03 — À chacun son point de vue

Émilia : “Ce n’était pas très juste pour Otto que nous décidions par nous-mêmes.”
Après avoir discuté avec Joshua et être retournée dans sa chambre, Émilia parla en offrant à Subaru une place.
Subaru s’assit et gloussa légèrement,
Subaru : “Laisse la panique d’Otto de côté telle une légende pour les générations futures, je suivrai toujours tes idées, Émilia-tan. Mais si je devais souligner une chose dont il faudrait s’inquiéter, c’est le fait qu’ils sont déjà prêts et nous attendent.”
Émilia : “Si elle mandate des messagers, je ne pense pas qu’Anastasia prendrait des risques. Mimi était peut-être là, mais Joshua a tout de même pris le contrôle quand j’ai moi-même tenté de le prendre.”
Subaru : “Elle te reconnaît comme une concurrente si elle envoie la famille de son propre Chevalier en tant qu’émissaire. Je me suis toujours demandé pourquoi dans les drames Sengoku, quand des personnes importantes sont envoyées en tant que messagers, ils ne se contentent pas de les tuer. Mais il s’avère qu’il y a toutes ces petites histoires. Je n’aurai jamais cru le vivre en vrai.”
Il s’agissait d’une question de confiance entre les dirigeants et le peuple : si le peuple découvrait que leurs dirigeants avaient injustement agi, cela pouvait nuire à leurs réputations. Et chaque camp faisait face à de trop nombreux ennemis pour se permettre d’agir de façon honteuse. Autrement dit, puisqu’un groupe devait faire face à un plus grand nombre d’ennemis clandestins au fur et à mesure qu’il grandissait, il était logique d’être prudent lorsqu’il s’agissait de défier des personnes influentes.
――La rencontre avec Joshua Juukulius était terminée, et la nuit était tombée sur le nouveau manoir Roswaal.
Comme il aurait été regrettable de les renvoyer le jour de leur arrivée, ils avaient proposé à Joshua et Mimi de rester pour la nuit en acceptant l’invitation pour Pristella. Joshua s’était montré plutôt imposant lors de la discussion, mais son soulagement avait transparu lorsque leur camp avait accepté l’invitation. Il ne faisait aucun doute que son monocle n’était qu’une simple décoration pour se faire remarquer en tant que jeune homme sérieux.
Subaru : “Il est bien plus aimable que son frère.”
Émilia : “Tu es toujours si peu sincère quand tu parles de Julius. As-tu encore de la rancœur à propos de ce qu’il s’était passé au palais ?”
Émilia surprit le marmonnement de Subaru et se moqua de lui en pensant à cette histoire qui faisait rougir de honte son visage et tordre d’indignation son estomac. Mais après tant de temps passé, qu’en était-il ?
Subaru : “Il est encore trop tôt pour que je puisse sourire et en rire. J’étais encore jeune à l’époque. Et j’ai longuement réfléchi à mes actions. J’aimerais qu’il en fasse autant.”
Émilia : “J’avais pourtant entendu que vous vous étiez excusé et réconcilié. Ce n’est pas aimable de s’excuser superficiellement et de continuer à bouillir à l’intérieur.”
Subaru : “Mnnguh… Je ne suis qu’humain !”
Émilia l’observait avec reproche, mais Subaru restait têtue, détournant les yeux. Émilia fronça alors les sourcils l’espace d’un instant, mais n’arriva finalement pas à s’empêcher de sourire.
Émilia : “Soit. Subaru, tu es tellement têtu. Mais tu n’as pas le droit de te battre avec Julius si on le voit à Pristella. Tu es un Chevalier maintenant, et les Chevaliers ne doivent pas abuser de leur pouvoir.”
Subaru : “Ouais, ouais, vous m’avez vaincu, Majestée.”
Subaru cacha son rougissement par quelques blagues puis se frotta la lèvre supérieure. Il contempla attentivement la chambre d’Émilia, avant de sembler se remémorer d’une chose.
Subaru : “Ah oui, Émilia-tan. Je ne sais pas grand-chose sur Pristella. Est-ce que c’est réputé pour quelque chose ?”
Émilia : “Hmph, il te faut plus étudier, Subaru. Pristella est l’une des cinq villes principales de Lugnica, située près de la Grande Rivière Tigracy qui marque la frontière avec Kararagi. Elle est célèbre pour avoir été construite sur un immense lac, avec des canaux qui traversent la ville.”
Subaru : “D’accord, donc en laissant de côté toutes les informations superficielles, c’est une ville flottante. Eh bien, Venise existe, donc ça pourrait être possible ici aussi.”
La ville de Venise lui venait à l’esprit quand il s’agissait de villes nautiques.
Venise était entourée d’eau de toutes parts, avec des lacs qui serpentaient allègrement le panorama urbain. C’était l’un de ces fameux lieux romantiques que tout le monde visitait au moins une fois, et Subaru le considérait lui-même comme un endroit très charmant. Il s’agissait donc de l’impression qu’avait Subaru de Pristella.
Émilia : “Non, Subaru. Pristella n’est en aucun cas une ville flottante, mais une cité immergée, je dirais.”
Subaru : “Immergée ?”
Émilia : “Oui. Elle se situe au milieu d’un lac, donc la ville s’inonde à la moindre averse. Pour empêcher ça, ils ont construit des murs tout autour de la cité. Toutefois, ses portes sont si curieuses et emblématiques qu’on ne l’appelle pas “cité flottante” mais “cité aqueuse”.”
L’explication d’Émilia avait transformé la jolie ville aquatique de Subaru en une prison aquatique hermétique. Le concept était magnifique, et puis ils l’avaient ruiné avec ces murs géants. Subaru inclina la tête, se demandant pourquoi ils avaient construit tout ce mécanisme.
Émilia : “Il existe de nombreuses théories pour expliquer la construction de la ville. Par exemple, ils testaient les limites de leur technologie, ou essayaient de maîtriser les inondations sans compter sur la magie ou le Dragon, ou essayaient de piéger une puissante et maléfique bête démoniaque.”
Subaru : “Aucune d’entre elles ne semble sensée, mais elles semblent toutes possibles. C’est ainsi que tu peux savoir que les humains l’ont réalisé.”
Le commun des mortels n’aurait pas eu une telle idée, cependant, le génie de l’humanité était fondamentalement libéré des lois du bon sens. Et parfois, les idées les plus déjantées se réalisaient, d’une manière ou d’une autre.
Subaru : “En tout cas, nous ne savons toujours pas ce qu’ils nous réservent… Je doute qu’ils soient juste gentils et qu’ils nous dirigent vers ce que nous recherchons.”
Émilia : “Tu en es sûr ? Au lieu d’être toujours aussi suspicieux, as-tu d’abord envisagé de faire plus confiance aux gens ?”
Subaru : “Excuse-moi, mais chacune des candidates a ses défauts. Et je n’ai aucunement confiance en ce qu’elles complotent.”
Seule Crusch était digne de confiance, pourtant Subaru ne pouvait pas savoir si elle resterait une dame de confiance, et il devait se montrer prudent face à Félix. Si Wilhelm tenait tête à Félix, le problème serait réglé, cependant même la Lame Démoniaque mettait Subaru sur la défensive. En connaissant leur situation, alors qu’ils étaient livrés à leur propre sort, il était difficile de les considérer comme fiables.
Subaru n’avait aucune idée de ce que préparait ou de ce que projetait Anastasia, il ne pouvait pas connaître les intentions derrière cette invitation.
Julius avait beau être le plus noble des chevaliers, finalement, c’était bien Anastasia qui tenait les rênes. Subaru ne pouvait pas détester les Crocs de Fer, leur vie de mercenaires ne témoignait pas de ce qu’ils étaient en tant que personnes.
Reinhard et Rom du Camp de Felt étaient dignes de confiance. Mais les pensées de Felt n’étaient pas claires pour Subaru. Tant qu’elle était prête à participer à la Sélection, Subaru devait s’attendre à ce que cette fille rusée et sournoise complote quelque chose. Si elle déployait sérieusement Reinhard, et qu’il devenait leur ennemi, leurs chances de le battre en combat étaient une illusion au milieu d’un rêve.
La faction la plus difficile à comprendre était celle de Priscilla. Subaru ne pouvait faire confiance à aucun des deux membres connus. Al avait beau sembler venir du Japon, sa loyauté et sa fidélité envers Priscilla, montrait qu’il ne défendrait pas Subaru même si les caprices terrifiants de Priscilla s’exauçaient. Elle pourrait bien, par hasard lors d’une visite, le décapiter le sourire aux lèvres. Ce serait bien son genre.
Même si une année s’était écoulée, aucune des candidates ne connaissait les intentions des autres. Subaru devait fouiller s’il souhaitait en connaître davantage que ce qu’il avait appris au Palais. C’était l’une des principales raisons pour laquelle il avait accepté l’invitation d’Anastasia.
Subaru : “Honnêtement, je suis terrifié à l’idée d’être redevable envers Anastasia. Comment a-t-elle su que tu recherchais une pierre magique ?”
Émilia : “Puck s’est montré au Palais, alors je ne voulais pas que quelqu’un connaisse ses limites. J’essayais vraiiiiment d’être très prudente… mais on ne peut pas empêcher les gens de parler.”
Subaru : “En effet, on ne peut pas. Et même si nous trouvons une pierre magique, pour les autres factions ça signifie simplement que les affaires sont revenues au point de départ. Établir une dette est à leur avantage.”
Malgré tout, le retour de Puck renforcerait certainement la puissance de combat, déjà considérablement importante, d’Émilia. Pourtant sa puissance seule ne lui assurerait pas la victoire de la Sélection, cela ne rendrait que leur victoire contre le Lapydre plus convaincante.
――La victoire contre l’une des Trois Grandes Bêtes Démoniaques, le Lapydre, au Sanctuaire.
Ce deuxième exploit du Camp d’Émilia, sans rapport avec la défaite de la Paresse du Culte de la Sorcière, n’avait malheureusement pas été reconnu par le public. Il n’y avait eu aucun témoin de la défaite du Lapydre, et il avait été impossible de récupérer des cadavres comme preuve.
Ils avaient envoyé cette chose dans une autre dimension, afin qu’elle ne réapparaisse jamais. Même si c’était la vérité, ce n’était pas crédible. Le sort Al Shamak qui avait été utilisé par Béatrice était une magie oubliée à l’époque actuelle, et elle n’avait pas le Mana nécessaire pour faire une nouvelle démonstration de cette technique.
Bien qu’ils aient rapporté la prouesse à la Capitale, celle-ci n’avait toujours pas été considérée comme légitime. Et puis, s’ils entraient dans les détails, la description en profondeur du Sanctuaire serait obligatoire, comme révéler que Roswaal avait caché un village en son territoire. En fin de compte, ils avaient dû renoncer à faire pression sur la question.
On leur avait annoncé que leurs affirmations gagneraient en crédibilité si le Lapydre ne se montrait plus jusqu’à la prochaine décennie. Cependant, ce serait une prouesse inutile à ce moment. Même si Émilia ne semblait pas vraiment dérangée, tout cela était arrivé de manière très soudaine.
Subaru : “Mais c’est quand même ennuyeux. Sérieusement, à quel point ces putains de lapins m’ont-ils fait souffrir ?”
Émilia : “Mais nous avons tout de même vaincu le Lapydre, même s’ils ne nous croient pas. Cette terrible bête démoniaque ne blessera plus personne d’autre. Ça ne te suffit pas ?”
Subaru : “Émilia-tan, tu es bien trop bienveillante et optimiste…”
Quand quelqu’un accomplissait quelque chose de juste, cela devait être reconnu.
Émilia avait parlé avec magnanimité, faisant reconnaître à Subaru à quel point il était pathétique. Combien ce serait agréable s’il pouvait penser comme Émilia. Il n’y parviendrait jamais. Cela l’irritait juste de ne pas avoir la reconnaissance qu’il méritait.
Émilia aperçut Subaru qui boudait, et sa bouche se détendit en un sourire. Subaru n’avait pas remarqué qu’Émilia le regardait parfois avec ce regard tendre dans les yeux. Ou que son expression dans ces moments-là n’avait pas l’étincelle maternelle d’une mère veillant sur son enfant, mais était plutôt quelque chose d’indescriptiblement complexe.
Émilia : “Et puis, les gens savent déjà que tu as accompli des prouesses, Subaru. Ça a été irréfutablement reconnu que tu as combattu contre la Baleine blanche, et vaincu la Paresse.”
Subaru : “À ce propos… J’ai vraiment l’impression d’avoir récolté les miettes. Les gens en faisaient beaucoup plus que moi contre la Baleine Blanche, et j’ai juste saisi le moment parfait à la fin. Et je n’avais pas cet objectif en tête pour la Paresse.”
Durant le combat contre Petelgeuse, ses pensées avaient été entièrement tournées vers la protection d’Émilia. Ou, non, ce n’était pas tout à fait exact. Ce que Subaru avait ressenti à l’époque était à la fois le désir de protéger Émilia, et de la haine envers Petelgeuse à titre personnel. Ce n’était pas une question de savoir lequel était légitime. Les deux l’étaient, et les deux désirs étaient ceux de Subaru. Cela le mettait mal à l’aise qu’un combat qui se résumait à une rancune personnelle soit considéré comme étant pour le bien du monde en général.
Émilia : “Pourtant, c’est la même chose pour le Lapydre. Tu es venu à bout de deux des Grandes Bêtes Démoniaques qui tourmentaient le monde depuis quatre siècles en peu de temps… Je sais que je ne suis pas du genre à te dire ça, mais tu te surmènes, tu en fais vraiiiment plus que tu le devrais.”
Subaru : “En effet, j’ai participé à ces deux exploits. Honnêtement, je trouve moi aussi que ce que j’ai fait était démesuré. Prions simplement pour que la dernière ne pointe pas le bout de son nez.”
Émilia : “――Oui.”
Subaru avait foi en la puissance des mots et pria pour ne jamais croiser le chemin du Serpent Noir. Pourtant, la réponse d’Émilia était assez raide.
On aurait dit qu’elle avait des réflexions personnelles au sujet du Serpent Noir.
Émilia : “Bien, revenons-en au fait. À propos de Pristella.”
Mais avant qu’il ne puisse la questionner sur ce changement d’attitude, elle dévia le sujet.
Il était évident qu’elle ne souhaitait pas en parler. Et puisqu’elle était désormais un peu plus sage, Subaru renonça à lui imposer une explication.
Cependant, parfois il oubliait de prêter attention à ce genre de détails, et agissait de la même manière qu’habituellement.
Émilia : “Nous savons que nous y allons. Pourtant, nous ne savons pas réellement avec qui y aller. Allons-nous avec les personnes habituelles ? J’aimerais pouvoir en parler avec Roswaal.”
Subaru : “Je pense que tout ira bien. Tu y vas, donc naturellement ton Chevalier, c’est-à-dire moi, et ma partner Béako te suivront. Mais soyons sérieux, pour le combat, nous aurons besoin de Garf. Et puisqu’il insiste autant pour y aller, emportons Otto aussi. J’aimerais aussi beaucoup que Pétra, ou bien Frédérica viennent pour subvenir à tes besoins, mais…”
Émilia : “C’est bien dommage. Roswaal est occupé par la réunion des seigneurs de l’Ouest. Nous savons depuis toujours que Pétra a besoin de le rejoindre pour sa formation en tant que domestique. Bien que l’idée lui déplaise vraiiiment.”
Subaru : “Depuis l’affaire du Sanctuaire, Pétra déteste absolument Roswaal. Néanmoins, Roswaal l’apprécie, ce qui permet de garder Ram tranquille.”
Pétra grandissait avec justice et habileté en tant que domestique, pourtant son cœur était encore dangereusement immature. Sa méfiance envers son maître, Roswaal, était étonnamment marquante. Elle serait capable d’essorer l’eau de son gant de toilette dans son thé. Même si Subaru en était le témoin hypothétique, il serait prêt à l’ignorer puisqu’il était de son côté.
Seul le temps corrigerait cette confiance perdue. Mais il semblait qu’une année n’avait pas été suffisante à Pétra pour se mettre à l’écoute de Roswaal.
Subaru : “Ce qui veut dire que Frédérica doit aller avec eux en tant que modèle d’étiquette et de retenue, ce qui laisse Ram au manoir. Attends, c’est risqué.”
Émilia : “Vraiment ? Pourtant, Anne ira, elle aussi, à la réunion. Clind-san sera donc présent. Je suis persuadée qu’il sera affectueux envers Pétra, alors il est possible que Frédérica n’ait pas besoin d’y aller.”
Subaru : “Clind-san… Je ne le pige pas vraiment.”
Subaru repensa au jeune et puissant majordome du manoir Milord, où le groupe avait séjourné pendant la préparation de leur manoir. Il travaillait avec un raffinement si incroyable que l’œil était incapable de le saisir. C’était un compliment bancal, mais c’était vraiment ce qui le décrivait le mieux.
L’entraînement de Subaru au parkour avait également commencé avec Clind, qui lui avait enseigné les bases. Il avait entraîné Subaru, qui ne pouvait pas dépasser les limites physiques de l’homme ordinaire, à l’époque où ce dernier avait essayé de comprendre comment se déplacer sans dépasser ses limites. Anne-Rose et Clind avaient également visité le nouveau manoir à plusieurs reprises pour y séjourner. Subaru avait demandé à Clind de le regarder s’entraîner au parkour, mais Clind avait ensuite surmonté la course d’obstacles de Garfiel sans transpirer et sans froisser ses vêtements. C’était un putain de monstre.
Subaru : “Mais laissons de côté ceux qui restent dans le manoir, on ne devrait pas s’en inquiéter. Et de toute façon, c’est moi qui devrais être le plus soucieux d’être prudent. C’est valable pour toi aussi, Émilia-tan.”
Émilia : “Mhm. Je regrette d’avoir accepté l’invitation sans avoir pris le temps d’en discuter avant. Je devrai m’excuser auprès d’Otto-kun.”
Subaru : “Il n’en a que faire de sa propre dignité, en revanche il s’accroche aux biens pendant des années. Je lui expliquerai que je t’ai réprimandé si fort que tu en as pleuré.”
Émilia : “Heehee, merci.”
Subaru leva son poing en l’air de façon rapide tandis qu’Émilia souriait. Elle posa sa main sur sa poitrine, caressant le pendentif bleu qui y était suspendu. Aujourd’hui encore, l’esprit félin sommeillait dans ce cristal.
Peu importe son véritable pouvoir, cette gemme n’était pas assez puissante pour le laisser s’exprimer. Au moindre mouvement de l’Esprit, le joyau se briserait et le laisserait s’échapper――du moins c’était les dires d’Émilia et Béatrice.
Une fois libre, Puck causerait par inadvertance une grande dévastation, puis manquerait finalement de mana et disparaîtrait pour retrouver son lieu d’origine.
Émilia alimentait constamment le cristal en mana, pour éviter que cela n’arrive, et préserver l’Esprit. Désormais, il leur suffisait de confectionner un bon cristal à partir d’une pierre magique translucide et ils seraient en mesure de le restaurer. Anastasia affirmait avoir vu des pierres magiques pouvant résister à une telle épreuve.
Émilia : “Une fois que je pourrai de nouveau parler avec Puck… J’aurai tellement de questions à lui poser. Alors――”
Émilia ferma les yeux sans rien dire de plus. Ses longs cils frémissaient et Subaru se gratta doucement la tête. Il ne pouvait que vaguement comprendre ce que ressentait Émilia.
Subaru : “Tu ferais mieux de revenir parmi nous, Esprit chat. J’ai une montagne de reproches à te faire.”
Et, comme il se devait en tant que Chevalier, il approuva sa volonté avec une insulte.
Otto : “Vous savez, je dis ça en pensant à l’intérêt de tous !”
Otto Suwen cogna son verre sur la table, manifestement de sale humeur. Après avoir discuté avec Émilia et dîné, Subaru avait décidé de passer voir Otto avant sa routine nocturne. Et depuis un certain temps, il l’écoutait râler en état d’ivresse.
Garfiel : “L’est comme ça d’puis l’début. Mes superb’ oreilles en sont p’tain de malade.”
Garfiel déclara cela, exaspéré, assis à côté de Subaru écoutant Otto se plaindre. Il se fourra l’auriculaire dans l’oreille en se grattant la tête, ses crocs acérés claquant alors qu’il savourait son verre de lait.
Subaru insistait pour qu’ils ne laissent pas boire d’alcool à des mineurs comme lui. Frédérica et Ram étaient du même avis, alors il tentait de maintenir à vingt ans l’âge de consommation d’alcool au manoir Roswaal. Un jour, le coquin Otto avait encouragé Garfiel à prendre une gorgée d’alcool et il s’était avéré que ce dernier ne tenait pas du tout l’alcool. Désormais, le simple fait de voir une bouteille lui suffisait pour grimacer.
Subaru ne voulait pas enfreindre les lois de son ancien monde, donc les seuls buveurs du manoir étaient Roswaal, Otto, Ram et Frédérica. Ce qui signifiait que le seul buveur dans la pièce était Otto.
Subaru : “Ne boude pas. Émilia est désolée de tout avoir décidé par elle-même. Elle sait qu’elle aurait dû en discuter avant. Cependant, je ne crois pas que ça aurait changé quoi que ce soit.”
Otto : “Mais les choses ne se résument pas à leur résultat. Le procédé est tout aussi important. Vous avez souvent des conversations où la conclusion est évidente dès le début, mais le chemin que vous empruntez pour y parvenir est fondamental. En particulier lorsque nous acceptons leur offre sans lucidité… vous ne devez pas tomber dans le piège de l’adversaire !”
Subaru tentait d’arranger les choses, mais Otto s’emportait contre lui. Il avait tout à fait raison, donc Subaru ne pouvait pas le contredire, mais,
Subaru : “Mince, tu parles vraiment comme un gars des Affaires Intérieures après la résistance que tu as opposée au début ? Je suppose que tu n’étais pas si réticent que ça après tout.”
Garfiel : “On ne fait qu’accepter une p’tain d’invitation, c’est pas si difficile, Otto.”
Otto : “C’est presque réconfortant de voir à quel point vous avez peu changé !”
Subaru et Garfiel se penchèrent tous deux vers Otto, faisant un “tape m’en cinq”. Les trois amis avaient à peu près le même âge et traînaient souvent ensemble. Il était beau de voir à quel point leurs conversations s’inscrivaient spontanément dans le même schéma.
Qui se souciait de ce qu’Otto pensait, il faisait un merveilleux Ministre des Affaires Internes. Il avait reçu une bonne éducation en tant que fils de marchand, il avait appris les manières du monde en tant que marchand ambulant, et il était à la fois intelligent et calculateur. Ce devait être un meilleur destin pour lui que de se faire duper en devenant une sorte d’esclave. Cependant, il inclinait toujours la tête, se demandant comment cela avait pu lui arriver alors qu’il épluchait des montagnes de paperasse. Un gars têtu.
Depuis qu’il avait vu les documents confidentiels de Roswaal, qu’il était devenu habitué à son poste et qu’il supervisait le territoire du Margrave Mathers de son mieux, il n’avait plus aucun espoir de pouvoir s’échapper.
Otto : “Quel est ce regard plein de pitié ? On croirait que tu observes un pauvre poulet quelques secondes avant de l’étrangler.”
Subaru : “C’est plutôt comme si je regardais une poule en cage qui ne vit que pour ses œufs.”
Otto : “C’est encore pire !”
Garfiel : “Fermez-la maint’nant. Arrête d’le taquiner autant, cap’taine. Les règles sont de pas dépasser plu’dix Otto par jour.”
Otto : “Combien est-ce ? Combien valent dix Otto par jour !”
Otto cria cela, le visage écarlate, pourtant ni Subaru ni Garfiel ne répondirent.
Voici comment il était lorsqu’il était saoul. Il avait un emploi angoissant, alors on lui donnait son temps de boisson. Mais cela pourrait en réalité ne faire qu’encourager encore plus le stress.
Subaru : “Otto se libère le mieux en gémissant tout de même.”
Otto : “Clairement pas !”
Garfiel : “Ouais, ouais, maint’nant ferme là et sers-toi un autre verre. Bref, cap’taine, j’ai un truc à t’demander.”
Subaru : “Oh ? On ne voit pas ça souvent. Vas-y.”
Otto ronchonnait en remplissant son verre et en le savourant doucement. Garfiel l’observait, la bouche blanche de lait.
Garfiel : “C’est à propos de s’que nous prépare l’ennemi. Les candidates n’ont jamais eu d’bagarre avant, et maint’nant elle est là, d’vant nous, à chercher la bagarre. Elle doit préparer que’que chose, hein ?”
Subaru : “Tu penses qu’elle vient de nous provoquer en duel ?”
Garfiel : “Évidemment, p’tain. C’est s’qu’elle veut. Oublie cet enfoiré d’Joshua, t’vois le p’tit chat avec lui ?”
――Le petit chat a le même âge que toi, tu sais ?
Le commentaire était de trop mauvais goût pour que Subaru le dise.
Mais quel était son problème avec Mimi ? Selon Subaru, elle se comportait comme ordinairement, se contentant de prendre son thé et ses biscuits, et elle faisait la même chose pendant le dîner.
Garfiel : “S’te fille elle est vachement coriace. Elle m’fixait. Pas que pendant l’tête-à-tête, mais pendant tout’l’p’tain de dîner. Elle a dû s’rendre compte que chuis l’mec le plus fort d’la baraque.”
Subaru : “Tu es sûr… ? Non, je veux dire, Mimi est forte, et elle est une sorte de camé de la guerre, mais…”
Elle semblait trop peu intelligente pour avoir de telles arrière-pensées. Subaru ne pouvait la voir que comme une personne transparente, ou simplement étourdie.
Garfiel : “D’toute façon, elle gard’un œil sur mon incroyabl’ personne durant son séjour. C’est mieux d’veiller à ce que toi et Émilia-sama ne vous fassiez pas choper pendant qu’on est là-bas, Cap’taine. Otto, c’est que’que chose, mais on s’en remettra jamais si on t’perd.”
Otto : “Vous vous rendez compte que ce domaine serait un véritable désastre si je partais ? J’aimerais que vous en teniez compte parfois !”
Garfiel n’essayait pas de rabaisser Otto, puisqu’il appelait à la prudence.
La comparaison était nécessaire pour faire passer le message à Subaru. Mais il ne ratait pas une occasion de taquiner Otto.
Subaru : “Ouais, je compte vraiment sur toi pour ça. Je ne veux pas prolonger la durée de la conversation, donc ce sera court, mais, je compte sur toi, Garfiel.”
Garfiel : “Ouaip, t’en fais pas. Comptez sur le Plus Puissant des Boucliers, alias le Gardien Légendaire, Garfiel Tinzel !”
Garfiel se désigna fièrement avec son pouce et Subaru lui fit signe de la tête.
Il prit une gorgée de son propre verre de lait, regrettant que les titres de Garfiel soient si impressionnants. Il obtiendrait probablement encore plus de titres une fois que sa puissance et sa valeur seraient répandues dans tout le Royaume. L’imagination de Subaru serait-elle assez forte pour subvenir aux besoins de Garfiel ?
Subaru : “Je me demande si un jour je vais de nouveau avoir un coup de génie comme avec l’Invisible Providence… seule la fortune sait quand elle va me sourire.”
Garfiel : “Encore, tu penses à s’truc. T’inquiète pas. T’fais les choses quand il l’faut. J’crois en ça.”
C’était la même chose pour Émilia, sauf que la confiance dans le regard de Garfiel était incroyablement persuasive. Subaru sentit immédiatement qu’il devait se montrer à la hauteur. Il ne voulait pas confondre l’amélioration de soi nécessaire pour répondre à cette confiance avec un sprint aveugle et sans queue ni tête.
Subaru : “Si nous avons Garfiel, alors pas besoin de s’inquiéter de notre force de combat. Émilia-tan est aussi une combattante assez forte à elle seule, et je suis suffisamment bon avec Béako. Mais le problème, c’est Otto… tu vas vraiment venir avec nous ?”
Otto : “Bien sûr que oui ! Je ne veux pas savoir dans quelle situation délirante vous vous retrouverez avec Émilia-sama si je ne viens pas !”
D’autre part, le peu de confiance qu’ils accordaient à Subaru en matière de négociations était électrisant. Émilia était aussi honnête et pure qu’elle en avait l’air, et si Subaru était sournois, il était également inexpérimenté. Pour Otto, ils ressemblaient à des cibles faciles.
Otto : “Pristella est également le lieu de naissance d’Hoshin des Terres Désolées, le fondateur de Kararagi. Et parce qu’elle borde Kararagi, c’est un endroit très important pour les marchands. Je me sens obligé de la visiter aussi.”
Subaru : “Je croyais que tu t’étais débarrassé de ton statut de commerçant depuis longtemps. Qu’est-ce que tu fous ?”
Otto : “Tu te trompes si tu penses que je vais me résigner à être Ministre des Affaires Internes pour toujours ! Mon but ultime est toujours d’être un commerçant prospère avec sa propre boutique ! C’est un chemin indispensable pour y parvenir, un chemin essentiel pour atteindre mon but !”
Subaru : “Ce détour va probablement durer toute ta vie, cependant.”
Les raisons avancées pour le piéger ici étaient honnêtement assez superficielles, et s’il aspirait à aller les aider en tant que Ministre des Affaires Internes, il était logique qu’Otto les rejoigne. Tout le monde au manoir savait que, malgré toutes leurs plaisanteries, ils ne pouvaient pas se passer d’Otto. Et Otto le savait aussi, c’est pourquoi il se trouvait incapable de partir.
Subaru : “Ou tu es peut-être simplement masochiste, mais nous allons négliger ça.”
Otto : “Est-ce que tu viens de me donner ton accord de manière incroyablement impolie ou bien est-ce que je suis en train de rêver ?!”
Subaru : “Peu importe. Anastasia sera là, et nous ne savons pas comment elle va nous frapper. Nous comptons sur toi. Tu es dans la paperasse, Garfiel est dans l’armée. Et je suis là pour rendre les choses amusantes.”
Otto : “Fais-en davantage !”
Subaru pourrait faire de son mieux, mais il ne serait jamais aussi fort que Garfiel. Il pourrait faire de son mieux, mais il n’aurait pas le temps de surpasser Otto en tant que bureaucrate.
Subaru : “Je fais simplement ce dont je suis capable. C’est l’une de ces étapes positives vers le dépassement de soi sur laquelle je me suis penché avec Béako.”
Garfiel : “Ça va aller si Émilia-sama et Béatrice sont avec toi. Ça veut dire qu’mon incroy’ble personne doit couvrir Otto. Fais gaffe à tes arrières pour moi, dacc ?”
Otto : “Pourquoi ai-je l’impression d’être le plus grand fardeau ici… Je ne peux pas dire que je sois d’accord avec ça.”
Subaru prit les choses au sérieux, et Garfiel accepta son poste de nounou. Otto grommela et prit une autre gorgée de son alcool. La nuit devenait plus sombre, l’ambiance plus plaisante.
Subaru : “Demain, nous allons être très occupés, donc je vais m’arrêter là. Et toi, Garfiel ?”
Garfiel : “J’vais rester et boire encore un peu avec Otto. J’peux presque l’battre au Shatranj. J’vais p’têt y arriver maint’nant qu’il est ivre.”
Garfiel ignora Subaru et s’empara d’un plateau de jeu et de pièces au fond de la salle.
Le jeu s’appelait Shatranj, avec des règles similaires à celles du Shogi ou des échecs. Subaru était impressionné par le fait que tous les mondes possédaient ces jeux.
Otto était apparemment très bon à ce jeu, et bien que Garfiel ait fait de son mieux, il avait subi de nombreuses défaites. Subaru était aussi outrageusement douée dans l’Othello, mais avait du mal à s’imposer au Shogi et aux échecs.
Subaru : “Ne te couche pas trop tard. Ça va retarder ta croissance.”
Garfiel : “Tu l’as d’jà dit avant, alors c’est ce que j’fais. Mais t’es sûr qu’ça marche ? J’ai pas l’impression d’avoir grandi s’te année.”
Subaru : “Frédérica a partiellement absorbé la croissance, donc ton cas est compliqué.”
Garfiel : “Va t’faire, sœurette !”
Garfiel grogna, déployant ses crocs en cognant la planche de Shatranj sur la table. Puis il se pencha et commença à disposer délicatement les petites pièces.
En observant Garfiel se démener, Subaru salua un Otto au visage rouge.
Subaru : “Ne te saoule pas trop non plus. Si tu te retrouves avec la gueule de bois et inutile, Pétra aura un avis négatif de toi.”
Otto : “J’ai l’impression qu’elle a été plutôt rude avec moi ces derniers temps, mais c’est peut-être juste moi. Pourrais-tu lui dire un mot ?”
Subaru : “Tu veux dire, lui demander de faire un peu plus d’effort ?”
Otto : “Je te demande clairement de lui dire d’être plus gentille avec moi !”
Subaru répondit avec un sourire amer, en expliquant à Otto que c’était impossible, et laissa les deux hommes jouer au Shatranj en sortant de la pièce. Les cristaux lumineux dans le couloir indiquaient à Subaru qu’il était presque minuit passé. D’habitude, il devait être au lit à cette heure, mais――
Subaru : “J’ai fini par être en retard aujourd’hui.”
Avec cette excuse, Subaru ignora l’escalier qui menait à sa chambre, au troisième étage de l’aile Est, et se dirigea vers les chambres des femmes situées dans l’aile Ouest. Où――
Subaru : “――Je peux entrer ?”
Subaru frappait toujours à la porte. Il savait que personne ne lui répondrait.
Alors, le disait-il parce qu’il avait de l’espoir ?
Ou peut-être pour confirmer qu’il n’y avait pas de réponse, pour ne pas oublier.
――Pour ne pas oublier le brasier qui brûlait dans sa poitrine ?
Subaru : “――――”
Subaru ouvrit la porte. Une pièce sombre l’accueillit.
C’était une pièce simple. Sa disposition était identique aux innombrables autres chambres d’amis du manoir, mais elle manquait cruellement de mobilier. Seulement un lit au milieu de la pièce, des fenêtres, leurs rideaux, une petite table et un vase rempli de fleurs. Subaru savait que personne ne se plaindrait, mais il n’aimait toujours pas cette austérité.
Appelez ça sentimental, mais il aurait aimé que l’endroit ait une certaine chaleur humaine. Peut-être que ce jour n’arriverait jamais, celui où il arriverait à considérer ce souhait comme une faiblesse.
Émilia : “Si tu pouvais rationaliser les choses de cette façon, je pense que nous n’aurions jamais trouvé de terrain d’entente, peu importe le nombre de fois où nous nous disputions. Je t’aime vraiiiiment comme tu es.”
Béatrice : “C’est une mauvaise habitude de vouloir au-delà de ses moyens, en fait. Subaru, tu es imprudent par toi-même, je suppose… Mais tu n’es plus seul, alors je vais me débrouiller pour te rendre service même si tu es avide, en fait.”
Subaru : “Elles me dorlotent. Et Émilia-tan me charrie avec ces déclarations désinvoltes.”
Subaru souhaitait qu’elle fasse plus attention lorsqu’elle disait “je t’aime bien” ou “tu es trop cool”.
Il lui avait dit ce qu’il ressentait, mais Émilia était trop immature pour cela. Leur relation n’avait encore rien de romantique. Mais même en supposant que ça devienne soudainement romantique, le coeur de Subaru n’était pas prêt pour ça non plus. Il avait besoin de deux ans de plus, non trois――ou même plus si possible.
Subaru : “Bon sang, c’est si grossier de ma part de parler d’Émilia ou de Béatrice alors que je suis là. Pétra me passerait un savon si elle entendait ça.”
Pétra était peut-être la personne qui connaissait le mieux le romantisme et ses subtilités dans le manoir. D’une certaine manière, tout le monde était terriblement mauvais dans ses relations. Roswaal menait la charge avec son obsession toxique, les autres étaient tous aussi mauvais.
Les sentiments de Garfiel pour Ram étaient encore une amourette de collégiens, mais Subaru était incapable d’en parler. La conception de Ram sur la loyauté extrême qui dictait l’amour laissait perplexe, et la vie amoureuse de Frédérica était un mystère total. Lorsqu’il était ivre, Otto mentionnait parfois des choses comme le fait d’avoir été traîné dans la boue pour avoir flirté, mais le consensus était que ces affirmations étaient des mensonges et des faux-semblants.
Ces adultes étaient honteusement battus par une fille de treize ans.
Subaru : “Alors quelles en seront les conséquences ? Je ne pense pas que cette tendance va beaucoup changer, même après ton réveil. Soit parce que je suis un minable, soit parce que tu me respectes.”
Subaru tira une chaise et s’installa à côté du lit.

Le clair de lune s’était glissé à travers la fente des rideaux, illuminant son visage pendant qu’elle dormait.
La lumière de la lune se répandait sur son visage pâle et ses lèvres roses. C’était une beauté endormie aux cheveux bleus courts, son corps galbé vêtu d’un mince déshabillé, sa poitrine se soulevant et s’abaissant au rythme de sa respiration.
――Elle dormait depuis plus d’un an maintenant.
Subaru : “J’ai beaucoup de choses à te dire aujourd’hui. Comme le fait que des invités se sont pointés sans invitation, avec cette proposition insensée. J’ai commencé ma journée avec mon habituel――”
Subaru lui parlait doucement durant son sommeil, il employait le même rythme comique que d’habitude, mais son ton était particulièrement doux. Il parlait comme s’il berçait un enfant pendant qu’il lui racontait gaiement sa journée.
Elle ne lui répondait pas. Quand bien même, chaque soir, ces rendez-vous se déroulaient. Ce soir, il avait beaucoup de choses à dire. Jusqu’à ce que la lune soit basse dans le ciel, le récit se poursuivit, entre Subaru et la Beauté Endormie.

