11 — Une réunion surprenante, une réunion destinée et une réunion inattendue

Après la rencontre avec cet étrange homme encapuchonné, le voyage se poursuivit sans autre incident. De temps en temps, Émilia jetait un coup d’œil vers l’eau, perdue dans ses pensées, mais elle dissimulait son embarras par un léger sourire avant que quiconque ne l’interroge à ce sujet.
Le seul trait distinctif de l’homme qu’ils venaient de rencontrer était sa capuche, mais il semblait avoir un lien quelconque avec Émilia. Du point de vue d’Émilia, son attitude était plutôt courtoise. Il avait peut-être été un peu excessif dans la description de ses cheveux mais, surtout, la chevelure argentée d’Émilia avait rarement fait bonne impression comme avec lui.
Subaru : “À ce propos, la cape empêchant de se faire reconnaître…”
Subaru remarqua soudainement que les effets de la cape magique d’Émilia, qu’elle portait toujours pour dissimuler son identité, n’avaient pas affecté l’homme à l’instant. Si la cape avait fonctionné normalement, cet homme n’aurait pu que remarquer la présence d’Émilia. Cependant, il avait apparemment aperçu ses cheveux argentés.
Ce qui signifiait que l’homme pouvait résister à la magie de la cape.
Subaru : “Béako.”
Béatrice : “Tu l’as remarqué, en fait. Émilia et Garfiel ne l’ont pas remarqué et se promènent ignorants, je suppose. Ce sont des enfants négligents, en fait.”
Béatrice, qui marchait à côté de Subaru, savait exactement ce qui l’inquiétait.
Alors qu’elle éloignait Subaru d’Émilia, Subaru mit la main sur son menton en fronçant les sourcils.
Subaru : “Je ne pense pas qu’il ait utilisé une quelconque ruse, mais ce type était louche. Les effets de la cape devraient être assez difficiles à contrer.”
Béatrice : “Donc, soit il maîtrise la magie, soit il possède une sorte de Protection Divine… Quoi qu’il en soit, ce n’est pas un homme ordinaire, je suppose. Sacrément embêtant, en fait.”
Subaru : “On devrait en parler à Émilia ?”
Béatrice : “Ce n’est pas nécessaire, en fait. S’il agissait avec malveillance, Émilia l’aurait probablement remarqué, je suppose. Nous n’avons pas besoin d’examiner la situation en détail, en fait.”
En entendant l’affirmation de Béatrice, Subaru répondit par un “Je vois” et l’accepta.
Béatrice avait dit ce qui lui semblait correct. Comme elle passait souvent du temps à observer les humains, et qu’elle avait été particulièrement attentive à l’attitude d’Émilia, Subaru l’écouta. Il ne fallait pas provoquer inutilement un malaise.
Néanmoins, Subaru et Béatrice devaient au moins rester vigilantes.
Dans cette vaste ville, il était peu probable de rencontrer à nouveau cet homme au hasard. Mais il existait une chance pour qu’il cherche activement à les contacter, ils devaient donc se méfier.
Garfiel : “Dépêch’toi, Cap’taine. S’tu traînes avec Béatrice, l’nuit va tomber avant d’rentrer.”
Béatrice : “Cesse de dire des choses absurdes, je suppose. Puante, et agaçante créature.”
Garfiel se retourna vers eux et rigola joyeusement en réponse aux grossières insultes de Béatrice.
Soudain, son expression changea. Ses oreilles bougèrent d’avant en arrière, et son nez se contracta.
Subaru : “Qu’est-ce qu’il y a ?”
Garfiel : “Nan, c’est juste que, près d’l’hôtel… j’ai entendu une espèce d’engueulade.”
Ils tournèrent au coin de la rue alors que Garfiel finissait de parler, et Subaru et les autres entendirent également le vacarme. En effet, on aurait dit que quelqu’un, ou peut-être plusieurs, étaient furieux.
Subaru : “On dirait que ça tourne au vinaigre, quel bordel.”
Garfiel : “Le Cap’taine a causé des problèmes pendant les négociations et a fini par bouffer du minerai magique, t’as vraiment l’droit de dire qu’c’est l’bordel ? Si j’avais pas été à la Chambre de Commerce, t’aurais été embarqué par les gardes.”
Subaru : “C’est juste mon charme irrésistible… Émilia-tan ?”
Subaru s’aperçut soudain qu’Émilia, qui venait de le rattraper, le dépassait en courant. Il l’appela, mais elle ne lui prêta aucune attention.
Émilia : “Cette voix, elle me semble vraiment familière… À vrai dire, je crois que c’est celle de Joshua.”
Subaru : “Ah, tu as raison. On dirait bien la voix de ce faible bâtard.”
Émilia : “Je serais inquiète s’il avait des soucis. Allons-y.”
Laissant un Garfiel moins tendu derrière lui, Subaru courut après Émilia. Au détour d’un virage, il put enfin apercevoir le Pavillon du Sylphe Marin, où――
??? : “D’accord, trou du cul, combien de fois vas-tu me faire répéter ça ? Arrête de faire le coincé et demande à ta maîtresse de venir ici !”
Joshua : “Vous êtes si barbare que je n’appellerais même pas mon frère ici, et encore moins ma maîtresse ! S’il vous plaît, partez tant que je suis encore capable de parler calmement !”
??? : “Tu comprends vraiment pas ce que je dis, oy ? Allons-y, sale bâtard !”
Un jeune homme aux cheveux violets――Joshua, se tenait les bras écartés devant l’hôtel, se disputant avec un autre homme. Même s’il ne faisait pas face à Subaru, son physique était manifestement assez costaud. À en juger par son attitude, une bagarre avec Joshua serait inévitable.
Émilia : “Ça suffit !”
Le temps que Subaru juge les différences entre les hommes au combat, Émilia se précipita sur eux et les sépara. Après avoir été écarté, Joshua arborait une expression de choc abjecte.
Joshua : “É-Émilia-sama ?!”
Émilia : “Je revenais de mes occupations quand je vous ai entendus tous les deux. Vous vous disputez devant l’auberge de la sorte. Quelle est la raison de votre querelle ? Calmez-vous et racontez-moi.”
Elle parlait comme si elle était la médiatrice d’une dispute entre deux enfants. À ce moment, l’atmosphère de l’endroit se détendit. Subaru soupira de soulagement, et Garfiel soupira de déception, comme pour dire “Aww, pas de combat ?”, alors qu’il les rattrapait sans se presser.
Joshua : “Tout le monde débarque les uns après les autres… Je vous prie de m’excuser pour le dérangement.”
Émilia : “Ce n’est pas un problème. Maintenant, parlez-moi de cette dispute.”
Joshua : “Comment pourrais-je déranger Émilia-sama avec une chose aussi insignifiante…”
Joshua refusa obstinément l’intervention d’Émilia dans cette affaire, comme s’il craignait qu’Émilia n’utilise cette opportunité à son avantage. Si tel était le cas, il était paranoïaque. Même dans cent ans, Émilia ne serait pas capable de trouver une idée aussi fourbe.
??? : “Y’a pas grand-chose à dire sur ce qui s’est passé. On m’a envoyé ici, mais ce type ne voulait pas me laisser entrer, en criant. Alors, il fallait que je me batte contre lui.”
Dans ce moment de tension, l’homme qui se disputait avec Joshua prit la parole. Ses yeux acérés fixaient Joshua avec malice et sa voix était menaçante lorsqu’il se plaignait de l’accueil qui lui avait été réservé.
Joshua : “Combien de fois allez-vous me faire répéter ? Si vous voulez dissimuler votre identité, préparez-vous au moins convenablement. Même en portant des habits soignés, vous ne pouvez cacher votre vraie nature. Vous ne pouvez pas pousser le mensonge plus loin !”
??? : “Oh, eh bien, excuse-moi ! Hey, je n’aime pas m’habiller comme ça. Je fais une commission pour quelqu’un d’autre ! Ah, comprends ce que je dis, putain !”
L’homme se grattait la tête, frustré, car Joshua refusait d’accepter ses demandes. Même avec l’intervention d’Émilia, les deux hommes restaient bloqués dans leurs disputes.
Émilia : “Franchement, comment mettre les choses au clair dans ces conditions ? Subaru, comment… Subaru ?”
Émilia, perplexe face à la situation des deux hommes, se tourna vers Subaru, qui se tenait debout, la main sur le menton, fronçant les sourcils en réfléchissant devant elle. Son regard se posa sur l’homme qui se disputait avec Joshua.
Émilia : “Qu’y a-t-il, Subaru ?”
Subaru : “Non, je me trompe peut-être… mais il me semble l’avoir déjà croisé quelque part…”
??? : “Hein ? De quoi, oy. Tu cherches la bagarre avec… Hk ?!”
En entendant les propos de Subaru et d’Émilia, le regard de l’homme se tourna vers eux. Mais en voyant Subaru, il se raidit immédiatement.
Les lèvres tremblantes, il désigna Subaru.
??? : “T-toi… cette fois-là avec Reinhard… !”
Subaru : “Cette fois-là avec Reinhard est très précis… ah.”
“Cette fois-là avec Reinhard” était le principal indice de Subaru. C’est alors que Subaru réalisa qui il était. Il était bien mieux vêtu qu’avant, et son comportement était légèrement différent, mais son regard mauvais demeurait le même.
Subaru : “Chin ! Chin, c’est ça ?! Wow, ça fait un bail. Qu’est-ce que tu fais là ?”
Chin : “Ne fais pas comme si on se connaissait ! C’est qui ce Chin tout d’abord ?! Mon nom est Rachins !”
Subaru : “Donc, c’est bien toi Chin !”
Rachins : “La ferme !”
Subaru posa une main sur l’épaule de Chin, et Chin, ou plutôt Rachins, s’empressa de la repousser. Subaru fit la moue devant son attitude froide.
Émilia : “Tu le connais ?”
Subaru : “Ah. Eh bien, c’est un visage familier qui me rappelle la fois où j’ai rencontré Émilia-tan pour la première fois dans une ruelle de la Capitale Royale. Lorsque celle-ci m’a sauvé d’un vol.”
Émilia : “Eh, c’est vr… Uh, un vol ?”
Subaru : “La fois suivante, c’est quand tu as été convoquée à la Réunion des Candidates Royales et que je me suis retrouvé coincé dans une ruelle avec Priscilla et qu’il a demandé à ses amis de nous attaquer. Ouais, c’est un bon gars.”
Béatrice : “Pour une dame comme Betty, il ressemble plutôt à une ordure, en fait.”
En entendant les paroles de Subaru, Émilia et Béatrice réagirent ainsi. Garfiel, qui s’était tenu en retrait, claqua bruyamment ses articulations, et l’expression de Joshua devint de plus en plus sérieuse.
Plus la situation devenait sérieuse, plus le visage de Rachins, déjà très pâle, blanchissait.
Rachins : “A-attendez, attendez. Peut-être que c’est arrivé il y a longtemps, mais laissez-moi vous expliquer pourquoi je suis ici et faisons table rase. Ouais ?”
Subaru : “Garfiel. Qu’est-ce que tu en penses ?”
Garfiel : “Y’aura pas d’pitié d’la part d’mon incroyabl’ personne, ouais ?”
Rachins : “A-attendez, attendez une minute ! Sérieusement, attendez ! Attendeeeeeeez !”
Rachins sentit l’aura de Garfiel, qui se distinguait de celle d’un simple voyou, et comprit immédiatement qu’il n’avait aucune chance de gagner. On pouvait dire que la capacité à réaliser cela était une compétence que Rachins avait développée au cours de l’année écoulée. Il tomba à genoux, suppliant avec les mains au-dessus de la tête, puis pointa l’hôtel du doigt.
Rachins : “C’est la vérité ! J’ai été convoqué ici… Non, mon employeur a été convoqué ici ! Mais elle a dit qu’elle ferait d’abord quelques tours en ville, alors on m’a envoyé à l’auberge pour les prévenir. Je ne mens pas !”
Garfiel : “Ahh, pigé, pigé…. Mais hey, pourquoi t’essaies pas d’expliquer plus lent’ment ?”
L’attitude menaçante de Garfiel ne changeait pas alors qu’il s’approchait de Rachins. Bien que Subaru se sentait mal pour Rachins, il ne trouvait aucune raison d’avoir une meilleure opinion de lui. Sa tenue s’était améliorée, mais pas son caractère, et il n’avait donc aucun moyen de faire bonne impression. Il était inévitable que Joshua lui refuse le droit d’entrer dans l’hôtel. Honnêtement, Subaru pouvait compatir.
Garfiel : “Hey, c’est pas d’chance, espèce d’bâtard. Choisir l’hôtel où s’trouve mon incroyabl’ personne c’était pas d’veine――hk !”
Garfiel faisait reculer Rachins dans un coin avec une main serrée.
Cependant, les mouvements de Garfiel furent soudainement interrompus lorsqu’il pivota immédiatement pour faire face à l’autre direction. Ses yeux s’écarquillèrent un instant, avant de rétrécir pour former de fines lignes méfiantes. Ses cheveux se dressèrent sur sa tête, tandis que ses dents, ses griffes et ses muscles réagissaient comme s’ils entraient en zone de guerre.
Une réaction trop brusque, trop directe et trop soudaine.
Les instincts primitifs au combat de Garfiel avaient été réveillés, et Subaru était donc lui aussi infecté par un sentiment d’urgence. Lui et les autres se tournèrent pour suivre le regard de Garfiel.
??? : “Rachins, je craignais que tu ne reviennes pas. Pourquoi perturbes-tu les choses ici ?”
À cet instant, Subaru aperçut l’illusion d’une flamme qui se tenait devant lui.
Les flammes brillaient d’un rouge éclatant, prenant une forme humaine qui agitait la main. Non, pas seulement une forme humaine――elles étaient humaines. Des cheveux de la couleur du cramoisi, du feu brûlant, des yeux qui emprisonnaient le ciel bleu clair en eux. Son corps svelte était vêtu de blanc et son visage bien ordonné était tel qu’on ne pourrait jamais l’oublier.
Son aura, qui frappait tous ceux qui se trouvaient à proximité, était l’aura qu’une personne ordinaire ressentirait en voyant un héros. C’était exactement ce dont il s’agissait.
Il n’y avait aucune erreur. Le nom de cet homme était,
Subaru : “――Reinhard.”
En entendant la voix rauque de Subaru, le jeune homme en question sourit doucement. Un sourire doux, destiné à calmer les autres.
Avec ce simple sourire, Subaru avait l’impression d’être pris dans les bras d’un gardien de la paix. Et ce n’était pas seulement Subaru, mais tous les autres semblaient se détendre également.

Reinhard : “Ça fait un bail, Subaru. Je ne m’attendais pas à te voir ici. Bien que notre rencontre soit due à Julius, qui m’a convoqué ici.”
Subaru : “O-oh. Ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vu. Comment vas-tu… Attends, es-tu en train de dire que tu as aussi été convoqué par Julius ?”
Reinhard : “Techniquement, c’est Felt-sama qui a accepté l’invitation d’Anastasia-sama. Je suis ici en tant que Chevalier, et je ne m’attendais pas à te voir ici.”
Comme toujours, la présence de Reinhard éclipsait celle de tous les autres. Bien que Subaru en ait déjà fait l’expérience, cela ne l’avait jamais affecté à ce point, et il avait presque du mal à tenir une conversation ordinaire.
Le fait que Subaru puisse ressentir l’aura de Reinhard, dont il n’était pas conscient auparavant, témoignait de son évolution. Plus Subaru s’entraînait, plus il comprenait la différence qui les séparait.
Reinhard : “Je vois. Ça fait un an, n’est-ce pas ? Tu sembles aller beaucoup mieux que la dernière fois que nous nous sommes quittés. J’en suis heureux.”
Subaru : “Ne le dis pas comme ça, on dirait que tu te moques de moi. J’étais un peu fier de mon évolution mais en te voyant, j’ai l’impression que ça ne vaut rien.”
Reinhard : “Je n’avais pas l’intention de faire une telle chose. En ce qui concerne mon évolution, je suis plutôt déçu. Je n’ai pas beaucoup changé au cours de l’année écoulée, c’est une vérité quelque peu embarrassante.”
C’était probablement parce qu’il avait déjà atteint son niveau maximum, ou presque, et qu’il était difficile de l’augmenter davantage. En voyant un homme qui était manifestement déjà aussi fort, mais qui désirait encore l’être, Subaru ne pouvait s’empêcher de se sentir intimidé.
Reinhard : “Au fait, Subaru.”
Subaru : “Hmmm, oh, qu’est-ce qu’il y a ?”
Reinhard : “Celui qui me fixe depuis tout à l’heure, c’est ton ami ? Si c’est le cas, je te serais reconnaissant de lui demander de se détendre un peu.”
Reinhard sourit ironiquement dans la direction de Garfiel.
Garfiel lui-même était incroyablement tendu, semblant prêt à se précipiter vers l’avant avec ses dents et ses griffes pour attaquer sa proie. C’étaient des armes sur lesquelles Subaru s’était appuyé un nombre incalculable de fois l’année précédente. Cependant, Subaru doutait que Garfiel soit capable de blesser le jeune homme qui se tenait devant lui.
Subaru : “Garfiel, arrête. C’est Reinhard. C’est mon… ami. Il ne va pas te faire de mal, je ne le permettrais pas.”
Subaru avait brièvement hésité avant de dire “ami”.
Une fois, il avait été personnellement secouru par le Maître Épéiste, et sa dernière rencontre avec Reinhard avait eu lieu après l’humiliation de Subaru au Terrain d’Entraînement des Chevaliers. Lorsque Reinhard lui avait tendu la main, Subaru l’avait repoussée.
Cependant, alors que Subaru pensait à tout cela, Reinhard hocha la tête calmement.
Reinhard : “À présent, Subaru m’a présenté. Je suis son ami, Reinhard van Astrea. Je vous serais reconnaissant de me dire votre nom.”
Garfiel : “――C’est Garfiel Tinzel.”
Reinhard : “Un très beau nom. Vous êtes bien entraîné. Pour quelqu’un d’aussi jeune, c’est impressionnant.”
Subaru fut frappé par la précision de l’évaluation de Reinhard.
Au cours de l’année qui avait suivi son départ du Sanctuaire, Garfiel avait beaucoup appris sur le monde extérieur et avait acquis un tempérament plus calme. S’il calmait son comportement et sa façon de parler, Garfiel aurait l’air d’avoir une vingtaine d’années, alors qu’il n’en avait que quinze.
Les remarques de Reinhard indiquaient qu’il l’avait facilement perçu.
Reinhard : “J’ai entendu quelques rumeurs concernant les gardes d’Émilia-sama. Le plus Grand des Boucliers, Garfiel Tinzel, et le Chevalier Spirituel, Natsuki Subaru, sont tous deux célèbres. Je suis fier de te compter parmi mes amis.”
Subaru : “Ça fait plaisir d’être appelé par mon vrai titre, pour une fois.”
Reinhard : “J’ai entendu certains des autres titres, mais ils sont un peu moins plaisants. D’ailleurs, est-ce que l’Esprit du titre de Chevalier Spirituel est cette petite fille là-bas ?”
L’attention de Reinhard se porta sur Béatrice, qui s’était recroquevillée à côté de Subaru. À un moment donné, elle lui avait pris la main sans qu’il s’en aperçoive. Reinhard s’agenouilla pour la regarder dans les yeux.
Reinhard : “J’arrive à dire que vous êtes un vénérable et Grand Esprit. Je suis honoré de pouvoir vous parler ainsi.”
Béatrice : “…Betty est l’Esprit contractuel de Subaru, Béatrice, en fait. Je ne déteste pas votre admiration, je suppose. Par contre, vous devriez garder vos distances, en fait. Je suis sûre que vous comprenez pourquoi, je suppose.”
Reinhard : “Je comprends complètement. Je suis désolé de vous troubler.”
Contrairement à Garfiel, elle ne révélait aucune fatigue évidente. Cependant, elle s’accrochait à la main de Subaru avec une force inhabituelle, et ne pouvait cacher qu’elle tremblait légèrement.
Néanmoins, ce n’était pas parce qu’elle avait peur. C’était quelque chose d’autre.
Et Reinhard se tourna solennellement vers Émilia avec ses mots humbles et respectueux.
Reinhard : “Émilia-sama, ça faisait longtemps. Même sur mon propre territoire, j’ai entendu parler de vos accomplissements à maintes reprises.”
Émilia : “Ouais, ça fait longtemps qu’on ne s’est pas vus, Reinhard. Ça fait vraiment un an depuis le château. Nous avons aussi entendu parler de vos exploits.”
Reinhard : “Nous avons fait bien moins qu’Émilia-sama. Je n’ai pas pu faire grand-chose pour aider ma maîtresse. Comparé à tous les exploits de Subaru, je ne peux que me sentir frustré.”
Émilia : “Hahaha. Ouais, Subaru est incroyable. Je suis fière de mon Chevalier.”
La poitrine d’Émilia se gonfla de fierté après avoir entendu les flatteries de Reinhard. Bien qu’elle n’ait manifestement pas compris la rhétorique sociale des paroles de Reinhard, écouter ce qu’Émilia disait rendait Subaru heureux, même si la situation était tout aussi embarrassante.
Quoi qu’il en soit,
Subaru : “Je pense qu’on a fait assez de salutations, mais j’ai rêvé ou tu as dit le nom de Rachins un peu plus tôt ?”
Émilia : “Ah, c’est vrai. Tu le connais, Reinhard ?”
Reinhard : “Ouais, je le connais. Il travaille actuellement pour Felt-sama. Bien qu’il soit difficile de trouver des domaines dans lesquels il pourrait être utile, Felt-sama a placé de grands espoirs en lui.”
Subaru : “Felt a embauché ce gars ?!”
Subaru l’observa, choqué par cette information inattendue. Reinhard se tourna vers lui et fronça les sourcils pour s’excuser face à sa réaction.
Reinhard : “Mes excuses pour ne pas avoir pris en compte tes sentiments, d’autant plus que j’étais présent dans la ruelle où vous vous êtes rencontrés. Par la suite, il s’est passé beaucoup de choses… Lorsque j’en ai parlé à Felt-sama, elle a exigé sur le champ que je les invite à venir.”
Subaru : “Ah, bon, si tu le dis alors je le crois, mais… Sérieusement, c’est quoi cette coïncidence ? Qui plus est… attends. Tu as dit “les”, au pluriel ?”
Reinhard : “Felt-sama a engagé trois hommes, y compris lui. Ces trois-là sont bien ceux qui ont essayé de te voler dans la ruelle.”
Subaru : “Le trio Tonchinkan travaille ensemble ?!”
Face à ce destin cruel et malicieux, Subaru ne put s’empêcher de crier vers les cieux.
Immédiatement après avoir été invoqué dans ce monde, Subaru avait été attaqué maintes et maintes fois par le même trio. Il ne les avait pas oubliés, mais il ne s’était pas attendu à les retrouver ici non plus.
Émilia : “Eh bien, en mettant de côté la surprise de Subaru… Rachins est sous ta responsabilité, et employé par Felt-chan, n’est-ce pas ?”
Reinhard : “C’est exact. Felt-sama voulait se promener dans la ville et l’a envoyé prévenir l’auberge de son arrivée. Je suis venu parce qu’il n’était pas encore de retour.”
Reinhard répéta ce que Rachins avait dit, et celui-ci hocha la tête rigoureusement.
Rachins : “C-c’est ça ! Je n’arrêtais pas de répéter la même chose. Tout le monde a douté de moi sans raison. Je demande des excuses, ora !”
Reinhard : “Rachins. Je l’ai dit à maintes reprises, mais tes mots en tant que messager manquent de vigilance. Bien que les personnes puissent comprendre la situation générale, il est difficile de te croire.”
Rachins : “Bâtard, t’es de quel côté ?!”
Reinhard : “Je suis du côté de la justice. Et, dans ce cas, je pense qu’il était inévitable que le jeune frère de mon ami comprenne mal.”
Se détournant d’un Rachins bouillonnant, Reinhard sourit en direction Joshua, qui lui en rendit un plutôt embarrassé.
Joshua : “Ça faisait longtemps, Reinhard-sama. Cette fois-ci, il semblerait que ma maladresse ait causé à votre messager…”
Reinhard : “C’est de notre faute, Joshua. Et puis, cet honorifique est vraiment ennuyeux. Je sais que ça fait longtemps, mais le fait d’agir de manière si distante me procure un sentiment de solitude.”
Joshua : “Bien que mon honorable nii-sama et Reinhard-sama soient des amis, ils sont également des adversaires politiques en ce moment.”
Reinhard : “Tu n’as pas changé. Tu n’as pas besoin de toujours imiter le Julius d’antan à cet égard”
Reinhard esquissa un sourire ironique, tandis que Joshua semblait serrer les dents.
――Quoi qu’il en soit, l’agitation s’était calmée sans danger. Même si le problème temporaire avait disparu, il avait été remplacé par d’autres questions. Telles que,
Subaru : “Quand bien même, si non seulement nous mais vous aussi avez été convoqués ici, alors qu’est-ce qu’Anastasia prévoit de faire ?”
Reinhard : “L’invitation qui nous a été envoyée indiquait qu’elle souhaitait échanger une information utile contre quelque chose. Même si nous avons d’abord pensé qu’Anastasia-sama préparait peut-être quelque chose, nous ne nous attendions pas à ce qu’Émilia-sama et toi ayez également été invités.”
Subaru : “Es-tu en train de dire que nous devrions nous préparer à quelque chose d’encore plus choquant ?”
Reinhard : “C’est une possibilité, oui. Qu’en dis-tu, Joshua ?”
Lorsque l’attention se porta sur Joshua, l’un des cerveaux du rassemblement, le jeune homme déplaça son monocle et lança “Je suppose que nous verrons”, afin de détourner le sujet.
Reinhard se retourna vers l’auberge avec son comportement plaisant habituel.
Reinhard : “C’est une structure plutôt rare, le Pavillon du Sylphe Marin. J’ai entendu dire que ce style d’architecture de style Wafuu n’existe qu’à Kararagi.”
Subaru : “Ehhh, c’est surprenant, tu ne l’as jamais vu non plus. Tu n’es jamais allé à Kararagi ?”
Reinhard : “Oui, il m’est interdit d’aller à l’étranger. Par crainte d’une rupture des traités entre les pays, je dois également éviter les frontières. Nous sommes déjà assez proches de Kararagi pour que Pristella soit la limite de mes déplacements.”
Émilia et Subaru furent stupéfaits par l’interdiction de voyager de Reinhard. C’était peut-être une plaisanterie, mais le rire léger de Reinhard ne l’indiquait pas.
Poser des questions à ce sujet les mettrait un peu mal à l’aise, alors ils décidèrent de repousser la question.
Subaru : “On est ici depuis un bout de temps, et c’est assez fatigant de s’attarder à l’entrée aussi longtemps. Et si on allait à l’intérieur, puisque Felt n’est pas encore là ?”
Reinhard : “D’accord, je ne la supervise pas actuellement. Parfois, elle s’enfuit pour se dégourdir et jouer. C’est bien de se détendre de temps en temps.”
Rachins : “…Parfois ? N’est-elle pas toujours en train de se dégourdir et de s’amuser ?”
Reinhard : “Rachins, as-tu dit quelque chose ?”
Rachins : “Nan, rien. Alors, je peux partir ? C’est marrant et tout, mais c’est sacrément inconfortable.”
Rachins murmura un juron dans sa barbe après avoir demandé la permission de partir. Reinhard ne put s’empêcher de soupirer.
Reinhard : “Rejoins Camberley et Gaston pour surveiller Felt-sama. Il ne devrait pas y avoir de danger, mais Rom-dono ne nous a pas accompagnés, et si Felt-sama entreprend une action dangereuse, vous devez être là pour l’en empêcher.”
Rachins : “Ouais, pigé. Qu’est-ce que tu comptes faire ?”
Reinhard : “Je vais entrer dans l’auberge et rester avec Émilia-sama. Si quelque chose arrive, envoyez-moi un signal avec un Goa, et je serai là en cinq secondes.”
Rachins : “T’plaisantes pas, hein, oy.”
Ayant terminé, Rachins se faufila devant Subaru. À mi-chemin, il n’oublia pas de lancer un regard sévère en direction de Joshua, toujours méfiant à l’égard de Reinhard. Il était vraiment le modèle du petit vilain.
Subaru : “Bon, allons à l’intérieur. Nous allons saluer Anastasia-san et lui dire que Reinhard est ici.”
Reinhard : “Je crois que c’est Joshua qui s’en occupe. Bon, allons-y.”
Joshua : “…Oui, c’est bien le cas. Je m’excuse pour le dérangement.”
Joshua semblait légèrement perdu. Était-ce parce que la situation s’était déroulée étrangement ? Pour le réconforter, Subaru, Reinhard, Émilia, Garfiel, et finalement Béatrice le suivirent scrupuleusement dans l’auberge.
Subaru : “Je me sentirai mal si je lui impose tout.”
Reinhard : “Je vais me joindre à Subaru pour l’accompagner.”
Émilia : “Ah, ils y vont tous les deux, j’y vais aussi.”
Garfiel : “Si l’Cap’taine et Émilia-sama y vont, mon incroyabl’ personne y va aussi.”
Béatrice : “Betty ne veut pas être la seule exclue du groupe, en fait… Mais ça ne me dérangerait pas trop même si c’était le cas, je suppose.”
Subaru et Émilia : “Oui, adorable adorable.”
Subaru et Émilia, qui marchaient à sa gauche et à sa droite, lui caressèrent tous deux la tête avec douceur. Béatrice repoussa leurs mains, agacée, puis s’agrippa docilement à l’ourlet de leurs manches.
Joshua : “Par ici. Anastasia-sama accueille d’autres invités en ce moment même.”
Ils se trouvaient dans une pièce différente de la salle à manger d’origine. Subaru jeta un coup d’œil las à Joshua.
Subaru : “Invités ? Est-ce qu’elle a invité encore d’autres personnes ?”
Joshua : “…Vous allez bientôt le découvrir, que vous me regardiez avec vos yeux de bête menaçante ou non.”
Subaru : “Bête, c’est un peu fort comme terme. Allez, mes yeux ne sont pas aussi effrayants !”
Joshua : “Vous n’avez pas besoin d’élever la voix comme une bête démoniaque pour que je comprenne.”
Subaru : “C’est encore plus rude, et quelle sorte de bête démoniaque, un chien, un lapin ou une baleine ? Choisis-en une.”
C’étaient les trois bêtes démoniaques qui agaçaient le plus Subaru, de mémoire. Il lui semblait pourtant qu’il y en avait eu une autre, une bête démoniaque au visage de lion, qui avait été réduite en cendres, mais elle n’avait pas été très remarquable.
Alors que Subaru triait ses vagues souvenirs, Reinhard chuchota doucement “Baleine…”, interrompant le train de pensée de Subaru. Remarquant le regard de Subaru, il prit la parole.
Reinhard : “Baleine, tu veux dire la Baleine Blanche, Subaru ?”
Subaru : “…Ouais, c’est ça. C’est la pire baleine. J’ai cru tellement de fois qu’elle allait mourir mais elle refusait de crever. En y repensant, c’était un vrai miracle.”
En fait, l’augmentation du nombre de Baleines Blanches faisait de leur victoire un véritable miracle. Cette bête démoniaque avait été une créature extraordinaire, et le désastre qu’elle avait causé l’était tout autant. Elle avait causé tant de souffrances qu’aujourd’hui encore, la poitrine de Subaru se contractait de douleur à son évocation.
Reinhard : “La subjugation de la Baleine Blanche, pourrais-tu m’en parler plus en détail plus tard ? Je ne suis pas un homme complètement étranger à ce monstre. Mais ce serait une longue histoire à raconter.”
Subaru : “――Bien sûr. Pour ce qui est de ton histoire, si c’est difficile d’en parler, tu n’as pas besoin de le faire.”
Subaru n’était que vaguement au courant de l’expérience de Reinhard avec la Baleine Blanche. Pour Subaru, la bataille contre la Baleine Blanche était le fruit de l’obsession vengeresse d’un vieil épéiste qui durait depuis dix ans. Subaru connaissait également l’origine de la Lame Démoniaque et sa relation avec le jeune homme aux cheveux rouges. Quant à ce qui s’était passé entre eux, Subaru n’avait aucun moyen de le savoir.
――Ce n’était pas un sujet que Subaru pouvait aborder par curiosité, c’est ainsi qu’il le considérait.
Reinhard : “Merci.”
Ainsi, Reinhard répondit brièvement à la délicatesse de Subaru.
Subaru ne cherchait rien d’autre.
En voyant le regard baissé de Reinhard, il poussa un long soupir. Émilia et Béatrice le regardèrent, inquiètes, et Subaru leur adressa un sourire pour dire “Je vais bien”.
Joshua : “Nous sommes arrivés. Veuillez patienter dans ce salon de thé jusqu’à la fin de leur réunion.”
Joshua, qui les avait finalement conduits à leur destination, leur indiqua d’un geste une porte en forme de croix. Le style était si détaillé qu’un rouleau de papier était accroché à la porte. Subaru, bien que ravi, sentit que son âme japonaise était devenue un peu étrange.
Mais ses pensées optimistes ne subsistèrent qu’un bref instant.
Joshua : “Excusez-moi. Ça vous dérangerait que d’autres invités se joignent à vous ?”
Il adressa sa question aux invités qui occupaient déjà le salon de thé. Quelqu’un à l’intérieur, qui s’était légèrement déplacé, répondit.
??? : “――Aucun problème. Nous n’avons pas grand-chose à faire actuellement.”
Cette voix calme amena d’abord Subaru à froncer les sourcils, puis la surprise l’envahit. Elle était incroyablement familière, et impossible à oublier. De plus, Subaru venait tout juste de penser à son propriétaire. Personne à part Subaru ne semblait l’avoir remarqué――ou plutôt, personne excepté Reinhard. Son visage se figea, ses yeux bleus se mirent à osciller d’hésitation.
Joshua, qui n’avait pas remarqué, ouvrit la porte. Le bruit du bois contre le bois se fit entendre, tandis que les occupants du salon de thé apparaissaient.
Ceux-ci, assis sur des tapis de tissu, se tournèrent vers les nouveaux invités.
Reinhard : “――Ah, Oji-sama ?”
(Note de Traduction : Oji-sama signifie grand-père mais avec beaucoup de respect.)
Wilhelm : “Est-ce, Reinhard ?”
Les voix du grand-père et du petit-fils se superposèrent.
C’était la réunion inattendue entre Reinhard van Astrea et Wilhelm van Astrea.
