30 — La stratégie de capture post-mortem du deuxième étage

――Une femme, une unique femme existait.
Elle s’inquiétait pour les gens, pour les conflits, pour le monde, pour absolument tout.
Aux yeux de cette femme, tout semblait minuscule. Pour elle, chaque chose, chaque personne, était un enfant qui avait besoin d’être protégé.
Un monde si fragile, avec des individus si fragiles, serait si simple à subjuguer en faisant étalage de ses capacités.
Mais la femme ne brandissait pas ses armes pour contrôler ce monde. Au contraire, elle cherchait à le mettre à l’abri du danger.
C’est ainsi que commença la lutte solitaire de la femme. Les essais et les erreurs qui suivirent, pour la femme, ne furent pas faciles.
Montrer le chemin aux gens, les rassembler, leur donner un coup de main, les conseiller.
Tout cela était hors de portée d’une femme seule. Sa main ne pouvait pas le saisir. Ce qui devait être fait était inaccessible.
Pour la première fois, la femme maudit la rareté de son propre pouvoir.
Même si elle voyait de la détresse, elle manquait de bras. Même si elle rencontrait une situation difficile, elle ne pouvait rien faire pour la soulager. En raison de ce manque de capacités.
Elle pouvait atteindre ce qui se trouvait devant elle, mais elle ne pouvait pas franchir une distance impossible. Même si elle pouvait tout voir, les événements passés ne pouvaient être modifiés. Il n’y avait pas de vie pour faire face à la calamité lointaine.
Le pouvoir auquel elle croyait était présent. Ce n’était pas suffisant pour que son vœu soit exaucé.
La sagesse dont elle était fière était présente. Ce n’était pas suffisant pour que le chemin vers son souhait devienne apparent.
C’est ainsi que la femme sombra dans le désespoir. La malédiction de son propre manque de capacité se réalisa encore et encore.
Avec les lamentations des autres qui la déchiraient à l’infini, toutes sortes de remords la frappèrent.
Finalement, la femme comprit. Elle ne pouvait pas. Il n’y avait aucun moyen. C’était impossible.
Ce vœu exorbitant et élevé était inaccessible, surtout pour une femme solitaire.
Elle en était consciente. Elle avait réalisé. Elle avait compris. Son souhait était impossible――mais, même ainsi, elle ne renoncerait pas.
Si une seule personne ne suffisait pas, alors il faudrait augmenter ce nombre. Simplement en n’étant pas seule, en trouvant d’autres personnes qui partageaient son désir, le vœu inassouvi serait saisi par leurs mains.
Son esprit se sentait purifié. Le chemin autrefois brumeux était enfin devenu clair.
Son souhait pouvait enfin s’attaquer à ces lamentations inexorables, à ces tragédies inéluctables, à cette cruauté répétée.
Elle s’allia à l’Instigateur, légua le champ de bataille à la Lame Céleste, passa un accord avec le Dragon et se dirigea vers son vœu le plus cher.
L’accomplissement de son vœu le plus cher finirait par se réaliser.
Le point final de son vœu devrait enfin être atteint.
Le dénouement de son grand souhait, sans faute, finirait par arriver――
Femme : “Sauver. Sauvés. Le moyen de les sauver, je peux le voir――le chemin du salut.”
Peu importe le mal qui l’attendait dans ce processus, même si elle se perdait elle-même, l’abandon devait simplement être abandonné.
Même si son Instigateur disparaissait, même si les sourires de sa Lame Céleste s’évanouissaient à jamais, même si son Dragon s’envolait vers des cieux lointains, elle ne pouvait pas se résigner.
Même si ses premiers alliés la quittaient, ses pas ne s’arrêteraient pas. Car la femme autrefois solitaire n’était plus seule.
Femme : “Il doit être là. Je sais que c’est là――je dois savoir.”
Sur une route pavée d’innombrables cadavres, désignant une multitude de vies comme des sacrifices, elle se dirigea vers la réalisation de sa plus grande aspiration.
Un jour, ses mains seraient capables d’atteindre chaque larme. À ce moment-là, le monde serait compris.
Pour la première fois, l’origine de son souhait était suffisamment proche pour être saisie.
Alors, avec ce vœu désespéré, portant un désespoir atroce, la femme lutta.
――La Sorcière de l’Avarice saigna sa propre cupidité, s’enflammant elle-même pour son vœu inassouvi.
??? : “――Julius doit se reposer correctement ici, jusqu’à ce que toutes ses blessures soient guéries ! C’est le plus absolu des plus absolus !”
Jetant pratiquement un Julius très éprouvé dans la Salle Verte, Émilia l’avait grondé.
Elle était allée à leur rencontre, poussant un soupir de soulagement en voyant Subaru avec Julius soutenu par son épaule, alors qu’ils descendaient le long escalier reliant le deuxième étage Électre au quatrième étage.
Pouvoir passer rapidement d’une émotion à l’autre était en effet une vertu, et ils lui étaient reconnaissants de ne pas s’attarder davantage sur la question. C’était une manœuvre intelligente, car il n’y avait aucune raison de préparer une excuse si l’on ne demandait pas de raisons. Même si, en vérité, Émilia avait une montagne de choses à demander à Julius――
Émilia : “――Même si je ne le fais pas, je suis sûre que Subaru a dit ce qu’il y avait à dire. Je vais donc te laisser te reposer correctement, et tout viendra après. D’accord ?”
Subaru : “…Ah――ouais, à peu près. Je ne peux rien dire contre ça, et je n’ai pas l’intention d’aller à l’encontre des opinions d’Émilia-tan. Dors un peu.”
Subaru déposa Julius sur un lit de lierre près de l’entrée de la Salle Verte. À côté de lui, les deux mains posées sur sa taille, Émilia soufflait fièrement de l’air par les narines. Ça aussi, c’était un geste mignon.
Après avoir écouté ce que le duo avait à dire, Julius passa la main sur sa frange et soupira.
Julius : “Naturellement. Je ne suis déjà plus qu’un fardeau pour toi et Émilia-sama. Même après tout ça, je ne peux plus agir avec une telle impudeur. J’obéirai.”
Subaru : “Bon sang, un simple “j’ai compris” suffirait ici…”
Émilia : “C’est vrai ! Pas besoin de ces formalités. C’est Julius qui est blessé, il faut donc que tu restes sur place jusqu’à ce que tes blessures soient guéries ! C’est tout à fait normal d’être un fardeau. Nous sommes amis, après tout.”
Julius : “――――”
Émilia : “Patrasche, je laisse Julius sous ta responsabilité. S’il y a un problème, tu n’as qu’à le crier. Nous viendrons en courant, d’accord ?”
Balayant la façon détournée qu’avait Julius de montrer sa gratitude, Émilia lança un appel vers le coin de la pièce, au-delà de Julius honteux――là où Patrasche soignait ses propres blessures.
L’effectif de la Salle Verte passa à trois personnes et un animal――le duo inconscient de Rem et Anastasia, et le duo blessé de Julius et Patrasche. Comme la Salle Verte avait une limite sur le nombre de personnes pouvant rester présentes à la fois, Subaru et Émilia ne pouvaient pas y demeurer pour garder un œil sur eux.
Il était donc préférable que l’un des membres blessés garde un œil sur tous les autres. Normalement, c’était Julius qui s’en chargeait.
Julius : “À voir Émilia-sama insister à ce point, je vais perdre la face. Je vais tranquillement faire ce qu’on me dit.”
Subaru : “Il est difficile de regagner la confiance une fois qu’on l’a perdue. À cet égard, il est difficile de se débarrasser de Patrasche, qui marque toujours des points en matière de confiance. S’il y a quelque chose de bizarre, c’est bien de ne pas se retenir et de le mordre, Patrasche.”
Patrasche : “――――”
Elle renifla en signe d’acceptation des paroles de Subaru et d’Émilia――ou du moins, cela pouvait être pris comme tel.
La meilleure fille du camp d’Émilia, leur propre “Dame Compréhensive”, Patrasche, semblait éprouver une sorte de responsabilité envers Julius pour l’avoir laissé partir seul tout à l’heure.
Ses yeux brillaient d’une forte volonté, comme pour dire qu’il n’y aurait pas de prochaine fois.
Subaru : “Regardez, regardez. Même Patrasche se met à dire “Tu ne passeras pas la prochaine fois”.”
Émilia : “Tu sais quoi, c’est très étrange mais tu as raison. Elle a l’air de dire ça.”
Subaru : “D’après notre Ministre des Affaires Intérieures bilingue du Grade de Guerrier, la nuance est plus ou moins bonne. Mais, comme c’est une dame, elle pourrait terminer ses phrases par un desu wa, tu sais ?”
(Note de Traduction : Desu wa : “ですわ” en japonais, est une forme polie de “です” (desu), utilisée plus souvent par les femmes. Les deux sont identiques au mot français “est”. Ce n’est pas possible de trouver un équivalent dans notre langue, cependant.)
Parfois, quand Otto traduisait pour elle en utilisant sa Protection Divine du Langage des Âmes, Subaru trouvait presque toujours étonnant le haut niveau de tolérance de Patrasche envers ses actions. Récemment, il avait l’impression que même sans la présence d’Otto, les deux pouvaient communiquer ce qu’ils avaient en tête. Mais dès qu’il en parlait, Patrasche le frappait avec sa queue. En effet, l’esprit d’une femme était complexe. Quoi qu’il en soit,
Julius : “Je vais me consacrer tranquillement à la guérison de mes blessures dans cet endroit. Récupérer en étant entouré de si ravissantes filles dans un environnement serein est un luxe que l’on peut rarement s’offrir, après tout.”
Subaru : “Je te préviens d’avance, toutes les filles ici, à l’exception d’Anastasia, m’appartiennent.”
Subaru précisa cela, en commençant par la grabataire Rem, puis Patrasche, puis Émilia qui se trouvait juste à côté de lui, pour rétorquer à l’impudente déclaration de Julius.
En entendant cela, les joues d’Émilia se gonflèrent et,
Émilia : “Je ne suis pas encore tienne Subaru… Mais j’y ai réfléchi, et puisque tu es mon Chevalier, ça ne ferait pas de toi ma possession ?”
Subaru : “Ça me rend très heureux, mais aussi très embarrassé !”
Émilia porta le doigt à ses lèvres tandis que Subaru effectuait une danse de célébration, ce dernier étant submergé par les propos audacieux qu’il venait d’entendre, mais après tout cela, il reporta son regard vers Julius.
Il lui faudrait du temps pour surmonter son angoisse. Mais au moins, il devrait avoir la force de faire le premier pas sur cette longue colline.
Subaru : “Eh bien, en tout cas, pendant que tu te reposes, tu peux te tenir la tête et te rouler par terre en pensant à tout ce qui vient de se passer, mais n’oublie pas que Patrasche te regarde.”
Julius : “Tu peux être tranquille. Je ne ferai pas preuve d’une telle impudeur――ce serait très inélégant de ma part.”
Subaru : “…J’ai l’impression que tu vas déjà mieux.”
Julius : “Hm.”
Avec une réponse qui lui ressemblait beaucoup, les joues de Subaru se détendirent dans un doux sourire.
Il avait essuyé deux défaites sans pouvoir accomplir la moindre chose.
Ce fait aurait dû lui procurer une humiliation et une impuissance intolérables, mais il semblait avoir dépassé cette première vague d’émotions.
Subaru était satisfait qu’il n’ait pas été laissé seul dans ce long escalier.
Si cela pouvait lui apporter ne serait-ce qu’un tout petit peu de salut, cela signifierait que Subaru avait vraiment appris quelque chose de l’époque où il avait été humilié publiquement au Château Royal.
Subaru : “――Patrasche, je laisse ça entre tes mains.”
À la toute fin, Subaru adressa un rappel à son dragon bien-aimé, avant que lui et Émilia ne sortent tous deux de la Salle Verte.
À leur départ, Patrasche se leva et s’assit plus près de Julius, afin de mieux le surveiller. En voyant cela, Julius afficha un sourire amer.
En effet, Patrasche était un dragon sage, fidèle à ses instructions.
Si l’on prenait en compte son esprit, et l’état mental de Julius, il était raisonnable de penser que les membres de la Salle Verte s’en sortiraient.
Émilia : “…Dois-je geler la porte au cas où ?”
Subaru : “Je suis toujours assez étonné par l’imagination débordante d’Émilia-tan, mais laissons ça comme une chose de dernier recours, ouais ? Je ne veux pas non plus mettre en colère l’Esprit qui se trouve dans cette pièce.”
Émilia : “Mhm, tu as raison. Fufu, je voulais juste voir ce que tu dirais. Je plaisantais.”
Tirant mignonnement la langue, Émilia s’excusa. Voyant cela, Subaru se pinça les lèvres, décidant de ne pas lui dire qu’il garderait cela comme une option envisageable.
――Dans le pire des cas, il envisagerait de bloquer toute action par la force brute.
Dans ce cas, la meilleure personne pour arrêter Julius serait encore Émilia, du point de vue de sa position, et du point de vue de la puissance. Par chance, parce que l’état mental de Julius se stabilisait, Subaru se sentait soulagé de ne pas avoir à prendre de telles mesures.
Subaru : “Quoi qu’il en soit, laissons les affaires de la Salle Verte à son Esprit résident. D’après ce que j’ai vu, les blessures de Patrasche semblent guérir parfaitement, donc Julius sera bientôt rétabli lui aussi.”
Émilia : “Um, c’est vrai. Les blessures de Julius… Elles n’étaient pas aussi graves qu’elles en avaient l’air. Je pense qu’il sera bientôt en pleine forme. C’est Reid qui l’a voulu ainsi, je suppose.”
Subaru : “…Bon pour y aller doucement, hein. On ne peut pas vraiment laisser Julius entendre ce genre de choses, eh.”
Subaru acquiesça à la façon dont Émilia formulait sa supposition tout en se grattant la tête.
Bien qu’avoir une maîtrise absolue des baguettes semblait être une mauvaise blague, en étant capable de jouer avec quelqu’un de fort comme Julius comme s’il était un bébé, les prouesses au combat de Reid n’avaient pas besoin d’être explicitées.
Le Maître Épéiste de la Première Génération, l’homme qui avait vaincu la Sorcière de l’Envie aux côtés du Sage et du Dragon――face à un homme aussi légendaire, on ne pouvait que hocher la tête et accepter les choses telles qu’elles étaient.
Mais quant à savoir si sa personnalité correspondait à celle d’un héros légendaire, c’était une toute autre affaire.
Subaru : “Pour l’instant, notre premier sujet de conversation devrait être…”
??? : “――De trouver un moyen de passer ce deuxième examen ou quoi qu’il soit, avant que les blessures du Chevalier Julius ne guérissent, c’est bien ça ?”
Subaru : “――――”
Une voix froide avait interrompu la discussion entre Subaru et Émilia. Ram, debout, le dos appuyé contre le mur du couloir, attendait leur retour.
En raison du nombre limité de personnes dans la Salle Verte, Ram avait attendu dans le couloir. Subaru se frotta les joues après avoir entendu la jeune fille lui faire part de ses inquiétudes les plus profondes.
Subaru : “Est-ce que mon visage est vraiment du genre à révéler tout ce que je pense avec autant de précision ?”
Ram : “J’ai juste rassemblé les inquiétudes qui se trouvaient sur ton visage. Les choses qui inquiètent Barusu en ce moment se trouvent toutes dans cette pièce. C’est tout ce qu’il y a à savoir.”
Subaru : “Bon sang, c’est loin d’être le cas. Je m’inquiète pour tout le monde, y compris évidemment pour Émilia-tan et Béako, mais je m’inquiète aussi pour toi, nee-sama. Ce n’est pas limité aux personnes qui occupent cette pièce.”
Ram : “Hah !”
Ram ridiculisa le pouce levé de Subaru avec un reniflement.
Subaru l’observa d’un air boudeur, les lèvres pincées en une moue, tandis que Ram commençait à s’éloigner en lui tournant le dos. Émilia se couvrit la bouche en gloussant juste à côté de lui et,
Émilia : “Ce n’est pas grave. Ram s’est juste un peu emportée. Elle n’est pas vraiment honnête.”
Subaru : “J’ai l’impression que tu as vraiment un parti pris, mais si Émilia-tan le dit, soit.”
La regardant de côté, Subaru se tourna et se craqua le cou, avant de se lancer à la poursuite de Ram. Ram se dirigeait vers l’une des plus petites pièces du quatrième étage. En entrant dans cette pièce,
??? : “…Vous êtes en retard, je suppose. Vous nous avez fait attendre trop longtemps, en fait. Julius va bien, je suppose ?”
La voix qui les accueillit fut celle de Béatrice, provenant du point central de la pièce, où elle était assise. Regardant droit vers Subaru et Émilia, elle les abreuva d’injures légères, auxquelles se mêlait un peu d’inquiétude pour Julius. Subaru sourit amèrement à son attitude malhonnête.
Subaru : “Ne t’inquiète pas. Il semble que le pire soit passé pour lui désormais. Il a un sens des responsabilités inutilement fort, alors il va réfléchir à ce qu’il a fait, j’en suis sûr… Eh bien, il ne causera pas de problèmes de sitôt.”
Béatrice : “Si Subaru le dit, il convient de prendre ces paroles au pied de la lettre, en fait. De cette façon, nos problèmes se réduiront à un seul, je suppose.”
Après avoir discerné l’état de Julius, Béatrice rentra le menton. Acquiesçant à ses paroles, Subaru parcourut la salle des yeux.
La petite salle était l’une des nombreuses du quatrième étage de la Tour de Guet, et c’était aussi celle qui contenait tous les bagages de Subaru et des autres membres du Groupe de Capture de la Tour de Guet. Dans cette pièce, ils s’assirent tous en cercle, Subaru et Béatrice faisant respectivement face à Émilia et Ram. Avec cela――
Subaru : “J’ai besoin que tu m’en dises plus sur ce bâtard, Shaula.”
Shaula : “Uhii, le Maître a l’air vraiment effrayant ! Maismais je ne déteste pas non plus quand il est sévère avec moi comme ça. C’est une histoire d’amour et de haine.”
Ram : “Comme elle le dit, Maître. Dégoûtant.”
Subaru : “Je conteste !”
Enroulant ses bras autour de son corps voluptueusement féminin, Shaula se tortilla avec Meili assise sur ses genoux. Ram prenait son comportement loufoque au pied de la lettre, mais pour Subaru, ces fausses accusations étaient trop lourdes à porter. Quoi qu’il en soit,
Subaru : “Tout d’abord, j’aimerais remercier tout le monde d’avoir participé à la recherche de Julius. Même si on lui a dit de ne pas le faire, il est probable qu’il revienne plus tard pour s’excuser, alors pour l’instant, il va bien.”
Émilia : “Tout va bien. C’est ce que j’ai dit à Julius aussi, mais je suis contente qu’on l’ait retrouvé sain et sauf. Je suis sûre que tout le monde pense la même chose, non ?”
Ram : “Je préférerais que mon opinion ne soit pas la même que celle d’Émilia-sama.”
Subaru : “Eh !? Qu’est-ce que tu dis maintenant ?”
Subaru avait tenté de faire avancer la conversation, mais il apparut rapidement qu’il y avait une différence d’opinion entre Ram et Émilia.
Ram pointa un doigt vers une Émilia surprise et commença,
Ram : “S’il vous plaît, écoutez attentivement. D’après ce que l’on m’a rapporté, le deuxième examen doit être passé par toutes les personnes présentes dans la Tour. Et pourtant, le Chevalier Julius a pris les choses en main sans consulter aucun d’entre nous et a fait une seconde tentative tout seul… S’il y avait eu un seul faux pas ici, ça aurait pu briser la relation de coopération que nous avons construite entre la faction d’Anastasia-sama et la nôtre.”
Émilia : “Parce que, rien qu’avec les actions de Julius, nous aurions tous pu être disqualifiés ?”
Ram : “Si ça avait été le cas, tout notre voyage n’aurait servi à rien. Il n’est pas certain non plus que l’examinateur du deuxième étage nous laisse partir en toute sécurité… Y compris le faux Sage là-bas.”
Les yeux de Ram jetèrent un coup d’œil à Shaula pendant qu’elle expliquait tout à Émilia. Elle n’avait peut-être pas envisagé qu’elle serait un sujet de conversation, alors elle se désigna et demanda,
Shaula : “Moi ? Est-ce que faux Sage me désigne ? C’est vraiment impensable de m’appeler ainsi ! Je ne me suis jamais qualifiée de Sage ! Le seul nom que je porte est celui que mon Maître m’a donné, et c’est Shaula ! Je suis dévouée à mon seul et unique Maître !”
Ram : “Dégoûtant.”
Subaru : “Arrête de me regarder et de dire ça ! …Je ne vais pas nier ce que tu dis.”
En mettant de côté les choses excessives, en considérant ce qui pourrait être le pire scénario, les suppositions de Ram ne pouvaient pas être mises de côté. Les actions de Julius avaient mis tout le monde en danger.
Même s’il n’avait pas complètement saisi l’essentiel du second examen――ou plutôt, c’est parce qu’il avait une compréhension complète de la situation que ses actions étaient encore plus imprudentes.
Ram : “Que ce soit inhabituel de la part du Chevalier Julius, c’est quelque chose que je ne peux pas dire, moi qui connais à peine l’homme. Mais, même en prenant en compte la Gourmandise, je ne l’imaginais pas capable de faire de telles choses.”
Subaru : “Eh bien, je suis d’accord avec ça… Mais mon raisonnement est un peu différent, puisque je le connais. Je pense qu’il s’agit d’une rougeole masculine.”
Ram : “Rougeole ?”
Subaru : “J’aurais dû dire varicelle à la place ?”
Ram : “――――”
En tout cas, il y avait la nuance “une maladie que tout le monde a attrapée au moins une fois dans sa vie”.
Ainsi, la rougeole ou la varicelle pourraient facilement être comparées aux actions de Julius et seraient plus faciles à digérer, mais attraper l’une ou l’autre à l’âge adulte pourrait avoir de graves conséquences. D’autant plus que cela pourrait être fatal.
Subaru : “Que ça n’ait pas été fatal cette fois-ci… Contentons-nous de ça et laissons-le tranquille.”
Ram : “――Je ne veux pas être tirée en arrière par les autres.”
Ram détourna le regard de Subaru et chuchota, à voix basse.
Voyant ses joues se raidir, Subaru haussa les sourcils.
Béatrice : “Il semble que l’aînée des sœurs ne se sente pas très bien depuis qu’elle est arrivée dans la Tour, en fait. Peut-être que la fatigue d’un long voyage a fini par la rattraper, ou peut-être que la thérapie des cornes ne fonctionne pas aussi bien pour elle, je suppose.”
Subaru : “Ou peut-être qu’il y a quelque chose d’autre qui la dérange… C’est probablement ça.”
Assis juste à côté de lui, les mains jointes, Subaru et Béatrice chuchotaient l’un à l’autre.
Se défouler sur Subaru et Shaula pour évacuer ses frustrations face aux actions de Julius et son irritation d’être incapable de trouver un moyen de passer les examens, était très loin du comportement habituel de Ram.
Il était probable que la source de cette frustration provenait du fait qu’elle voyait la méthode pour sauver Rem en face, mais qu’elle était incapable de l’attraper.
Bien sûr, il serait faux de dire que la fatigue ou les cornes blessées soulignées par Béatrice n’y étaient pas liées.
Le corps et l’esprit n’allaient pas bien. Tous ces facteurs étaient probablement à l’origine de l’accès de colère de Ram.
??? : “Eh bieeeen~, vous voulez juste vous battre iciiii~ ? Ou voulez-vous faire avancer la discussioooon~ ? Si vous ne vous décidez pas rapidement, je ne participerai pas, vous saveeeez~.”
En un instant, Meili mit un terme à l’aggravation de l’état des lieux.
Se blottissant contre Shaula, les doigts jouant avec ses tresses, elle scruta nonchalamment toutes les personnes présentes dans la pièce,
Meili : “S’il vous plaît, arrêtez de vous battre si vous le pouvez, d’accoooord~ ? Je n’aime pas ça, être blessée ou être effrayéééée~.”
Subaru : “Tu… Non, tu as raison. Ta position de spectatrice nous sauve beaucoup.”
Meili : “Vraiiiiment~ ? Ufufu, alors soyez reconnaissants, s’il vous plaît, d’accoooord~ ?”
Face à sa gratitude, Meili sourit innocemment comme la jeune fille qu’elle était. Cependant, ce sourire avait aussi une allure envoûtante, décrivant subtilement sa nature dangereuse.
Même face à ce sourire, Subaru lui offrit sa gratitude. En y repensant, c’était Meili qui avait suggéré de se retirer de l’examen auparavant.
Avoir quelqu’un comme compagnon qui était capable de dire quand battre en retraite selon la situation était un grand avantage.
Subaru : “Continue comme ça, tu veux bien ? Il est important de considérer les choses avec calme.”
Meili : “Tu te sens vraiment bien, heiiiin~ ? Même si tu dis des choses comme ça, mon travail est terminé quand on sort de la mer de sable, pas vraiii~ ? Je ne suis pas bonne pour autre chose de toute façoooon~.”
Subaru : “Ce n’est pas comme ça que je vois les choses ? Avoir plus de têtes pensantes aide beaucoup, et combiné avec le fait de sortir de la mer de sable en vie, alors que nous sommes dans la Tour, nous devons tous partager notre sort les uns avec les autres. Dis-toi que tu n’as pas de chance et que c’est moi qui vais dépendre de toi.”
Meili : “――――”
Elle fut déconcertée par la déclaration de Subaru affirmant ouvertement qu’il se reposait sur elle. Meili laisse échapper un long soupir et,
Meili : “…Je commence à comprendre pourquoi Pétra-chan ne se sent pas à l’aise avec toiii~.”
Subaru : “――? Pétra, pourquoi son nom sort maintenant ?”
Meili : “Ce n’est rieeeen~. Cela dit, tu n’as pas envie de demander quelques trucs à la onee-san nuuuue~ ?”
Détournant son visage, Meili se leva et commença à pousser le dos de Shaula. Probablement pas à cause de la force de ses petits bras, Shaula s’avança joyeusement et prit place juste en face de Subaru, s’asseyant sur ses genoux, et baissant légèrement la tête.
Shaula : “Je suis peut-être un peu inexpérimentée, mais je m’en remets à toi.”
Subaru : “C’est une attitude très admirable que tu as là. Bon, passons maintenant à la question des cadeaux de mariage… Aïe, aïe, aïe ! Émilia-tan !? Béako ! ? Pourquoi vous me pincez de part et d’autre ?”
Émilia : “Sans raison.”
Béatrice : “Ce n’est rien, en fait.”
Même si elles disaient qu’il n’y avait aucune raison, elles voulaient toutes les deux faire quelque chose de plus que simplement le pincer, mais elles hésitaient à envenimer les choses.
Quoi qu’il en soit, Subaru toussa pour remettre les choses sur la bonne voie, puis s’approcha à nouveau de Shaula.
Subaru : “Le gars d’en haut est indubitablement Reid Astrea. L’homme lui-même l’a admis. Je te demande donc, à toi qui es un témoin vivant de cette époque, de nous éclairer. Quel genre d’homme était-il ?”
Shaula : “Une ordure humaine.”
Subaru : “Je t’ai entendu la première fois, et je l’ai même vu à l’œuvre.”
Se tordant les lèvres, elle affichait une expression qui ne convenait pas à une dame aussi belle qu’elle alors qu’elle se remémorait les morts. Si l’on faisait abstraction du fait que ce même défunt était présent dans le même bâtiment, quelques étages plus haut, les souvenirs qu’elle avait de lui semblaient être désagréables, assurément.
Enfin, elle s’était évanouie en le voyant, la bouche mousseuse et tout le reste. Ce n’était donc pas une surprise.
Subaru : “Nous devons le franchir, quoi qu’il arrive. J’aimerais bien avoir ne serait-ce qu’un indice sur la façon de passer l’examen du deuxième étage.”
Ram : “Alors s’il te plaît, dis-nous tout et n’importe quoi à son sujet. La personnalité du Maître Épéiste Reid, ses habitudes, ses relations, ce qu’il aime, ce qu’il n’aime pas, ses faiblesses. Correct, nous voulons connaître ses faiblesses. Parle.”
Shaula : “Woah, tu t’adresses à moi très rapidement ! Si je connaissais ses faiblesses, je lui rendrais la monnaie de sa pièce ! En d’autres termes, il n’a pas de faiblesse !”
Ram : “Tch, inutile.”
Shaula : “Petite fille, tu te comportes comme si tu étais plus douée que le Maître…”
Peut-être avait-elle de la fierté en tant que Sage, mais elle semblait offensée par l’attitude hautaine de Ram. Cependant, elle haussa les épaules devant le regard de Ram, se déplaçant derrière Subaru pour l’utiliser comme bouclier.
Subaru : “Qu’est-ce que tu fais, tu te caches ? Tu es définitivement plus forte qu’elle.”
Shaula : “Il ne s’agit pas de savoir qui est fort ou faible. D’une certaine façon, mon instinct me dit de le faire. C’est peut-être le Maître qui a peur. Ce sentiment de peur m’atteint, parce que nous sommes un seul esprit, un seul corps.”
Subaru : “Ne me reproche pas ton manque de cran.”
Incapable de se calmer à cause de la sensation de quelque chose de doux pressé contre son dos, Subaru attrapa le cou de Shaula et ramena son corps réticent à sa position d’origine.
Et c’est ainsi que la séance de questions et réponses reprit――
Émilia : “Hmm… Finalement, Shaula ne sait pas grand chose sur l’examen, pas vrai ?”
Shaula : “Ce n’est pas comme si je ne savais pas. Je sais juste qu’il n’est pas encore temps de tout dire. Je pense que tout sera révélé lorsque le mystère de la Tour sera résolu.”
Émilia : “Il en est ainsi… Je me sens vraiiiiment excitée.”
Subaru : “Ne joue pas avec la naïve Émilia-tan.”
Ram : “Même si tu ne connais pas les faiblesses du Maître Épéiste, il a des habitudes, n’est-ce pas ? S’il a un schéma de combat, par exemple, nous pourrons peut-être trouver un moyen de le combattre.”
Shaula : “Des habitudes, hein. Ah, c’est vrai, chaque fois que j’ai essayé de le tuer pour harcèlement sexuel, il a eu le culot de se gratter le cul en se défendant ! Ce n’est pas une constante ?”
Subaru : “Il se moquait juste de toi…”
Béatrice : “Tout d’abord, la condition requise pour la résolution de l’examen est vague, je suppose. Il ne fait aucun doute qu’Émilia a été reconnue, il doit y avoir une autre condition… Laquelle, une fois remplie, permet d’être reconnu également, en fait.”
Shaula : “Je pense qu’il a un faible pour les jolies filles. Je suppose que si une jolie fille passe par là, ça pourrait aider.”
Subaru : “Ça signifie que Julius et moi devrons rester en arrière, hein… C’est une condition assez difficile.”
Béatrice : “S-Subaru pourrait s’en sortir, s’il fait de son mieux, comme en l’aveuglant, certainement, de cette façon, je pense qu’il pourrait vraiment s’en sortir, je suppose… !”
Subaru : “Tu es tellement mignonne, toi.”
Et, au milieu des nombreuses questions et réponses superflues et inutiles, avec Béatrice réussissant à empêcher Subaru d’être blessé, il la prit dans ses bras et lui tapota à présent la tête.
Tout en étant dans ses bras, se laissant dorloter par lui,
Béatrice : “En tout cas, il se trouve qu’Émilia a réussi, en fait. Une simple coïncidence. Cet homme a baissé sa garde, et elle a pu le frapper, je suppose.”
Subaru : “Et comment penses-tu que c’est arrivé ?”
Béatrice : “Si Émilia avait cherché à tuer, cet homme n’aurait pas été touché, en fait. Ainsi, c’est la négligence de cet homme qui a mené Émilia à la victoire, je suppose.”
Émilia : “Hein ? À l’instant, est-ce que j’ai été félicitée ?”
Béatrice : “Je t’ai félicitée, en fait.”
Émilia : “Ah, c’est bien ce que je pensais. Fufu, merci. Ça me rend vraiiiiment heureuse.”
Émilia se réjouit du compliment de Béatrice, et commença à lui caresser la tête à son tour alors que Subaru le faisait déjà.
C’était une situation plutôt foireuse, mais il y avait quand même de quoi rire et se réjouir.
Subaru : “Bon sang, en tout cas, c’est plutôt cool de penser que sa capacité à contrer dépend de la quantité d’intention de tuer. La réalité est comme ça, hein. À quel point tu es sérieux à ce sujet.”
Ram : “…Tu devrais le présenter dans l’autre sens. Comme le dit Barusu, si on ne comprend pas à quel point un ennemi est sérieux, il vaut mieux ne pas le laisser devenir sérieux.”
Subaru : “Il vaut mieux ne pas le laisser devenir sérieux ?”
Reprenant ses murmures, Subaru fronça les sourcils en observant Ram. En l’interrogeant, elle se mit à réfléchir profondément pendant un moment avant de répondre avec un “C’est exact”,
Ram : “Émilia-sama a été reconnue parce qu’elle a forcé l’examinateur à faire des concessions et qu’elle a ensuite rempli ses conditions… Les conditions pour réussir cet examen sont assez inconstantes, n’est-ce pas.”
Subaru : “Je pense la même chose à propos des détails flous des conditions. Ils reflètent assez bien les dispositions de l’examinateur.”
Ram : “C’est pourquoi je pense qu’il est préférable de divertir l’examinateur et, ce faisant, de lui présenter des conditions qui pourraient être utilisées pour l’examen. Surtout qu’il faut battre l’examinateur pour passer au deuxième étage.”
Subaru : “――――”
En écoutant les paroles de Ram, Subaru avait l’impression de comprendre un peu mieux.
Émilia avait proposé la condition qu’il ne bouge pas d’un seul pas, puis par une charge d’effort considérable couplée à une minuscule pincée de chance, elle avait saisi la victoire――en tenant compte de l’imprudence de Reid, c’était une victoire avec la plus lâche des conditions. Gagner la victoire par des prouesses physiques devrait être considéré comme impossible après cela.
Subaru : “Même si je suis d’accord avec ça, ce n’est pas comme s’il accepterait de se battre contre moi dans un match de pierre-feuille-ciseaux, hein…”
Émilia : “Umm, donc il faut trouver des conditions qui convaincront Reid de les accepter, et ensuite faire de notre mieux… Comme je le pensais, cet examen est une épreuve difficile à laquelle il faut réfléchir.”
Subaru : “Plutôt que d’être difficile, je dirais qu’il s’agit d’un harcèlement différent de celui du troisième étage.”
Le premier était un test de sagesse (des connaissances que l’on ne trouvait pas dans ce monde), et maintenant venait ce que tout le monde pensait être un test de puissance (au niveau du plus fort du monde), mais il devait y avoir quelque chose d’autre qui était le sujet principal de cet examen.
En d’autres termes, même si l’examen du deuxième étage était différent de celui du troisième, il était indéniable que la nature de ces deux examens montrait la profondeur de la méchanceté du créateur de la Tour de Guet, l’insaisissable Sage.
Et puis――
Shaula : “――N’est-ce pas très bien comme ça ? Allez-y doucement. Pas besoin d’aller si vite.”
Subaru : “Lentement, tu dis.”
Shaula jeta un coup d’œil à tous ceux qui étaient occupés avec leurs propres pensées, puis, assise les jambes croisées, se penchant de gauche à droite, elle parla d’une manière décontractée. En réponse, Subaru et les autres froncèrent les sourcils, mais elle prit tout cela au sérieux tout en se laissant aller à l’amusement qui transparaissait dans ses yeux étincelants,
Shaula : “J’espère que le Maître et tous les autres resteront ici pour toujouuuurs~. J’attends que le Maître revienne à la maison depuis des centaines d’années, alors…”
Subaru : “C’est…”
Shaula : “Vous pouvez prendre tout le temps que vous voulez pour passer les examens. Je veillerai toujours sur vous――peu importe le nombre de jours, d’années ou même de centaines d’années que ça prendra.”
Ces paroles ne pouvaient être tournées en dérision, tant elles étaient lourdes de sens.
Dans ce ton léger et ce sourire doux, elle donnait à tous――non, à Subaru seulement, pour qui elle portait un lourd, lourd amour, le poids de centaines d’années.
Le poids de l’ordre donné par le Sage de vivre dans la Tour de Guet et de la protéger.
Shaula l’avait dit.
Il était interdit de quitter la Tour sans avoir terminé les examens. Et si cette interdiction était violée, elle ne ferait preuve d’aucune pitié, même s’il s’agissait de son Maître bien-aimé, même s’il s’agissait de la cible actuelle de son affection, Subaru.
Même si des mots d’amour étaient proclamés, même si une relation amicale était maintenue, cela ne signifiait pas qu’ils seraient alliés.
La Gardienne des Étoiles de la Tour de Guet des Pléiades, Shaula, n’était rien de plus qu’un autre――
Shaula : “――Il n’y a pas de mal à rester ici et à s’amuser avec moi !”
――Comme son sourire le laissait présager, un obstacle pour ceux qui souhaitaient surmonter les examens.
