les sens, tandis qu’Émilia se chuchotait à plusieurs reprises la phrase, mot pour mot.
Lentement, les filles commencèrent à se dépétrifier. Après Julius et Subaru, Émilia et Béatrice sortirent du temps immobile, puis Anastasia et Meili dans la foulée.
Seule Shaula restait inconsciente, toutefois――
Homme : “Kah ! Cette bombasse là-bas est différente de ce menu fretin. Si j’avais été en vie, j’aurais couché avec toi ce soir, minette… En r’gardant de près, t’es vraiment mignonne, toi. C’est quoi s’visage. T’es vraiment p’tain d’attrayante, minette.”
Émilia : “Attrayante… ?”
Subaru : “Toi ! C’est toi ! C’est toi l’examinateur ici, pas vrai ?”
À force de regarder Émilia, une convoitise s’était éveillée dans ses yeux. Se plaçant entre les deux, Subaru se leva et pointa l’homme du doigt.
L’homme sourit comme un requin à cette déclaration et,
Homme : “――J’en ai pas la moindre idée. J’suis pas intéressé par un titre que quelqu’un s’est octroyé. J’suis moi, t’es toi. Rien d’plus que ça. T’veux me parler correctement ? Fais-moi avancer d’un pas, enfoiré.”
Julius : “――――”
C’étaient les mots d’un homme qui se tenait sans défense, calmement.
Quant à savoir pourquoi il n’avait pas ri, c’était justement la condition à remplir pour passer l’examen. Par conséquent, il s’agissait donc d’une tâche digne de cette appellation.
――Fou ayant atteint la Lame Céleste, reçoit son absolution.
Si l’homme qui se tenait en face était ce “Fou ayant atteint la Lame Céleste”, alors la méthode pour obtenir l’absolution était claire. Il ne restait plus qu’à déterminer si cette méthode était possible.
Julius : “Appartenant à la Garde Royale du Royaume de Lugnica, Julius Juukulius.”
Avant que le combat――ou plutôt l’examen, ne commence, Julius offrit son nom comme acte de courtoisie.
C’était un acte de grand honneur, déclarant l’autre comme son égal, indépendamment de sa position ou de son sexe.
En réponse, l’unique œil bleu de l’homme se rétrécit d’excitation, et il fit preuve d’une combativité inhabituelle,
Homme : “J’ai pas d’nom qui vaille, j’suis qu’un simple Manieur de Bâton.”
La Grande Bibliothèque des Pléiades, l’examen du deuxième étage Électre.
Temps imparti, aucune restriction. Nombre de tentatives, aucune restriction. Participants, aucune restriction.
――Démarrage de l’examen.

