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Web Novel • Arc 05

43Avant le rendez-vous

Artiste du fan-art : ???

Reinhard : “Pardonnez-moi de ne pas avoir apporté mon aide à ce moment critique. Je ne peux que constater à quel point j’ai manqué à mon devoir.”

Recevant les regards des personnes présentes dans la salle, Reinhard s’excusa.

À la vue du Maître Épéiste qui s’inclinait devant eux, tout le monde se tut en un instant. Répondre sévèrement à ses excuses aurait été chose facile. Mais des mots de reproche étaient plus faciles à formuler que ceux qui transmettaient une véritable intention.

En vérité, le fait que pendant tout ce temps, ils avaient eu un besoin urgent de puissance et que Reinhard avait disparu, son statut étant inconnu, n’avait pas changé.

Imaginer comment l’attaque sur l’Hôtel de Ville se serait déroulée si sa puissance avait été présente à ce moment-là, ne pouvait être évité. Ainsi, même de simples mots négatifs ne sortaient pas facilement des lèvres. Cependant,

Subaru : “Sérieusement, espèce d’idiot. As-tu la moindre idée des problèmes que nous avons eus sans toi ?”

S’approchant de ce héros cramoisi, seul Subaru l’interpella, tout en lui tapotant la poitrine.

Lorsque ce poing le toucha légèrement, Reinhard, avec une attitude qui semblait ne pas pouvoir se justifier auprès de Subaru, détourna son regard. Devant cet air réprimandé et abattu qui ne lui correspondait pas, Subaru renifla.

Subaru : “Tu sais, si tu comptes venir dans tous les cas, présente-toi un quart d’heure plus tôt ! Comme ça, je n’aurais pas à faire un discours qui ne correspond pas du tout à mon personnage. C’est censé être ton travail, n’est-ce pas ?”

Reinhard : “Désolé… Cependant, c’était un excellent discours qui te correspondait bien. Bien que beaucoup de choses me soient demandées, prononcer des discours aussi encourageants n’est pas quelque chose que je pourrais faire. Tu étais le bon choix.”

Subaru : “Entre toi et moi, le rôle requis pour cette diffusion est un peu différent, je pense.”

Subaru tapota la poitrine de Reinhard une fois de plus, et il sourit ironiquement. Il toucha également du doigt le bout du nez du héros abattu.

Subaru : “Reinhard.”

Reinhard : “Qu’y a-t-il… ?”

Subaru : “Depuis que tu es arrivé, c’est comme si une centaine d’hommes l’avaient fait, non, un millier. Je peux m’attendre à autant, pas vrai ? Puis-je compter sur toi ?”

Reinhard : “――――”

C’était une force comparable à dix mille hommes. L’évaluation de Subaru au centuple, voire au millier, était risible.

Face à la question pleine d’attente de Subaru, les yeux bleus de Reinhard clignèrent. Mais cette hésitation s’estompa immédiatement, et les lèvres de Reinhard formèrent un sourire.

Reinhard : “Ah, je veux que tu comptes sur moi. Si tu attends autant de moi, je m’y plierai.”

Subaru : “Ce genre de discours qui rend les femmes heureuses, peux-tu l’arrêter ? Quoi, peu importe… Et sur ce, si tout le monde a quelque chose à dire maintenant, s’il vous plaît, allez-y tant que vous y êtes.”

Voyant la gêne initiale disparaître du visage de Reinhard alors qu’il riait, Subaru se retourna et jeta un coup d’œil en arrière. Observant les visages qui n’avaient rien dit jusqu’à présent, il pointa Reinhard du doigt.

Subaru : “Dans ces moments-là, le camp qui bénéficie d’un traitement de faveur souffre beaucoup plus. De plus, l’occasion de gronder ce Maître Épéiste qui veut être grondé ne se présente pas souvent. Alors allez-y, faites-le, faites-le.”

Reinhard : “――――”

Subaru : “Quand vous l’aurez assez engueulé, parlons――de la façon d’aider tout le monde.”

Subaru gonfla son torse en parlant.

Devant cette attitude, les personnes retenaient leur souffle. Otto et Garfiel, les deux seuls à être habitués à la fanfaronnade de Subaru, en souriaient.

Et il était bon d’avoir un ou deux compagnons capables de voir clair dans ses véritables intentions.

Ils n’avaient pas besoin de retenir leurs pensées, parce que c’était juste après qu’il ait fait ce genre de discours.


Après cela, les conversations personnelles de Reinhard (détails omis) eurent lieu, et de nouveau les discussions sur la façon de reprendre la ville reprirent.

Cependant, à part le fait que Reinhard et Otto étaient d’accord avec leurs pensées, il n’y avait pas de nette amélioration. Le nombre d’ennemis qu’ils devaient attaquer et la stratégie de capture consistant à prendre d’assaut toutes les tours de contrôle simultanément n’avaient pas changé.

Subaru : “Mais au milieu de ce chaos, où était Reinhard et que faisait-il ?”

Alors qu’ils étaient tous assis en cercle pour discuter, Subaru les interrompit soudainement avec cette question. L’expression de Reinhard s’assombrit suite à ses paroles. Aujourd’hui, son visage devenait souvent comme ça.

Subaru : “Felt n’est pas avec toi, et il y a beaucoup de choses dont je veux entendre parler. Ah, je ne te blâme pas, ou quoi que ce soit de ce genre, d’accord ? Je te prie de croire que j’ai dépassé ce stade.”

Anastasia : “Ce que Natsuki-kun disait, c’est quelque chose qui me dérange aussi. Il est impossible que le Maître Épéiste ait eu peur et se soit caché, je ne pensais pas à ça. Mais je veux entendre une raison convaincante.”

Suite à la question de Subaru, Anastasia se joignit à la conversation. À en juger par le fait qu’elle jetait des regards en coin, il semblait bien qu’elle avait reçu des rapports de Julius.

Juste avant le début des troubles, Reinhard et Felt avaient été en contact avec Heinkel. Après sa question, l’expression de Reinhard s’assombrit doublement, ce qui semblait prouver cette affirmation.

Wilhelm inclus, l’approche des Astrea au sujet d’Heinkel était très évasive. Subaru ne savait pas s’il devait l’exprimer, mais la façon dont ils le traitaient était comme――

Subaru : “Comme quelqu’un qui est resté enfermé pendant dix ans et qui est devenu un enfant pro-NEET que ses parents âgés traitent comme une tumeur…”

(Note de Traduction : NEET est un acronyme pour “Not in Education, Employment or Training”. Le mot peut être traduit par “reclus”.)

Otto : “Natsuki-san imagine à nouveau des choses bizarres, alors je suis désolé, mais que vas-tu faire ? S’il est difficile pour Reinhard-san de parler, alors je peux le faire, mais…”

Tandis que Subaru se remémorait les bribes d’un journal télévisé sur les reclus, Otto intervint à son tour. Son regard inquiet était dirigé vers Reinhard, et son ton contenait une sorte d’excuse.

Subaru : “Attends, tu es arrivé avec Reinhard, alors tu es vraiment resté avec lui pendant la tourmente ?”

Otto : “Non, il n’y a rien de tel ? J’ai rejoint Reinhard-san au dernier moment… Cependant, j’ai en grande partie compris la situation.”

Reinhard : “Merci, Otto. Mais c’est un problème qui concerne ma famille. En vérité, c’est un sujet difficile à aborder, mais il serait préférable que j’en parle moi-même.”

Reinhard inclina la tête et refusa l’offre attentionnée d’Otto. Il regarda devant lui, puis rectifia sa position un instant plus tard.

Reinhard : “Tout d’abord, même si je l’ai déjà dit à maintes reprises, permettez-moi de m’excuser une fois de plus. J’étais la personne qui aurait dû être la première à vous aider, et je dois donc m’excuser de ne pas avoir pu vous rejoindre pendant plusieurs heures. J’en suis profondément désolé.”

Julius : “…À ce propos, notre point de vue est le même que celui que nous avons exprimé précédemment. Nous ne pouvons pas tout pardonner comme s’il n’y avait pas de problème. Toutefois, nous avons besoin de toi dans la bataille à venir. Si tu cherches à te repentir, alors sois performant dans les combats à venir.”

Reinhard : “Je le serai, Julius… Lors de la première diffusion du Culte de la Sorcière, Felt-sama et moi avons été appelés dans un coin de la Deuxième Rue. La personne qui nous a convoqués était le Commandant Adjoint Heinkel.”

Reinhard, qui avait commencé à raconter les événements, avait appelé Heinkel “Commandant Adjoint” d’une voix raide.

Il était de notoriété publique qu’ils étaient père et fils. Et pourtant, il appelait son père par son titre. Il n’en fallait pas plus pour que l’on se rende compte que la relation entre les deux n’était pas une simple relation père-fils.

Subaru : “Après cette confrontation et la séparation antérieure, Felt a répondu à une convocation de sa part ?”

Reinhard : “Au fond d’elle, Felt-sama aurait voulu refuser. Cependant, la discussion portait sur une question liée à l’autorité des règles des territoires Astrea, donc l’option du refus n’existait pas. La demande qui allait être formulée nous était inconnue… Felt-sama m’a accompagné, et nous nous sommes dirigés vers l’endroit désigné.”

Subaru : “Comment cette discussion s’est-elle terminée…”

Reinhard : “Mes excuses, mais comme cette question est directement liée à celle de la Sélection Royale, j’apprécierais qu’on me permette de ne pas m’étendre sur le sujet. Il est suffisant de dire que la discussion ne s’est pas déroulée sans heurts.”

Le ton de la voix de Reinhard baissait, et il était facile de comprendre que la discussion s’était mal passée. Même si les choses ne s’étaient pas déroulées de la sorte, Felt manquait d’expérience dans la gestion des émotions négatives. En tenant compte de la nature méprisable d’Heinkel, il n’était pas difficile d’imaginer comment la discussion s’était passée.

Au milieu d’une telle conversation――

Reinhard : “C’est alors que la première diffusion du Culte de la Sorcière a eu lieu. Nous n’en croyions pas nos oreilles, mais il était clair que nous devions agir immédiatement. J’avais l’intention de partir tout de suite si la situation était vraiment grave. Les autres serviteurs avaient également une méthode pour m’appeler en cas de besoin, préparée à l’avance.”

Cette méthode consistait à lancer de la magie dans le ciel à tout moment en guise de signal. Lors de l’apparition de Sirius, si Rachins avait lancé le signal, Reinhard se serait précipité sur les lieux en moins de trente secondes. Il n’y avait aucun mensonge dans ces mots.

Néanmoins, Reinhard avait entendu le message du Culte de la Sorcière rempli d’intentions malveillantes, mais il n’avait pas bougé pour autant. Il ne s’était pas précipité sur les lieux, et non seulement cela, mais il avait gardé le silence pendant plusieurs heures. Pourquoi cela ?

Subaru : “Tu savais que la diffusion provenait de l’Hôtel de Ville, non ? À ce moment-là, tu aurais eu la possibilité de courir jusqu’à l’Hôtel de Ville… Alors pourquoi n’es-tu pas venu ?”

Reinhard : “――――”

Ce n’était pas comme s’il le grondait. Ce n’était pas son intention, mais sa voix était ferme alors qu’il insistait pour obtenir des réponses.

Il y avait plus d’une chose qui lui venait à l’esprit. Si Reinhard avait été présent lors de cette bataille féroce pour l’Hôtel de Ville――Crusch, qui souffrait maintenant, n’aurait pas été blessé durant le combat. Celui-ci aurait même pu se terminer sans que la jambe droite de Subaru ne subisse cet étrange événement.

Bien que ce ne soit pas intentionnel, les regards de plus en plus durs ne se limitaient pas à celui de Subaru.

Recevant les regards de toutes les personnes présentes dans la salle, Reinhard, qui s’exprimait jusque-là avec aisance, ferma la bouche et baissa à nouveau les yeux. Avec ses longs cils et ses yeux brillants, il hésitait à prononcer d’autres mots que ceux qu’il avait déjà exprimés.

Malgré cela, après que ces quelques secondes conflictuelles se soient lentement écoulées, le héros poursuivit ses paroles d’une manière hésitante.

Reinhard : “――Le Commandant Adjoint Heinkel… a pris Felt-sama en otage.”

Subaru : “…”

Reinhard : “C’est mon échec irréversible. Felt-sama a été mise en détention, et une épée a été placée contre son cou pour m’empêcher de bouger. Je n’ai donc pas pu agir.”

Subaru comprit clairement pourquoi Reinhard avait eu tant de mal à prononcer ces mots.

La maîtresse pour laquelle il devait tout donner, des mains de son père, avait été prise en otage. À quel point le cœur de Reinhard avait-il été affecté par l’humiliation et la honte ?

Subaru : “…Tch, c’est quoi ce bordel ? Ce Commandant Adjoint, c’est un pion du Culte de la Sorcière ou quelque chose comme ça ?”

En recevant cette confession choquante, Subaru marmonna pour lui-même, tout en pensant aux sentiments de Reinhard.

Quelle cruelle vérité ce serait ! Il avait entendu dire que des cultistes s’étaient cachés ici et là, et il était donc difficile de savoir qui pouvait être l’un d’entre eux. Mais que l’un d’entre eux apparaisse ainsi au sein de sa famille était une chose à laquelle il ne voulait même pas songer.

Après avoir vu à quoi ressemblaient les Archevêques du Péché autres que Petelgeuse, son opinion était d’autant plus forte. Tous les cultistes étaient des moins que rien, de simples déchets humains.

Reinhard : “――S’il en était ainsi, comment réagirais-je ? Mes sentiments, comment seraient-ils…”

Subaru : “Quoi ?”

Cependant, Reinhard répondit à l’idée de Subaru, une idée acceptée par environ la moitié des personnes présentes――avec une voix quelque peu inconfortable.

Cette attitude de sa part, Subaru s’en interrogeait. Cependant, l’autre moitié, composée d’Anastasia, de Julius et d’Otto, affichait des expressions qui indiquaient qu’ils étaient parvenus à une autre conclusion.

Reinhard : “Le Commandant Adjoint n’est pas un membre du Culte de la Sorcière… Du moins, à en juger par ses remarques après avoir capturé Felt-sama, je n’ai rien vu qui le laisse supposer.”

Subaru : “Alors qu’est-ce qu’il est, une sorte d’idiot ? Non, même s’il n’est pas stupide ça ne fait rien… Alors, pourquoi ? Pourquoi prendre Felt en otage ? Faire quelque chose comme ça, quel est――”

“L’intérêt ?”, Subaru s’apprêtait à le dire, lorsqu’il réalisa.

La mine déprimée de Reinhard et celle, pleine de pitié, d’Otto. En les voyant à la limite de son champ de vision, la conclusion qu’il en tira lui donna presque envie de rire.

Il ne pouvait pas en rire. C’était complètement désespérant. Alors, les actions d’Heinkel――

Subaru : “――C’était juste parce qu’il voulait te garder là-bas ?”

Reinhard : “――――”

Subaru : “D’après la diffusion du Culte de la Sorcière, il a compris que la ville était dangereuse… Alors, pour se protéger rapidement, il a voulu s’accrocher à l’homme le plus fort qui se trouvait à portée de main ?”

Reinhard : “…Le Commandant Adjoint a dit quelque chose comme : “Ta précieuse maîtresse et ton père sont tous les deux ici. Vas-tu les abandonner pour sauver des bâtards dont tu ne connais même pas le visage ?”.”

Subaru : “Ton propre père a débité ces conneries !”

La rage au ventre, Subaru frappa le sol avec son poing.

Tout au long de la journée, depuis le matin, il n’avait cessé d’être confronté à cette rage passionnée. Cependant, il n’avait jamais imaginé se sentir aussi furieux face à un adversaire qui n’avait rien à voir avec le Culte de la Sorcière.

Reinhard : “Je n’avais aucun mot pour répondre. Bien sûr, Felt-sama disait que c’était du bluff. Puisqu’elle irait bien, elle m’a dit d’aller secourir les autres――mais rester sur place même à ce moment-là, c’était ma décision. En effet, la responsabilité me revient.”

Subaru : “Pourquoi faut-il que ce soit comme ça ?! À qui la faute, c’est évident pour tout le monde ici !”

Reinhard : “Malgré tout, le choix m’appartenait.”

Devant les cris de Subaru, Reinhard refusa de concéder sa part de responsabilité.

Cet obstiné de Reinhard ne plierait probablement pas sur ce point, quoi qu’on lui dise. Subaru retint furieusement sa langue et força ses sentiments violents à se calmer.

Reinhard : “Quoi qu’il en soit, j’ai été pris au piège dans cette impasse. Ce qui s’est passé ensuite n’a rien d’extraordinaire. Même après d’autres diffusions, je suis resté incapable d’agir… J’ai été sévèrement réprimandé par Felt-sama.”

Anastasia : “Mais elle n’est pas avec toi, est-ce que Felt-chan va bien ?”

Anastasia demanda cela à Reinhard, avec un sourire amer. La fille était dépourvue de toute expression, ce qui la rendait difficilement déchiffrable, tandis qu’elle tripotait son écharpe. Elle s’inquiétait de l’état de Felt, qui ne les avait pas rejoints.

Anastasia : “Être pris en otage comme ça pendant des heures, c’est assez fatigant mentalement. Maintenant que Reinhard-kun est ici, je pense que le problème a été réglé.”

Reinhard : “Oui, c’est le cas. Felt-sama a rejoint ses serviteurs dans un abri. Le Commandant Adjoint a été arrêté et Felt-sama le surveille.”

Subaru : “Arrêté… Il a été attrapé, hein.”

Reinhard : “Je suis satisfait de ce résultat. Mais sans la coopération d’Otto, je pense qu’il aurait été difficile d’y parvenir.”

Subaru : “Ah, c’est donc là que le nom d’Otto intervient, hein.”

Subaru fronça les sourcils à la mention du nom d’Otto, qui n’était pas encore apparu dans ce récit. Ayant atteint son tour, Otto se racla légèrement la gorge pour attirer l’attention.

Otto : “Telle était la situation. C’est donc par hasard que je suis arrivé sur les lieux. Simplement parce que j’étais conscient de la relation entre les trois, en arrivant sur les lieux, j’ai pu à peu près comprendre la situation.”

Les problèmes familiaux des Astrea et la situation avec les problèmes de Felt liés aux territoires. Sachant cela, il avait repéré Heinkel qui immobilisait Reinhard avec Felt comme otage. Même quelqu’un de lent dans sa tête serait capable de comprendre le genre de situation qui était en train de se produire.

Otto : “Moi aussi, j’ai compris que l’impossibilité d’emprunter le pouvoir de Reinhard dans la lutte contre le Culte de la Sorcière était le pire des scénarios. J’ai pâli à cette idée, et j’ai su que je devais faire quelque chose.”

Subaru : “Et donc Otto a attiré l’attention sur lui, et Felt a été libérée. C’est ainsi que Reinhard a pu se déplacer, et maintenant il a réussi à nous rejoindre… Quelque chose comme ça, ouais ?”

Otto : “Heureusement, le grand discours de Natsuki-san a eu lieu, donc le point de rassemblement a été décidé sans aucun souci. Il aurait été agréable d’avancer un peu plus vite, mais j’avais aussi beaucoup de choses à faire.”

Reinhard acquiesça également, bien que brièvement, confirmant ainsi la contribution d’Otto.

Une fois de plus, le baratineur Otto avait joué un rôle actif, quelque part à l’insu des autres.

Garfiel : “Mais tout d’même, il est advenu quoi d’Otto-aniki jusqu’là ? Honnêtement, s’promener dans la ville avec ta force, c’est pas la même chose que d’se suicider ?”

Otto : “À ce propos, il y a eu beaucoup de rebondissements… Non, je vais en parler.”

Se raclant la gorge, Otto indiqua l’extérieur du bâtiment de l’Hôtel de Ville.

Otto : “Comme prévu le matin, je suis parti seul à la Compagnie Muse. Pour demander à Kiritaka-san de poursuivre les négociations. Il s’était également calmé durant la nuit, il semblait donc pouvoir accepter facilement de reprendre les négociations…”

Subaru : “Il semblait, mais ?”

Subaru supposait que le Culte de la Sorcière avait commencé sa diffusion et avait interrompu les discussions.

Toutefois, Otto reprit la parole en secouant la tête.

Otto : “À l’emplacement de la Compagnie Muse, sur la place de la Troisième Rue, le Culte de la Sorcière… Un Archevêque du Péché a fait son apparition. Nous avons découvert l’attaque du Culte de la Sorcière lorsque cette silhouette a créé un véritable tumulte.”

Subaru : “Un Archevêque du Péché… ?! Avant la diffusion ?”

Otto : “Oui. En effet, avant la diffusion.”

Otto confirma pour Subaru, qui était penché en avant, surpris.

Mais, en y réfléchissant, ce n’était pas impossible. Sirius, et Regulus aussi, étaient deux autres Archevêques du Péché qui avaient agi avant la diffusion. En dehors de Capella, qui attaquait l’Hôtel de Ville à ce moment-là, la probabilité que ces Archevêques du Péché soient en train de faire autre chose pendant leur temps libre à Pristella était élevée――

Subaru : “Attends, Otto.”

Otto : “――――”

Le ton de Subaru avait baissé, et le regard d’Otto était devenu sinistre. Son attitude inquiète confirmait les pensées qui apparaissaient dans l’imagination de Subaru.

Sirius et Regulus étaient tous deux aux prises avec Subaru à ce moment-là, et n’avaient donc pas pu être présents. Capella devait également participer à l’attaque sur l’Hôtel de Ville. Alors, l’Archevêque du Péché qui était apparu devant Otto ne pouvait être que lui.

Subaru : “Celui que tu as rencontré par hasard, se pourrait-il qu’il s’agisse de l’Archevêque du Péché de la Gourmandise ?”

Otto : “…Oui. C’est ce qu’il a affirmé. Il n’avait aucune raison de tromper les autres, alors je pense que c’est la vérité. L’Archevêque du Péché qui est apparu sur la place, se présentant en tant que Gourmandise, avait l’air d’être un enfant.”

Le témoignage d’Otto correspondait à ce que Subaru avait vu de Roy Alphard.

La norme de sélection pour les Archevêques du Péché, ce n’était pas comme s’il voulait savoir quoi que ce soit à ce sujet, mais la Gourmandise était au moins extérieurement un enfant. Un enfant en guenilles, à l’allure sale. Dans ses paroles comme dans son attitude, il semblait n’être qu’un enfant.

Otto : “Au début, ne sachant pas s’il s’agissait d’un enfant abandonné, quelqu’un l’a appelé en se rapprochant. Comme il gardait la Compagnie Muse, je pense qu’il s’agissait d’un membre des Écailles du Dragon Blanc. Cette personne a été la première à succomber à la Gourmandise. Je suis devenu incapable de bouger. Littéralement.”

Subaru : “…”

Otto : “Juste comme ça, une personne a tout simplement été tuée. Ça semble surréaliste, mais il n’y a pas d’autre choix que d’y croire. Immédiatement, d’autres Écailles du Dragon Blanc se sont déplacées pour l’encercler, mais ça ne s’est pas terminé de façon heureuse.”

Le visage blême, Otto parla tranquillement de ce spectacle déchirant.

La Gourmandise, comme s’il exécutait une danse décontractée, semblait avoir découpé les mercenaires. Ce qui était encore plus effrayant, c’était le nez fin de la Gourmandise――un sens de l’odorat qui ne perdait jamais la trace de sa proie.

Otto : “La situation était telle que les gens dans la rue ont essayé de s’enfuir pour sauver leur vie. Mais ce type ne l’a pas permis. En toute honnêteté, je ne sais pas ce qu’il a fait. Mais même ceux qui se trouvaient loin de lui ont été pris dans le déchaînement de la Gourmandise. Il en a été de même pour ceux qui se trouvaient à l’intérieur des bâtiments.”

Subaru : “Qu’est-ce qu’il cherchait ?”

Après avoir posé cette question distraitement, Subaru se rendit compte qu’elle n’avait aucun sens. Les actes du Culte de la Sorcière n’étaient pas cohérents avec la nature de leurs objectifs. Dans les faits, Otto secoua la tête, signalant qu’il n’avait pas la réponse à la question de Subaru.

Otto : “Eh bien, qu’est-ce que ça aurait pu être… Quoi qu’il en soit, la situation est devenue désastreuse. Même si j’avais essayé de fuir cet endroit, j’aurais pu être pris dans son attaque au moment où j’aurais dévoilé mon dos. C’était une impasse totale… Sans Kiritaka-san, je pense que je n’aurais pas pu arriver jusqu’ici non plus.”

Subaru : “Kiritaka, comment a-t-il fait ça ?”

Otto : “Pour commencer, il semblerait qu’il soit une personne prudente. Dans le bureau du président de la Compagnie Muse, il y a un passage secret dans le bâtiment, relié à une voie navigable souterraine. Je me suis échappé en utilisant un petit bateau. En m’enfuyant, j’ai vu Kiritaka-san se faire trancher le dos.”

Subaru : “――――”

Otto : “Depuis la Troisième Rue, j’ai fui de manière chaotique. C’est ce que je dis. Après ça, la diffusion du Culte de la Sorcière a eu lieu et il est devenu impossible de se promener dans la ville de façon insouciante. Néanmoins, je me suis déplacé prudemment dans les environs. C’est alors que je suis tombé sur la scène décrite plus tôt.”

En d’autres termes, par “la scène”, il désignait celle où il avait trouvé Reinhard, dont les mouvements avaient été entravés. C’est là que s’arrêta son récit, et au même moment Subaru comprit qu’Otto avait traversé des péripéties, et qu’il avait à nouveau réussi à survivre.

Mais ce qui le préoccupait dans son histoire, c’était――

Subaru : “Pourquoi Kiritaka a-t-il fait ça ? D’après ce que tu nous as dit, il s’est même sacrifié pour t’aider à t’échapper. C’est ce qu’il m’a semblé.”

Otto : “…Oui, en effet. Kiritaka-san, en se sacrifiant, m’a permis de m’échapper. En fait, juste à la fin, il a été tailladé parce qu’il m’a poussé au sol et m’a recouvert de son corps.”

Subaru : “Pourquoi aller aussi loin…”

À l’intérieur de Subaru, son image mentale de Kiritaka était presque inexistante. Même la petite image qu’il possédait était fixée sur cette scène avec son visage devenant rouge, criant, lançant une pierre magique tout en faisant une crise de nerfs. Bien sûr, il n’avait pas supposé que tout cela résumait la personnalité de cet homme.

Mais sacrifier son corps pour sauver un inconnu… Il n’avait pas l’air d’un homme doté d’une telle force d’âme.

Otto : “Comme j’étais un client invité dans sa boutique, il avait peut-être une certaine fierté de commerçant. Mais il semblerait qu’il ait aussi eu une meilleure raison personnelle. Une raison un peu plus facile à comprendre.”

Subaru : “Plus facile à comprendre, tu dis ?”

Otto : “Tu ne l’as pas réalisé ? C’est Natsuki-san.”

En direction de la confusion de Subaru, Otto affirma fermement sa réponse.

L’apparition abrupte de son nom ébranla Subaru. Devant la réaction de Subaru, Otto ferma les yeux un court instant.

Otto : “Témoin de l’existence d’un Archevêque du Péché réduisant en miettes ses propres subordonnés, Kiritaka-san a dû estimer qu’il avait quelque chose à faire. Il a dû se raccrocher à un certain sens du devoir, je pense. Alors, celui qui est devenu son espoir, c’est toi, Natsuki-san.”

Subaru : “…”

Otto : “Après les événements de la veille, Kiritaka-san savait déjà que Natsuki-san demeurait ici. Et assurément que tu avais réussi à terrasser la Paresse. Ainsi, ça a naturellement suscité de l’espoir. S’il a fait de mon évasion sa priorité, c’est sans doute parce qu’il s’attendait à ce que je rejoigne Natsuki-san.”

L’explication d’Otto convenait parfaitement, et elle frappa la poitrine de Subaru avec un bruit sourd. Mais cette histoire n’en était pas moins déraisonnable.

Au fond de lui, il savait. Continuer, porter cela, c’était vrai, il l’avait déjà décidé. Mais encore une fois… Est-ce que tout le monde s’attendait à cela de la part de Subaru ?

Cette personne petite, sans espoir et inutile, confiaient-ils vraiment le destin de la ville à un bâtard comme lui ?

Otto : “Natsuki-san, s’il te plaît ne te méprends pas.”

Sans le savoir, Subaru esquissa un sourire cynique, mais une voix le tira en arrière. Otto regarda droit dans les yeux de Subaru. Il parla à l’expression raidie de Subaru en haussant les épaules,

Otto : “Kiritaka-san a réfléchi à plusieurs choses concernant son rôle et sa responsabilité envers la ville. Je comprends que Natsuki-san hésite aussi à prendre en charge le destin de la ville. Mais ce que Kiritaka-san a confié à Natsuki-san est un peu plus simple.”

Subaru : “…Quoi ?”

Otto : “C’est évident. Quelque part dans cette ville se trouve la femme que Kiritaka-san aime. Avant de souhaiter la sécurité de la ville, ce qu’il attendait le plus de Natsuki-san c’était que sa bien-aimée soit en sécurité.”

Subaru : “――――”

Otto : “C’est ce qu’il m’a dit lorsqu’il m’a poussé sur le sol.”

En somme, Otto voulait dire à Subaru qu’il se débattait trop. Ces mots, prononcés devant Subaru qui se sentait investi du destin de la ville, tremblant sous ce poids immense, avaient inopinément transpercé le cœur prétentieux de Subaru.

Son visage s’échauffa et Subaru eut honte de lui.

Le sort de cette ville, tous ces espoirs, toutes ces attentes, tout cela était ridiculement stupide.

Tout ce que Subaru avait considéré, c’était la ville, qui se retrouverait dans une situation désastreuse si elle n’était pas relevée et sauvée. Mais ce que Subaru devait protéger n’était pas quelque chose décrit par ce mot grandiose et superficiel, mais les individus qui composaient la ville. Une vie, et beaucoup d’autres vies.

Et chacune de ces vies en avait une autre qui lui était précieuse, et il s’agissait simplement de sauver ces liens.

Otto : “Penser qu’il ne s’agit pas de porter une seule grande entité, mais plutôt de soulever sur son dos de nombreuses petites parties de l’ensemble, cela te soulage-t-il un peu ?”

Subaru : “Wow. C’est une différente façon de penser, mais c’est en fait une bonne chose.”

Le pouvoir d’assistant d’Otto était tellement élevé que Subaru ne pouvait pas imaginer comment les choses se passeraient sans lui.

Le visage de Subaru, qui regardait vers le bas, se releva et, face à ce résultat, Otto sembla satisfait.

Anastasia : “Tiens donc, n’est-ce pas une belle relation ? La regarder me rend même un peu jalouse.”

Sentant une pause dans leur conversation, Anastasia lança une taquinerie. Subaru et Otto, qui s’étaient assis tout en discutant presque face à face, réfléchirent à sa boutade.

Puis, les regardant à nouveau, Anastasia inclina la tête.

Anastasia : “Même si je dis ça, d’après ce que tu as dit… La Compagnie Muse est fichue…”

Otto : “En vérité, nous ne pouvons pas le savoir avec certitude. J’ai seulement assisté aux événements jusqu’à ce que Kiritaka-san soit tailladé, mais quant à savoir si cette blessure mettait sa vie en danger…”

Julius : “Réfléchir aux motivations de la Gourmandise, est-ce une perte de temps ? Pour moi, quoi qu’il en soit, l’idée qu’il ait causé cette perturbation sans raison est impensable.”

Celui qui avait parlé, Julius, affichait un visage dégoûté. Ce ton assuré resta gravé dans les esprits.

Subaru : “Ne sois pas bizarre comme ça. Y a-t-il une raison expliquant ta pensée ?”

Julius : “…Non, je ne peux pas prétendre qu’il y a une base claire pour cela. C’est simplement l’impression que j’ai eue en croisant le fer avec lui dans l’Hôtel de Ville. Je ne crois pas qu’il faille le considérer comme un simple hédoniste.”

Subaru était également d’accord. Ce n’était pas simplement un hédoniste, c’était un hédoniste malveillant. Mais cette impression était une réponse différente de celle à laquelle Julius semblait s’attendre.

Subaru : “D’après la diffusion, la demande de la Gourmandise était un Esprit Artificiel, n’est-ce pas ? Il y a peut-être une chance qu’il soit allé le chercher ?”

Reinhard : “C’est en effet une possibilité. Mais il y a un problème avant même d’en arriver là. Ne devrions-nous pas nous interroger sur l’existence même de l’être connu sous le nom d’Esprit Artificiel ? Une telle existence existe-t-elle vraiment ?”

Subaru mentionna un motif possible qui lui venait à l’esprit, et Reinhard se joignit à lui avec un argument personnel. Sa question devait être la même que celle que beaucoup d’autres personnes ayant entendu les demandes de la diffusion devaient se poser.

Parmi les personnes présentes ici, seuls Subaru et Anastasia connaissaient la réponse. Sans le vouloir, Subaru jeta un coup d’œil au visage d’Anastasia, mais son expression était inchangée, comme on pouvait s’y attendre compte tenu de son expérience. Elle n’avait pas l’intention de le révéler, était-ce ce qu’elle voulait dire ?

Otto : “――Désolé, juste une chose.”

Devant Subaru, qui hésitait dans son jugement, Otto réclama à nouveau de l’attention.

Ce type, avec une pointe d’inquiétude sur le visage, poussa un soupir mêlé de résignation. Et,

Otto : “Je ne sais pas non plus ce qu’il en est de l’Esprit Artificiel. Mais concernant une autre demande, le Livre de la Sagesse réclamé par la Colère…”

Coupant court à ses propos, Otto prit la parole après un moment d’hésitation.

Otto : “Je m’excuse――celui qui l’a apporté dans la ville, c’est moi.”

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